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Retour en images sur un 1er mai unitaire et européen

Retour en images sur un 1er mai unitaire et européen

A l’appel de la Confédération européenne des syndicats (CES) des manifestations se sont tenues dans la plupart des grandes villes d’Europe pour dénoncer, comme en France, les conséquences des politiques d’austérité imposées par l’Union européenne et faire grandir, partout, l’exigence de politiques au service du progrès social. La CGT fut représentée dans nombre de ces manifestations dont celle organisée par le DGB, à Hambourg (Allemagne), le 1er mai.

 

lundi, 04 mai 2015 | Actualités
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La lettre .info

La pluie qui tombait sur la France n’aura pas découragé les manifestants à participer aux nombreuses initiatives, très souvent unitaires, organisées, le vendredi 1er mai 2015. A travers tout le territoire, 301 initiatives ont rassemblé plus de 110 000 manifestants pour exiger un autre projet social.

Ils étaient 12 000 à Paris, à défiler de la Place de la République à celle de la Nation à l’appel de la CGT, de la FSU, de Solidaires, de l’Unsa, mais aussi de l’Unef, de l’UNL et de plusieurs associations (notre vidéo) ; 10 000 à Marseille ; 7 000 à Toulouse ; 3 500 à Bordeaux ; 3 000 à Lyon ; 2 000 à Montpellier, Nice, Strasbourg et Grenoble ; 1 800 à Caen ; 1 500 à Nantes, Rennes et Perpignan ; 1 200 à Clermont-Ferrand, Bayonne et Pau ; 1 000 à Toulon, Tarbes, Nancy, Avignon, Rouen et Albi ; 800 à Tour, Angers, Cherbourg, Hennebont et Metz ; 750 à Valence ; 600 à Saint-Brieuc ; 500 à Lavelanet, Dijon, le Puy-en-Velay et Orléans…

Pour un très grand nombre d’unions départementales CGT, cette journée internationale des travailleurs sera fut aussi, en 2015, l’occasion de célébrer, le 1er mai mais également durant les jours suivants, les 120 ans de la CGT, comme à Caen (Calvados), Tulle (Corrèze), Grenoble (Isère), Agen (Lot-et-Garonne), Saint-Lô (Manche), Saint-Mihiel (Meuse), au Creusot (Saône et Loire), Montauban (Tarn et Garonne), Limoge (Haute-Vienne) ou encore à près de Narbonne (Aude), où se tenait, dimanche 3 mai, un débat sur les 120 ans de la CGT auquel participait son secrétaire général, Philippe Martinez.

 

Intervention de Sophie Binet, Secrétaire Générale Adjointe de l'Ugict CGT et membre de la Commission Exécutive de la CGT

 

Sophie Binet am 1.Mai 2015 in Hamburg

source : DGB

Chers camarades, 

Je tiens, au nom de la CGT, à vous remercier de nous inviter à intervenir à l'occasion de votre manifestation du premier mai. Je vous transmets les salutations fraternelles de tous les militants qui défileront aujourd'hui dans les 290 défilés que nous organisons en France. 
Je suis très contente d'être à Hambourg aujourd'hui pour trois raisons

1- Fêter ensemble le premier mai

D'abord parce que cela nous permet de fêter ensemble les 125 ans du 1er mai. Quand nous avons créé ensemble le premier mai, nous en avons fait une journée internationale des travailleurs. Nous nous sommes dit dès l'origine que le progrès social avait une dimension universelle et que le meilleur moyen d'obtenir des droits sociaux dans un pays était de créer des convergences dans tous les autres. Cette dimension internationale qui est au fondement du mouvement ouvrier est très importante aujourd'hui: alors que la finance utilise la globalisation pour mettre en concurrence les travailleurs du monde, nous avons besoin de renforcer nos structures de coopérations internationales, et de les ancrer au plus près du terrain. L'expérience que vous avez ici à Hambourg avec Airbus en est un exemple.

Quand nous avons initié le 1er mai, à la fin du 19ème siècle, nous nous étions mis d'accord sur un mot d'ordre commun: la journée des 8 heures. Depuis, la réduction du temps de travail hebdomadaire, annuel avec les congés payés, et sur toute la vie avec les batailles pour les retraites, ont toujours été au cœur des objectifs de progrès et d'émancipation. C'est la raison pour laquelle en France, la CGT a décidé cette année de relancer une campagne sur la réduction du temps de travail. L’enjeu, c’est de « travailler moins pour travailler tous et travailler mieux ». 

Travailler moins : D'un côté, nous assistons à une augmentation du temps et de la charge de travail des salariés : les salariés travaillent en moyenne 39h30 en France, plus de 44h pour les cadres. De l'autre, nous sommes confrontés à une augmentation continue du travail à temps partiel, du chômage partiel imposé et du travail la nuit ou le dimanche: 30% des femmes salariées en France sont à temps partiel, ce qui est la première cause de l’inégalité professionnelle. Je sais qu’en Allemagne c’est un problème majeur sur lequel vous travaillez. Pour nous, réduire le temps de travail est un levier majeur pour l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est permettre aux hommes de travailler moins pour qu'ils puissent s'occuper des tâches ménagères, et donner la possibilité aux femmes de travailler plus et d'accéder enfin à l'égalité professionnelle. 

