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Reprendre la parole sur le travail : le dossier de Santé & travail

Le dernier numéro de Santé et travail (1) consacre un long dossier à la parole sur le travail et s’interroge aussi, dans un autre article, sur la place de la santé au travail dans le cadre européen, notamment des prochaines élections. Deux raisons d’ouvrir cette dernière publication.

mercredi, 02 avril 2014 | Actualités
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La lettre .info

Philippe Davezles, enseignant chercheur en médecine et santé au travail, constate dans un premier article que le manager de proximité est contraint d’orienter le travail des membres de son équipe, non pas en fonction des besoins qu’ils ressentent, mais « de façon à faire tourner les compteurs statistiques à partir desquels est évaluée son unité ». De cette injonction découle des conflits autour de l’évaluation du travail. Le chercheur met en lumière le quasi absence d’espace permettant de mettre en débat et de construire les modalités de ces arbitrages. Un malaise aggravé par « la multiplication des statuts, l’individualisation des horaires, et la pression de l’urgence », lui-même, puissant facteur d’individualisation du rapport au travail. D’autant, comme le souligne Philippe Davezles que : « Il faut en être conscient, parler du travail ne va en aucune façon de soi. »

Santé & Travail pose alors la question de la réforme de la gouvernance des entreprises et de la montée en puissance du mal-être chez les cadres et de leur marge de manœuvre pour rechercher de nouveaux modes de management. Pierre-Yves Gomez, professeur de gestion à l’EM Lyon business school résume bien la situation : « La perte de sens et de créativité du travail des cadres diminue la productivité et crée des conditions de mal-être au travail »  et Mathieu Detchessahar, professeur de gestion à l’université de Nantes en tire les conclusions : « Les cadres se sentent impuissants, ne trouvent plus le sens ni la reconnaissance dans leur travail, car ils ont de moins en moins la main dessus[…] (ils sont en ) en perte d’autonomie et de marges de manœuvre. » Il souligne aussi le rôle des DRH qui doivent favoriser les espaces de discussion, notamment avec les CHSCT et s’affirmer comme garants des résultats.

Enfin, Yves Clot, psychologue du travail, conclut dans un entretien : « Nous acceptons d’intervenir [ndlr : dans les entreprises] quand on attend de nous des recherches en profondeur qui ne consistent pas à soigner les victimes du travail, mais le travail lui-même et son organisation à la racine. Il n’y a pas de bien-être sans bien-faire. »

Un excellent numéro.

(1)  Santé et travail N°86. Avril 2014. 7,50 €