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[RENCONTRES] Révolution numérique : vers un nouveau modèle économique et social ?

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business digital

Synthèse, perspectives, et temps forts de la journée.

 

Ouverture

Grands Témoins

  • Bruno METTLINGDirecteur général adjoint d'Orange, auteur d'un rapport sur le numérique et le travail, remis au Ministère le 15 septembre 2015
  • Marie-José KOTLICKISecrétaire Générale de l'Ugict-CGT, Directrice d'Options, et membre du Conseil Économique, Social et Environnemental, auteure du rapport "Les nouveaux rapports industrie-services à l'ère du  numérique"

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Table Ronde

Numérisation de l'économie : quel impact sur l'industrie et les services publics et privés ? 

  • Sylvie François, DRH du Groupe La Poste ;
  • Julien Cantoni, co-fondateur de la p2pfoundation France, dirigeant de la société Mattlany ;
  • Yassir Fichtali, Directeur des relations extérieures du Groupe Up ;
  • Alain Le Corre, Secrétaire général de l'Union Fédérale des Cadres de la FAPT CGT;
  • Sophie Binet, Secrétaire générale adjointe de l’Ugict-CGT

Sylvie François, DRH du groupe La Poste, aux rencontres d'options

Julien Cantoni, P2P foundation

Yassir Fichtali, Directeur des relations extérieures du Groupe Up ;

Alain Le Corre. UFC FAPT CGT

Sophie Binet, SG adjointe de l'Ugict CGT


Table Ronde

Les ingénieurs, cadres et professions techniciennes à l'ère du numérique : contributeurs "indépendants" ou renouveau du statut salarié ?

  • Noémie de Grenier, co-directrice générale de Coopaname ;
  • Pascal Lokiec, professeur à l'université Paris X Nanterre, spécialiste de droit social ;
  • Javaid Tariq, secrétaire National du Syndicat des Taxis de New York (TWA - Taxi Workers Alliance, affilié à l'AFL-CIO, American Federation of Labour – Congress of Industrial Organisations)
  • Valérie Peugeot Vice-présidente du Conseil National du Numérique
  • Marc Peyrade, Secrétaire général de la FILPAC-CGT
  • Jean-Luc Molins, Secrétaire national de l’Ugict-CGT

 


Clôture

Conclusions et perspectives

 par Marie-José KOTLICKI

La révolution numérique est déjà engagée. Elle va s’amplifier, à la différence des révolutions antérieures, se dérouler sur une décennie au lieu de plusieurs siècles. 

Elle induit des changements dans les rapports au temps, mais aussi au pouvoir et à la démocratie ; elle impacte le tissu économique, social et environnemental.

Les outils numériques et leur usage ne sont pas neutres.

L’enjeu est donc de savoir si nous pouvons maîtriser cette révolution numérique, prendre des dispositions, faire des propositions précises et concrètes pour lui donner la possibilité de rassembler le plus grand nombre et anticiper sur les transformations dans le sens d’un progrès économique, social et environnemental.

Avons-nous le choix entre le repli et le rejet technologique, au risque d’être tétanisés de tétaniser par la peur du numérique -quand on sait que la peur n’écarte pas le danger- et que la bataille d’ampleur, pour orienter ces transformations, a besoin de perspectives.

Or, le choix du déterminisme technologique, qui nourrit le fatalisme poussé à son comble, conduirait à remplacer les hommes par des robots. On instrumentaliserait le numérique pour vider le code du travail et éradiquer les garanties collectives.

Notre modèle social céderait la place à une individualisation des rapports sociaux. La notion de progrès s’effacerait face au développement d’un modèle low cost économique, social et environnemental qui dérogerait aux règles démocratiques dont se sont dotées les citoyens d’un pays.

Le numérique peut tout aussi bien renforcer le « taylorisme connecté » où on effectue des micros tâches à la minute, payées quelques centimes, des activités, par ailleurs défrayées de toute charge sociale. Comme il peut développer de nouvelles logiques de travail plus collaboratif, transversal, ouvrir la possibilité à des contributeurs indépendants de se mettre en réseaux en créant des plateformes de mutualisation, de libre accès aux connaissances.

Le numérique conduirait naturellement à la multiplication de start-ups, de nouvelles formes d’emplois grâce aux outils numériques. La France est le premier pays créateur de start-ups. C’est aussi celui qui en détruit le plus. J’entends bien que c’est dû à notre formidable appétence à l’esprit d’entreprise. (Il serait d’ailleurs souhaitable que les employeurs du CAC 40, des grands groupes partent à la reconquête de cet esprit d’initiative, plutôt que d’être au garde à vous des actionnaires). C’est en réalité la conséquence de la crise du salariat (chômage) et de la perte du sens du travail, de la souffrance au travail infligée par le Wall Street management.