Travailler tous : La fête du travail a lieu cette année alors que 25 millions de personnes, notamment des jeunes, sont au chômage, totalement privées de temps de travail. Réduire le temps de travail, c’est se donner comme objectif le plein emploi, c’est permettre à l’ensemble des travailleurs de retrouver leur dignité

Travailler mieux car toutes les études montrent que la baisse du temps de travail permet d’améliorer la qualité et la productivité du travail.
Nous souhaitons porter cette question de la réduction du temps de travail avec vous. C'est ce que nous avons fait lorsque notre section cadres a lancé sa campagne pour le droit à la déconnexion, s'appuyant sur les avancées que vous avez obtenues dans certaines grandes entreprises de la métallurgie. C'est ce que nous souhaitons faire à l'échelle européenne, pour peser sur la réouverture annoncée de la directive temps de travail par la commission européenne et rouvrir l’horizon du progrès social.

 

2- Parler ensemble d’Europe

La deuxième raison pour laquelle je me réjouis de votre invitation, c'est parce que cela nous permet ensemble, de parler d’Europe. Je suis très touchée que votre initiative nous permette, entre représentants des travailleurs français et allemands, de fêter les 70 ans de la paix. Après l'horreur des deux guerres mondiales, l'Europe a été construite pour garantir la paix dans la durée.

L'actualité nous démontre malheureusement que la promesse des « pères fondateurs » est aujourd'hui remise en cause par les modalités mêmes de la construction européenne. La finance a fait un hold up sur l'Europe. La commission européenne est le fer de lance de la mise en concurrence des peuples, de la casse des services publics et des droits des travailleurs. Nous avons aujourd'hui malheureusement la preuve que l'austérité imposée nous enferme dans une impasse économique et conduit à des catastrophes sociales, mais aussi qu'elle menace directement la paix.

Nous assistons à un rejet de l'Europe et à une montée du nationalisme très inquiétante dans de nombreux pays. En France, le Front National atteint des niveaux record, et rêve maintenant d'accéder au pouvoir, sans rien avoir perdu de ses orientations racistes et antisémites. Nous faisons face aujourd'hui aux conséquences des choix géopolitiques engagés après le 11 septembre 2001 et du prétendu choc des civilisations. Ce qui est attaqué, par les terroristes comme par les réactionnaires, c'est la laïcité, la liberté d’expression et la diversité de nos sociétés. Les chrétiens sont persécutés dans de nombreux pays musulmans, les musulmans et les juifs sont montrés du doigt en Europe.

4 millions de personnes se sont mobilisées en France le 11 janvier pour refuser les amalgames et démontrer leur attachement à la République, mais cet état d'esprit est déjà fragilisé. Le gouvernement profite de la menace terroriste pour faire voter une loi renseignement qui ressemble comme 2 gouttes d'eau au patriot act de Georges w Bush.

Alors que la Troika donne des leçons de rigueur à tous les peuples européens, et notamment aux grecs, votre position est extrêmement importante pour empêcher que les peuples ne soient montés les uns contre les autres. Votre expression sur la Grèce a été très appréciée. Il nous faut travailler ensemble, avec la CES, pour multiplier les initiatives de soutien aux grecs et obtenir que leur vote soit respecté. 

Contrairement au débat binaire dans lequel veulent nous enfermer les libéraux et l'extrême droite, la question ce n'est pas pour ou contre l'Europe, c'est quelle Europe nous voulons. Nous, organisations syndicales européennes, sommes maintenant très seuls à nous battre contre l'Europe du dumping social et à défendre cette autre Europe. A défendre une Europe des peuples, et des droits sociaux et environnementaux. A nous battre à l'échelle européenne, pour obtenir un salaire minimum dans chaque pays européen, pour gagner l'égalité des droits des travailleurs nationaux et des travailleurs détachés. En France, les routiers se sont mobilisés pendant près d'un mois et ont obtenu une réglementation du cabotage, imposant que les routiers étrangers soient au moins payés au salaire minimum français.

Nous avons besoin au niveau européen de multiplier les revendications concrètes, à l’image de ce que nous avons fait sur le plan d’investissement européen. Notre bataille a forcé Junker à annoncer un plan d'investissement, en contradiction avec les politiques d’austérité qu'il mène. Ce qui est dommage c'est que Junker se prend pour un magicien et nous prend surtout pour des imbéciles: nous savons compter, ce n'est pas en mettant sur la table 20 mds que l'on peut financer 300 mds d'investissements! Pourtant, notre plan d’investissement est non seulement un levier pour construire une Europe du plein emploi mais aussi une réponse au drame qui a lieu chaque jour en Méditerranée avec la mort de milliers de migrants. Il est temps de répondre à cet immense besoin de solidarité en mettant en place une politique de coopération Europe/Afrique et un plan d’investissement sur l’accès aux biens collectifs, comme l’eau, la santé ou encore l’énergie.

