MENU

Loi travail : désintox syndicale de la propagande gouvernementale

Imprimer
Loi travail : désintox syndicale de la propagande gouvernementale

Ces dernières semaines, de nombreuses accusations aussi violentes que peu argumentées ont été portées par le gouvernement et le Medef et largement diffusées par les médias. L'objectif : tenter de discréditer la mobilisation contre la loi travail et occulter le débat de fond sur le contenu du projet de loi.

Amalgames, raccourcis voire mensonges… Pour permettre à chacune et chacun de se faire son point de vue nous restituons les faits.

"Le Gouvernement ne changera pas un texte qui est déjà le résultat de négociations avec les syndicats, c’est un texte qui est bon pour les salariés, pour les entreprises, qui créé de nouveaux droits".

Manuel Valls, France inter le 15 juin

Il n'y a jamais eu de négociation sur ce projet de loi.  Le 14 mars, après les 500 000 manifestant-es du 9 mars et les 1,3 millions de personnes qui avaient signé la pétition "loi travail non merci", le gouvernement a été contraint de reculer et de retirer certains points de son projet de loi. Malgré cela, le projet de loi contient encore de très nombreuses remises en cause des droits des salarié-es. Pour permettre à toutes et tous de se faire un point de vue, l'Ugict-CGT met à disposition une analyse de la dernière version gouvernementale du projet de loi (sans les modifications du Sénat), article par article.

Une majorité d'organisations syndicales dénonce le projet de loi. 4 organisations syndicales de salarié-es et 3 organisations de jeunesse en demandent le retrait (CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL). Elles ont adressé le 20 mai un courrier au président de la République demandant à être reçues. François Hollande n'a toujours pas répondu, et le gouvernement campe sur ses positions en refusant d'ouvrir des discussions. Les autres organisations syndicales demandent la suspension de la loi (CFE-CGC) et des modifications (UNSA). Seule la CFDT défend le maintien du texte actuel et se bat pour empêcher des modifications. Dans les manifestations et dans les entreprises, de nombreux syndicats ou fédérations soi-disant réformistes contestent le projet de loi travail (fédération CFDT de la métallurgie, CFE-CGC Energie, CFTC 66....)

 

"Il y a eu sur toute la France moins de manifestants que dans les autres rendez-vous".

Manuel Valls, France inter le 15 juin

Il n'y a jamais eu autant de manifestant-es à Paris que le 14 juin. Près de 1 million de salarié-es, essentiellement du privé, étaient venu-es de toute la France pour dire leur détermination à gagner le retrait du projet de loi. Des manifestations étaient également organisées en province et ont rassemblé près de 300 000 personnes. De nombreuses délégations européennes - et notamment de Belgique, d’Espagne et de Suisse - étaient présentes pour soutenir la mobilisation.

Cela fait 4 mois que le gouvernement explique que la mobilisation s'essouffle et que le mouvement est fini. Résultat, elle rebondit chaque semaine, se diversifie, et touche à chaque fois de nouvelles catégories de la population. Depuis 4 mois, le rejet du projet de loi est constant: 60% des Français-es soutiennent toujours la mobilisation, 64% demandent le retrait du projet de loi. Le mouvement est marqué par des formes de mobilisations très variées: manifestations, grèves (avec des milliers d'arrêts de travail très divers, reconductibles, débrayages d'une heure...) votation citoyenne (avec notamment la participation de nombreux ingénieur-es, cadres et technicien-nes et plus de 1000 bureaux de vote déjà recensés), mobilisation en ligne...


"J'attends toujours les propositions [de la CGT]."

Myriam El khomri, France inter le 13 juin 2016 

L'Ugict-CGT a adressé à la ministre du travail le 25 novembre dernier une lettre ouverte accompagnée de 10 pages de propositions rédigées pour mettre en place un droit à la déconnexion, encadrer strictement les forfaits jours, réglementer le télétravail et le nomadisme. La ministre s'est contentée d'accuser réception et de transmettre les propositions à son administration (voir la lettre de réponse. Lien). Depuis, malgré les multiples relances, aucune réponse du ministère! La CGT,  a à nouveau remis ses propositions à la ministre du travail le 17 juin dernier.


"J’en appelle à la responsabilité de la CGT qui hier était débordée. Il y avait beaucoup plus d’ultras que d’habitude. Ils voulaient frapper, s’en prendre à la police, sans doute tuer." 

Manuel Valls, France inter le 15 juin

Les manifestations sont organisées depuis le début par une intersyndicale de 7 organisations (CGT, FO, Fsu, solidaires, UNEF, UNL, Fidl). Pourquoi se limiter à citer la CGT ?

Les casseurs ne sont pas dans les cortèges mais devant et derrière. Les organisateurs de manifestations ont la responsabilité d'assurer la sécurité des manifestants, c'est à l'Etat de garantir l'ordre public. Demande-t-on à l'UEFA d'assurer la sécurité des stades et des fan zones? Non et c'est une très bonne chose, sinon cela marquerait l'irruption de milices privées en lieu et place des forces républicaines. 


"Quand la CGT discute avec la préfecture de police, elle refuse les préconisations de la préfecture de police, sur le parcours, la longueur, la façon de l’organiser »

Jean Christophe Cambadélis, premier secrétaire du parti socialiste, le 15 juin 2016.

Faux: l'ensemble des manifestations sont autorisées par la préfecture de police, les parcours sont négociés avec la préfecture en fonction des exigences de sécurité. 

 

 « Quand un syndicat donne l’impression d’établir un parallèle entre le travail des policiers et les casseurs il y a une ambiguïté » 

Manuel Valls, 15 juin, France inter

« Il y a une "solidarité passive" entre la CGT et les casseurs »

Michel Cadot, préfet de police de Paris,
le 15 juin 2016

"Si la CGT avait condamné [les casseurs] plus tôt, on n’en serait pas là».

