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En 2020 le mépris c’est fini

En 2020 le mépris c’est fini

Rassembler le pays, ouvrir des perspectives. C’est d’habitude l’objectif des voeux d’un chef d’Etat. Nous aurons eu droit à l’exact inverse. Alors que depuis le 5 décembre nous vivons une mobilisation sociale historique, Emmanuel Macron n’a pas eu un mot pour montrer qu’il avait entendu. 

samedi, 04 janvier 2020 | Actualités

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Au contraire, il a choisi la provocation. Et a dessiné le pouvoir autoritaire qu’il entend incarner. Écouter et tenir compte de l’avis de la population serait être faible et céder à l’immobilisme. Encore et toujours cette mise en scène d’une posture virilise et guerrière, pourtant bien éculée…

L’opposition d’une large majorité des françaises et français à la réforme a été réduite à des « peurs et des angoisses » voire même à des « mensonges ou à des manipulations ».

On croit rêver. Qui mène une « concertation » sur les retraites depuis plus de deux ans en refusant de fournir la moindre simulation des effets de sa réforme? Qui tente de faire passer sa réforme en jouant sur les égoïsmes générationnels ou catégoriels? C’est bien là le comble du mépris: dénier aux syndicats, aux salarié.e.s ou à l’opinion le droit d’être porteurs de l’intérêt général.

La formule des danseuses et danseurs de l’Opéra de Paris refusant la clause du « grand père » apporte un démenti cinglant à cette stratégie de l’égoïsme : « Nous ne pouvons pas être la génération qui aura sacrifié les suivantes ». Oui, en France aujourd’hui, on peut encore se mobiliser et faire grève pour autre chose que son strict intérêt particulier.

Le projet de société des voeux présidentiels est à l’avenant. Rien sur l’essentiel que l’on touche pourtant souvent du doigt à l’occasion des fêtes de fin d’année. Rien sur le lien social. Sur l’importance d’avoir du temps pour s’engager, pour voir grandir ses proches, pouvoir les accompagner dans les périodes difficiles, partager les joies, les rires et les larmes. C’est justement ce que remet en cause la réforme des retraites. Son principe: graver dans le marbre qu’il faudra travailler toujours plus longtemps. Travailler plus pour gagner moins, on a connu mieux comme projet de société, dans un moment au contraire où le progrès technologique et le défi environnemental imposent de réduire le temps de travail. Rien de neuf depuis Thatcher: « There is no alternative ». C’est ma réforme ou le chaos.

Mais c’est n’avoir rien compris à la situation que de penser que ces ficelles classiques suffiront à faire passer la pilule. La poursuite, inédite, de la mobilisation malgré la « trêve des confiseurs » démontre la détermination à l’oeuvre. Malgré les pouvoirs exorbitants de la Ve République, on ne peut imposer une réforme contre des grèves et mobilisations majoritaires. Surtout quand on veut être réélu. Sarkozy comme Hollande le savent, eux qui ont payé de leur élimination à la présidentielle leur refus en 2010 et 2016 d’entendre la rue. Persister à vouloir passer en force serait prendre la responsabilité de favoriser l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

C’est maintenant que cela se passe. Le 9 et le 11 janvier doivent nous permettre de gagner un nouvel élargissement du mouvement et de renforcer la présence des premier.e.s concerné.e.s: les jeunes et les salarié.e.s du privé. C’est en leur nom que la réforme est conduite, c’est pourtant elles et eux qui seront les premier.e.s à en payer le prix par un déclassement généralisé.

En mettant toutes nos forces dans l’action, nous pouvons gagner. Ce mois de janvier 2020 est décisif pour dessiner ensemble notre avenir, rompre avec la fuite en avant de la finance et sortir ainsi de l’impasse mortifère entre les « modernes » et les réactionnaires.

Ne l’oublions pas. Notre pays n’a jamais été aussi riche. Mais la concentration des richesses ne nous a jamais autant rapprochés de la catastrophe environnementale et sociale. Mais il n’a jamais non plus été aussi éduqué et lucide et n’acceptera pas cette perspective du déclassement à tous les étages.

Comme nous l’avons dit lors du congrès de l'Ugict, « Rien n’est écrit d’avance ». En ce début 2020, c’est notre engagement, notre imagination et nos initiatives qui nous permettront de reprendre la main!

Excellente année 2020 à toutes et tous ! Rendez-vous dans la rue et dans la lutte !

Sophie Binet et Marie José Kotlicki, cosecrétaires générales de l'Ugict-CGT

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