C’est pourquoi, l’enjeu est de savoir si nous pouvons maîtriser cette révolution numérique et orienter ces transformations dans le sens d’un progrès social, économique et environnemental pour tous, et ça commence par changer la donne du travail, revaloriser sa place dans la société.

C’est la voie dans laquelle nous nous engageons. Des propositions, des actions peuvent être mises en œuvre afin que la révolution numérique serve de tremplin à une réindustrialisation de la France, articulée à l’exigence d’un mode de consommation et de production plus respectueux de l’environnement.

Cela nécessite de restaurer un rôle stratégique de l’État. Il n’y a pas de politique industrielle et stratégique, ni du numérique. Seulement, à travers des sommes colossales versées par la collectivité travail, une multiplication d’outils, des logiques de saupoudrage et de guichets de subvention (CIR – CICE – pacte de responsabilité, PIA…). Il est temps d’impulser un investissement dans l’appareil productif.

Le numérique accentue l’hyperpolarisation des savoirs à travers des lieux transversaux de mutualisation comme les clusters, les FabLab, les pôles de compétitivité qui captent une majorité des aides publiques. Or, ils se trouvent tous dans les grandes métropoles. Quelles dispositions des pouvoirs publics pour éviter la désertification de certains territoires hors métropole et donc la fracture numérique et des savoirs? (croiser les GPEC professionnelles et territoriales, aider au travail des ETI…).

Enfin, les services numérisés sont sources de nouvelles valeurs ajoutées. On constate un déplacement de la valeur ajoutée de l’amont vers l’aval. Le danger n’est-il pas de considérer que l’innovation n’est pas que servicielle, que devient alors l’innovation, la recherche fondamentale dans la production ?

Les services publics et la fonction publique ne restent pas non plus en dehors de la révolution numérique. Sera-t-elle utilisée pour gérer les politiques d’austérité et l’hémorragie d’emplois ou doit-elle permettre de simplifier, de rapprocher, de personnaliser le rapport à l’usager, mais aussi d’améliorer la qualité des services en restaurant les logiques propres de services publics, d’intérêt général, de cohésion et d’égalité sociale.

Ainsi, le service public doit agir sur la notion de neutralité et d’égalité d’intérêt et impulser des actions pour la résorption des zones blanches et développer le haut débit. Il doit créer un droit à la connexion sur tout le territoire afin que les régions les plus éloignées ne soient pas les plus défavorisées. La numérisation du service public doit permettre de fournir des services sécurisés, notamment sur l’enjeu de la protection des données personnelles. 

Il doit favoriser l’enrichissement des métiers et l’élargissement des missions de service public (pour transformer des emplois d’exécutant qui recueillent des données, en des emplois qualifiés d’interprétation des données, par exemple).

Influer sur la révolution numérique pour réindustrialiser la France, pérenniser et développer les missions de service public et restaurer la culture de service public, mise à mal par l’introduction du Wall Street management, nécessite donc de multiples débats avec nos équipes syndicales dans toutes les professions pour faire des propositions précises et concrètes sur les changements dans le travail, l’enjeu de la reconnaissance de la qualification, du droit de l’autonomie des salariés et de nouveaux droits d’intervention, des moyens pour exercer ses responsabilités sociales, exprimer son éthique professionnelle.

L’Ugict-CGT propose d’ouvrir le débat en grand avec les ICT autour de quatre points.


Le respect du temps de travail légal et une réduction effective du temps de travail.

Autour des questions des forfaits en jours, en 10 ans de bataille, nous avons marqué des points : condamnation de la France pour non-respect de la santé des travailleurs par le Conseil des droits sociaux européens, actions en justice et illégalité des accords forfaits jours dans plusieurs branches professionnelles et, dernièrement, le gouvernement est contraint de réécrire la loi sur les 35 heures pour encadrer les forfaits jours en réintégrant les éléments de la Cour de cassation.

L’Ugict-CGT va donc proposer précisément des amendements à la loi pour faire respecter le temps de travail légal, la santé des salariés forfaités et limiter strictement son périmètre aux cadres autonomes dans l’organisation de leur travail et au plan décisionnel. Mais le gouvernement sécurise juridiquement les forfaits jours, il souhaite comme le Medef les étendre à l’ensemble des salariés du numérique et au plus grand nombre d’ICT.

