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Pourquoi les étudiants se détournent des sciences et techniques

En 10 ans, la proportion d’élèves diplômés dans les sciences et technologies a diminué de 3,5 points. Elle est passée de 30,5 à 27 %.

mardi, 18 mars 2014 | Actualités
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La lettre .info

Pourtant, les recrutements dans ces filières continuent à augmenter (+13 % de 2010 à 2013) comme le confirme l’enquête annuelle de 2013 de Pôle emploi qui recensait 130 000 postes à pouvoir, dont 90 % d’ingénieurs et techniciens.


Ce constat est issu de la dernière enquête « Repérages » de Global contact, études et conseils. Un travail fort bien documenté(1). Cette régression n’est pas une exception française comme le déclare aux Echos (2)  Claudine Schmuck fondatrice de Globalcontact : « A mesure que le niveau moyen d’un pays augmente, les filières scientifiques perdent leur aura ; elles ne sont plus aussi valorisées tant économiquement que socialement et leur attractivité diminue. » Le Royaume-Uni, le Japon et les Etats-Unis connaissent une tendance identique. En Europe, seule l’Allemagne a réussi à inverser la courbe, soutenue par une puissante politique d’information sur les métiers techniques et industriels.


En revanche, les pays émergents connaissent une forte progression de ces mêmes filières s’affirmant ainsi en concurrents de plus en plus directs dans le domaine des innovations techniques et industrielles.


Quel est le sens de cette désaffection des jeunes pour les filières techniques et scientifiques ?


La France ne cesse de plonger dans les enquêtes Pisa(3), notamment dans les domaines des maths et des sciences soulignent les rédacteurs de Globalcontact. Et c’est un paradoxe dans la mesure où les jeunes adolescents sont des « digital natives » : 90 % sont des utilisateurs réguliers d’internet, 97 % des garçons jouent aux jeux vidéo et 98 % des filles préparent des courses sur le web, selon l’étude annuelle d’Ipsos- Junior Connect’ (sur les 13à 19 ans).


L’enquête fait apparaître que « la désaffection pour les sciences et technologies ne résulte ni d’une baisse d’intérêt pour ces sujets, ni d’une modification des valeurs qui les motivent ». Ainsi, des travaux récents sur les 18-25 ans démontrent que les jeunes considèrent les avancées technologiques des NTIC, de la médecine et de la science en général comme un progrès. Mais moins de 20 % des jeunes Français envisagent de poursuivre une formation d’ingénieur. Cependant, une autre enquête (ONISEP) effectuée auprès de 800 élèves de 3e et de 2e constate que 6 élèves sur 10 sont intéressés par les métiers scientifiques et techniques, bien que seuls 17 % déclarent être intéressés par l’exercice d’un métier dans ces filières.


Les auteurs de ces travaux attribuent cette prise de distance par une mutation de la perception du progrès, qui n’est plus associée à l’amélioration des conditions de vie alors que ses répercussion négatives sont clairement évoqués : 82 % déclarent que le progrès les incite à être prudents, 70 % à se protéger, 64 % à se méfier. Ils évoquent des études trop exigeantes avec une « probabilité d’obtention de diplôme aléatoire » et qui ouvrent sur des métiers peu connus, peu valorisés et moins bien rémunérés.


Pourtant dans ce constat, il est à noter que la proportion d’élèves ayant obtenus le BTS progresse de 4% (115 000), le nombre de DUT reste stable notamment pour les filières industrielles et technologique. Enfin, les diplômes universitaires en sciences représentent 27 % de l’ensemble des diplômés avec 18% de masters professionnels et 42 % de licences professionnelles. Et 58 % des doctorants possèdent un diplôme en sciences.
L’enquête nous donc à voir un état des lieux fort complet avec notamment des tableaux de recrutements par régions et professions en 2013, donc d’actualité, et des évaluations de salaires par type de formation. On y apprendra par exemple que le salaire mensuel médian d’un BTS ou DUT évolue entre 1 400 et 1 600 euros.


Une comparaison avec les salaires des services financiers eut été bienvenue et aurait sans doute apportée un élément de réponse supplémentaire.

Source : Globalcontact enquête est disponible sur  « Repérage 2013 » 

 

1- Comité des Etudes sur les formations d’ingénieurs (CEFI) ; Centre d’études et de recherche sur les qualifications(CEREQ) ; Conférence des grandes écoles (CGE) ; Eurostat ; Ingénieurs et scientifiques de France (ISF) ; Pôle emploi.
2- Lundi 17 mars 2014 : « Pourquoi les jeunes délaissent les sciences » par Yann Verdo
3- Pisa : Programme for International Student Assessment