Menu

Sans modèle social européen, les cadres aussi sont affectés par les reculs sociaux

Europe

Déclaration des organisations de cadres françaises CFDT-Cadres, CFTC-Cadres, FO-Cadres, SNES, UGICT-CGT, UNSA lors de l'Assemblée générale d'Eurocadres le 26 novembre 2014, à Bruxelles, sur l'Europe sociale, le temps de travail des cadres, l'emploi des stagiaires et l'organisation d'Eurocadres.

lundi, 01 décembre 2014 | Actualités
Imprimer

La lettre .info

Il y a un an, ici même, les organisations françaises revendiquaient l’importance de réorienter les politiques économiques menées en Europe en faveur de l’investissement et de l’emploi et elles faisaient la promotion d’un modèle social européen.

Malheureusement, l’entêtement de nombreux dirigeants européens à poursuivre des politiques d’austérité conduit au marasme économique que nous vivons aujourd’hui avec une croissance faible, une déflation qui menace l’ensemble de la zone euro et une augmentation de la précarité et du chômage y compris pour les jeunes diplômés et les cadres.

Aussi et plus que jamais, nous devons continuer à revendiquer avec force et urgence un changement de cap au niveau européen pour en finir avec cette austérité socialement, économiquement et politiquement suicidaire. Pour une Europe sociale facteur de progrès et de justice sociale, nous devons militer pour un plan d’investissement capable de relancer les économies européennes.

La France, loin de faire exception, s’est inscrite dans cette logique où les choix budgétaires et l’attitude des entreprises ont pour résultat des reculs sociaux qui touchent l’ensemble du monde du travail et les Services Publics auxquels nous sommes particulièrement attachés.

Cela s’illustre notamment par la multiplication des contrats précaires et par le gel du salaire des fonctionnaires en vigueur depuis 2010 et prévu jusqu’en 2017.

Une des principales difficultés rencontrée par les cadres français concerne le temps de travail et la charge de travail toujours plus importants. On peut notamment citer les dérives et abus liées au forfait jours, contrat qui organise et rémunère le temps de travail en fonction d’un nombre de jours travaillés dans l’année mais sans référence à un horaire de travail.

Si le forfait jours peut répondre aux besoins d’autonomie et de liberté des cadres, il n’en demeure pas moins que les abus ont conduits des cadres à effectuer un nombre toujours croissant d’heures de travail. 

Egalement, l’intensification du travail, la dispersion du travail, les pressions toujours plus fortes, notamment au travers de l'exigence de compte rendus permanents, ont une incidence sur la santé allant quelquefois jusqu’au Burn Out qui devient de plus en plus fréquent parmi nos catégories.

Les technologies numériques de l'information et de la communication, pourtant appréciées par les cadres, auraient du permettre plus de liberté dans le travail ; mais elles ont accrue la porosité entre vie personnelle et la vie professionnelle et leur mauvais usage crée aujourd’hui de la souffrance au travail.

Pour les organisations françaises, les principes de santé physique et mentale, de sécurité au travail et de droit de repos sont fondamentaux. L'équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle est essentiel dans le modèle social que nous défendons. C’est pourquoi les organisations françaises restent très attachées à l’interdiction de l’ « opt-out » en matière de temps de travail.

La question de la mobilité des cadres est également un sujet de préoccupation. Nous partageons l'idée que la mobilité professionnelle peut être un atout à la fois pour les entreprises et pour les salariés, à la condition qu’il s’agisse d’une mobilité volontaire et qu’elle ne contraigne pas le conjoint dans sa propre évolution professionnelle.
 Une mobilité ne doit pas être synonyme de précarité et doit s'accompagner de garanties sociales notamment en matière de droits à la retraite.
 C'est en effet un sujet particulièrement préoccupant pour les jeunes diplômés et notamment dans le secteur de la recherche où la précarité des jeunes doctorants et chercheurs, en situation de mobilité internationale, n'est pas acceptable.

Après des années de luttes syndicales, nous avons récemment obtenu l’amélioration du statut des stagiaires.
 Les organisations françaises ont souvent dénoncé devant vous l'abus fait en France d’utiliser des stagiaires pour occuper des emplois salariés.

Un nouveau texte de loi établit la nécessité d'un contenu pédagogique, fixe des règles en matière de frais de transports et de repas du stagiaire, augmente la gratification minimale de stage qui devient obligatoire dès 2 mois et impose un nombre maximal de stagiaires par tuteur.

Ces avancées obtenues grâce aux différentes actions syndicales avec l’appui des étudiants est une victoire bien sûr pour les stagiaires mais aussi pour tous les jeunes diplômés.

Nous terminerons notre intervention avec un point sur l'organisation interne d'Eurocadres.
Il y a un an, le Congrès réaffirmait la nécessité de renforcer la place d'Eurocadres dans le paysage syndical européen, d'avoir un "stronger impact".

Pour cela, nous devons nous concentrer sur les problématiques spécifiques à nos catégories, faire entendre notre voix dans les instances européennes mais surtout montrer notre valeur ajoutée pour les organisations membres dans nos pays respectifs.

Les organisations françaises continuent à s'investir dans Eurocadres, à participer aux débats, aux travaux, aux projets. Nous tenons ici à réaffirmer notre attachement aux projets d'Eurocadres qui sont à la fois un moyen de travailler ensemble et un réel apport revendicatif pour les organisations membres sur les sujets traités.

Cette année, le projet sur l'impact des technologies de l'information et celui sur la responsabilité sociale des entreprises en sont l'illustration.
 Nous réaffirmons également notre satisfaction que le dernier Congrès ait adopté des règles claires en matière de cotisations et d'adhésion, règles qui doivent maintenant vivre et sur lesquelles nous resterons attentifs car l’équilibre financier d'Eurocadres est essentiel à son activité.

Egalement, avec six organisations membres et un comité de liaison qui fonctionne parfaitement, nous regrettons que notre proposition d'avoir un siège supplémentaire de suppléant au Comité exécutif, au titre du comité de liaison France, n'ai pas été retenue. Cela aurait été pour nous l'occasion d'impliquer davantage toutes les organisations françaises membres. Afin de pouvoir préparer au mieux les comités exécutifs, nous souhaiterions avoir les documents le plus en amont possible des comités exécutifs.

Nous tenions enfin à remercier l’ensemble de l'équipe du secrétariat qui est maintenant au complet et opérationnelle avec la récente arrivée de Janina Mackiewicz, à qui nous souhaitons la bienvenue, et nous tenons à tous les remercier pour le travail effectué. Les organisations françaises réaffirment leur confiance à toute l'équipe et notamment à notre Président.