Nous avons aussi gagné le principe d’un droit à la déconnexion, mais celui-ci ne doit pas seulement se borner à l’interruption des mails pendant les temps de repos et qui suppose une réorganisation du travail, de revoir les conditions de travail, le suivi des charges de travail le décompte horaire du travail, donc des négociations dans les branches professionnelles et non de simples chartes d’intention sur le « devoir de déconnexion ».

Tout cela s'inscrit dans la campagne de la CGT pour la mise en place d’une réelle réduction du temps de travail (à 32 heures) et pour éviter l’hémorragie du chômage.

 

La construction d’un management alternatif

La personnalisation du service implique de compter et mettre en avant l’intelligence collective des salariés, mais aussi de favoriser l’autonomie, la créativité, le rôle contributif de l’encadrement. Elle pousse à changer les logiques managériales et le rôle du manager. 

Il ne suffira pas de former aux outils du numérique, de sensibiliser sur les risques psychosociaux, mais donner des moyens aux managers, et plus généralement aux ICT, afin qu’ils puissent exercer leur responsabilité sociale à travers l’expression de leur éthique professionnelle, le droit de refus et d’alternative, le droit d’être un lanceur d’alerte sans sanction. Cela suppose de nouveaux droits d’intervention individuels garantis collectivement. 


Un nouveau statut du travail salarié

Au moment où le numérique efface les frontières spatiotemporelles, accélère les mobilités, le renforcement de la loi et de droits nationaux interprofessionnels se posent avec plus d’acuité.

C’est pourquoi avec la CGT, nous mettons en débat la construction d’un nouveau statut du travail salarié au plan interprofessionnel, socle de droits appartenant à l’individu, transférable d’une entreprise à l’autre et garanties collectivement dans le code du travail relatifs à la reconnaissance et le paiement de la qualification, les droits à la formation, le respect du temps de travail légal, les moyens et droits d’expression… de son éthique professionnelle, d’exercice de sa responsabilité sociale, de son autonomie…

Oui, le CPA peut être ce socle de droits à condition d’intervenir sur son contenu et de l’arrimer à une sécurité sociale professionnelle inscrite dans le code du travail.

Le statut de salarié doit en effet être conforté, enrichi et étendu compte tenu des nouvelles formes d’emplois qui se développent à travers les contributeurs indépendants des grandes plateformes numériques. Ce sont des travailleurs à la frange du salariat classique. S’ils n’ont pas de lien de subordination hiérarchique (liés par un contrat de travail), ils ont un lien de subordination sous forme de contrôle.et de dépendance forte économique.

Or, ils vivent déjà la précarité sans accès à la protection sociale, sans référence pour leur juste paiement de leur contribution économique et ils peuvent être utilisés comme « éléments » de dumping social face aux salariés du numérique. Il s’agit donc de leur permettre d’accéder aux garanties collectives et protection sociale des salariés.

 

Accélérer les transformations de notre syndicalisme.

  • Un syndicalisme qui s’ouvre aux contributeurs indépendants.
  • Un syndicalisme qui crée de nouveaux droits et protections du salariat.
  • Un syndicalisme qui réfléchit à transformer ses structures pour développer une vie syndicale collective afin qu’il n’existe aucun syndiqué isolé, permettre en particulier à des cadres dirigeants d’échanger et de mutualiser expériences, réflexions et actions.
  • Un syndicalisme 2.0 qui ne se borne pas à sa présence sur les réseaux sociaux, mais capable, par exemple, de construire des plateformes permettant aux organisations syndicales, dans les entreprises donneurs d’ordres et les organisations syndicales, dans les entreprises sous-traitantes, de se contacter, de mener des batailles pour imposer de nouvelles relations de coopérations et de cotraitances, de responsabilisation sociale des donneurs d’ordres. Une syndicalisation 2.0, outil de mutualisation, d’expérience et de luttes syndicales.

 

Utilisons la révolution numérique pour changer de cap sur les modèles économiques archaïques des entreprises, les logiques managériales, le modèle capitaliste ;  c’est possible en permettant aux ICT, aux salariés, d’être professionnellement engagés et socialement responsables.

Vous l’avez compris, c’est le début d’un travail qu’on veut engager avec toutes les professions.

Ce travail pourrait déboucher sur un manifeste CGT construit avec ses organisations pour un nouveau modèle économique, social et environnemental du numérique et même au-delà permettre un rassemblement de toutes les professions qui souhaitent faire du numérique un progrès économique, environnemental et social pour tous.

 

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Publié le vendredi, 18 septembre 2015 dans Actualités