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L'industrie du futur, une opportunité pour renouer avec le progrès social

L'industrie du futur, une opportunité pour renouer avec le progrès social

Invitée à participer à la séance de clôture de la Semaine de l’Industrie, qui s’est déroulée du 20 au 26 mars 2017, sous l’égide du ministère de l’Economie et des Finances et de la direction générale de l’Entreprise, Marie-José Kotlicki a répondu à la question posée « Faut-il avoir peur de l’industrie du futur ? ».

lundi, 27 mars 2017 | Actualités
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La lettre .info

Au cours de son intervention, la secrétaire générale fait part des craintes  légitimes des salariés sur les suppressions d’emplois, conséquence de la robotisation et de l’automatisation, sur les discriminations inévitables liées à la non maîtrise des outils du numérique, mais aussi sur la déprofessionnalisation des métiers et la précarité des contributeurs des plates formes numériques.

« Il ne faut pas sombrer dans l’obscurantisme que constituerait le rejet de cette usine du futur, car cette usine du futur peut développer de multiples opportunités à travers ce qui nous est cher : la ré-industrialisation de la France » affirme la secrétaire générale de l’Ugict. Mettant en garde contre les fausses oppositions entre industrie traditionnelle et industrie du futur, elle plaide pour le rapprochement des unités de production et de conception assurant ainsi la relocalisation de l’industrie et la restauration d’une partie de notre capacité de production.

Elle insiste aussi sur la nécessité de s’appuyer sur les outils et l’esprit du numérique pour  renoncer enfin à une vision de la « compétitivité-coûts » et passer à une efficacité, construite à partir de la créativité, de l’autonomie des salariés et l’élévation et la reconnaissance générale des qualifications.

Poussant plus avant, elle expose l’analyse de l’Ugict-CGT,  pour laquelle l’industrie du futur possède des leviers pour répondre à d’autres défis : la raréfaction des ressources naturelles, les enjeux climatiques, en accélérant la transition écologique et poussant ainsi la France aux premiers rangs de l’économie circulaire par exemple.

« S’il ne faut pas sombrer dans l’obscurantisme, il ne faut pas non plus sombrer dans l’angélisme technologique » constate la secrétaire générale.

En effet, l’utilisation de nouvelles technologies n’est jamais neutre.  Une évidence qui implique de peser sur le sens de cette évolution pour prévenir les nouveaux risques liés à la robotisation et au « business model » en construction des plateformes numériques.

Ainsi, pour l’Ugict-CGT, l’ouverture de négociations par filières, dans les grandes régions, s’impose pour déterminer le juste niveau d’automatisation nécessaire à la modernisation de l’appareil productif, et garantir les emplois à l’échelle de la collectivité. L’enjeu : « ne pas laisser des jeunes de plus en plus vieux aux portes de nos entreprises ».

Cette dynamique facilitera, en outre, la transparence sur la destination des gains de productivité dégagés par le numérique précise Marie-José Kotlicki, et de citer l’exemple d’Orange avec la création, sous l’impulsion des organisations syndicales,  d’un Comité national du numérique qui a pour objectif faire d’organiser le suivi des gains de productivité.

Elle pointe les caractéristiques de la main-d’œuvre des plates formes numériques, très peu qualifiée ou au contraire très qualifiée, disséminée à travers le monde, mais très individualisée, précarisée par un faible accès à la protection sociale, « des jobs intermittents sans régulation des conditions de travail et du temps de travail aujourd’hui ».

Ce constat n’est pas une fatalité. Pourquoi ne pas requalifier ces professionnels en travailleurs salariés. Et d’une manière générale ouvrir des droits nouveaux, attachés à la personne et garantis collectivement ?

« Une première étape est le CPA, à condition de sérieusement l’étoffer et de le concrétiser » précise la secrétaire générale. Avec un véritable dialogue social, prenant en compte ces droits nouveaux, l’industrie du futur peut développer le futur de toute l’industrie en France et répondre aux aspirations sociales et sociétales et singulièrement à celles des jeunes : leur soif d’autonomie dans le travail devra être garantie par la création d’un nouveau droit à la déconnexion pour leur assurer l’équilibre des temps de vie et le respect de leur santé au travail. Eviter que leur autonomie rime avec précarité implique de  reconnaitre les diplômes dès l’embauche, dans les conventions collectives et de payer ces qualifications à leur juste prix et pas au prix le plus juste. En particulier pour les emplois scientifiques qui sont moins rémunérés que les emplois de la finance.

Marie-José Kotlicki conclut : « Voilà ce que nous proposons, pour faire en sorte que l’industrie du futur renoue avec la notion de progrès. Le progrès social articulé avec un progrès sociétal et environnemental. Nous croyons que c’est possible et c’est à portée de main ».