Un conseiller de l'Elysée,
le 15 juin, Libération

Ces accusations sont scandaleuses et mensongères. La CGT a toujours condamné les violences. Sur la manifestation du 14 juin, le communiqué de presse envoyé le 14 juin à 18h condamne les violences. Il a été complété le lendemain par un communiqué de presse condamnant en particulier les dégradations de l'hôpital Necker. La CGT condamne d'autant plus les casseurs qu'ils nuisent au mouvement en le décrédibilisant et en occultant les revendications et l'ampleur de la mobilisation. 

La CGT des hôpitaux de Paris et de nombreux soignants ont par contre dénoncé le fait que le ministre de l'intérieur rompe le secret médical en dévoilant que le fils des 2 policiers assassinés lundi 13 juin était hospitalisé à Necker. Instrumentaliser cet enfant traumatisé et l'exposer médiatiquement est irresponsable! 

Le service d'ordre de la CGT est régulièrement pris à partie par les casseurs. Le 12 mai, 14 membres du service d'ordre de la CGT ont été hospitalisés suite aux charges des casseurs sur le carré de tête, et alors que les CRS s'étaient tous retirés (voir l’article du Huffington Post)

Les militant-es de la CGT ne se sont jamais associés aux casseurs. Sur la vidéo de l'attaque de l'hôpital Necker, on voit que les vitres sont cassées à la masse par un seul casseur, c'est d'ailleurs étonnant qu'il n'ait pas pu être arrêté !  

 La CGT dénonce également  les violences policières et interroge la stratégie de maintien de l'ordre depuis le début.  L’ensemble des syndicats de policiers sont intervenus (voir les interventions d’Alliance, de FO, la CGT) pour dénoncer les consignes de clémence vis à vis des casseurs données par le ministère de l'intérieur. Les violences policières ont été dénoncées par de nombreuses ONG et par l'ensemble des syndicats de journalistes et sont attestées par de nombreuses vidéo. Un journaliste a passé 3 semaines dans le coma suite à l'explosion d'une grenade de désencerclement, un jeune rennais a perdu un œil, et de nombreux autres manifestants pacifiques ont été blessés. 

 

"Une petite partie de militants CGT a pris part aux incidents en fin de cortège"

Michel Cadot, préfet de police de Paris
le 15 juin 2016

évoquant entre 100 et 200 personnes venant, selon ses dires, de l'ouest de la France et du Havre, 

Les dockers sont très mobilisés depuis le début du mouvement parce que le projet de loi travail remet en cause la convention collective unifiée des métiers portuaires qu'ils ont gagné en 2010. Cette convention collective permet d'unifier les droits des salarié-es de l'ensemble de la branche et de lutter contre le dumping. Ils ont déjà effectué 10 jours de grève depuis le mois de mars, et étaient 3500 à venir manifester à Paris. Leur cortège était imposant et très organisé, avec 200 militants qui assuraient le service d'ordre. L'ambiance était festive, le cortège était ouvert par les batteurs du Havre qui ont joué durant tout le défilé. A la fin de la manifestation, alors qu'ils rejoignaient leur car, leur cortège a été gazé et coupé en 2 par les forces de l'ordre qui ont chargé et tiré sur leur service d’ordre. Furieux, certains dockers ont répondu à ces provocations en lançant des pavés. 


"Je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestation sur Paris. Au cas par cas, nous prendrons nos responsabilités. On ne peut plus avoir ce spectacle désolant." 

Manuel Valls, 15 juin, France inter

Le droit de manifester est, comme le droit de grève, une liberté fondamentale. C'est aujourd'hui pour les jeunes et les salarié-es le seul moyen de faire entendre leur opposition à la loi travail que le gouvernement veut imposer sans négociation ni vote à l'assemblée nationale. Pourquoi le gouvernement ne menace-t-il pas d'interdire l'euro après les graves violences commises par les hooligans ? Amnesty international, la ligue des droits de l'homme et de nombreuses ONG ont condamné ces déclarations.

Si le gouvernement souhaite que les mobilisations s'arrêtent, rien de plus simple, il suffit de retirer le projet de loi ! 

 

« La CFDT est tout aussi représentative des salariés, des ouvriers de ce pays que d’autres syndicats »

Manuel Valls, 15 juin, France inter

« La CGT est minoritaire »

Manuel Valls, assemblée nationale, le 26 mai

« La CGT ne représente que 2,6% des salarié-es »

Nicolas Bay, vice président du front national

La CGT est "peu représentative des salariés français »

Franz Olivier Giesberg, Le Point, 1er juin

 

La CGT compte 700 000 syndiqué-es, soit plus d'adhérent-es que l'ensemble des partis politiques réunis.

La représentativité des organisations syndicales n'est pas établie sur la base des adhérents mais sur les élections professionnelles, auxquelles participent 60% des salarié-es. Le poids attribué en 2013 à chacun des cinq syndicats reconnus comme représentatifs au niveau interprofessionnel est le suivant CGT (30,62%), CFDT (29,74%), FO (18,23%), CFE-CGC (10,78%), CFTC (10,63%). N'en déplaise au premier ministre, la CGT est toujours la première organisation syndicale française et les organisations syndicales opposées à la loi travail, (CGT, FO et la CFE-CGC) sont  largement majoritaires. 

Tout le monde a d’ailleurs noté que le 9 mars, 500 000 personnes ont manifesté à l’appel des 7 organisations syndicales qui exigent le retrait de la loi Travail (CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL), alors que le 12 mars, seuls un millier de personnes se sont rassemblées à l’appel notamment de la CFDT et de la FAGE (étudiants).

Publié le lundi, 20 juin 2016 dans Actualités