Les gouvernements, reprenant les revendications du patronat, nous enferment dans une logique de compétitivité coût en faisant de la baisse du soi disant coût du travail une priorité. Ceci conduit à nous mettre tous en concurrence et à tirer les salaires vers le bas partout en Europe. C'est ce que nous vivons en France avec le pacte de responsabilité, qui coûte très cher et s'ajoute aux milliards d'exonérations fiscales et sociales consenties aux entreprises. En tout, c'est 200 mds, 10 points de PIB, que la France consacre chaque année à aider les entreprises, sans aucune évaluation ni condition de résultat. Le bilan est malheureusement clair : le chômage et la précarité continuent à augmenter, et l’argent public va alimenter directement les actionnaires : Les dividendes versés aux actionnaires du CAC 40 ont augmenté cette année encore de 7% et la France détient le record européen. C'est la raison pour laquelle la CGT a lancé une campagne sur le coût du capital. Ceci nous permet de rappeler quelques chiffres, alors que nous négocions actuellement avec le patronat sur notre système de retraites complémentaires: le coût annuel de la protection sociale pour les entreprises s'élève à 150 mds d'euros, alors que le coût des emprunts et dividendes versés aux actionnaires représente 315 mds d'euros. Ce n'est pas le prétendu coût du travail qui handicape notre économie, mais le coût du capital, qui est en France bien plus élevé qu’en Allemagne.  
L'impasse de ce modèle Low cost a été dramatiquement démontré par l'accident de German wings. Un pilote de ligne en Europe sur 6 est maintenant intérimaire, notamment les jeunes, l'affaiblissement des normes de formation et de suivi sanitaire ont contribué à ce drame. Dommage que les pilotes de la Luftansa n'aient pas été entendus plus tôt...

Alors que nous nous battons contre le modèle low cost, les mobilisations salariales que vous avez initiées et le salaire minimum que vous venez d'obtenir sont pour nous très importants. Ils nous permettent de démontrer que ce que l'on présente comme étant à l'origine du modèle allemand, les réformes Hartz, sont au contraire ce qui a cassé les régulations et les compromis sociaux construits après guerre et ce qui a ouvert le modèle allemand à la financiarisation. 

Il nous faut travailler toutes ces questions à l’échelle européenne. Nous avons la chance d’accueillir le congrès de la Confédération Européenne des Syndicats à Paris en octobre prochain, nous espérons que ce congrès permettra de renforcer l’unité syndicale en Europe.

 

3- Construire ensemble le syndicalisme du 21e siècle

La 3ème raison pour laquelle je suis contente d'être parmi vous aujourd'hui, c'est parce que je crois que nos démocraties sont à un tournant qui exige de nouvelles réponses du syndicalisme international. 

D’abord il nous faut trouver les réponses à la montée de la précarité et à la dualité du salariat qui est organisée pour diviser le monde du travail et organiser des oppositions entre les salariés. Dans nos secteurs d’implantation historique,  nous avons réussi à protéger l’emploi stable et les statuts. Sauf que ces statuts sont attaqués de l’extérieur, par la précarité et le dumping social qui est organisé à tous les niveaux, entre donneur d’ordre et sous-traitants, salariés titulaires et intérimaires, salariés nationaux et travailleurs détachés…Vous vous mobilisez contre les minijobs et la précarité, qui touche notamment les femmes et les jeunes. Nous avons les mêmes préoccupations. Il nous faut, comme vous l’avez fait avec le salaire minimum, renforcer les droits au niveau interprofessionnel.

La CGT porte une proposition de sécurité sociale professionnelle, de façon à ce que le statut de salarié garantisse quelque soit l’employeur une protection sociale, un accès à la formation professionnelle, un salaire en fonction du niveau de qualification…De même, face à la financiarisation et au morcellement de l’entreprise, dont les collectifs de travail sont cassés du fait de la sous-traitance, la filialisation. Il faut refonder l’entreprise comme collectif de travail et créer des liens de solidarité et de responsabilité commune entre donneur d’ordre et sous-traitant par exemple. L’enjeu est donc de renforcer nos capacités d’action au niveau interprofessionnel, et notre faculté à rassembler les salariés à cette échelle. L’enjeu est de conquérir de nouveaux droits permettant de construire de nouvelles solidarités.

Le 2e enjeu, c’est la question de la démocratie et de ses indispensables contre-pouvoirs.

Nos démocraties, construites après-guerre sur les cendres des totalitarismes, sont fragilisées comme jamais par le mouvement de financiarisation de l'économie et de marchandisation du monde engagé depuis les années 80. Jamais les richesses et les pouvoirs n'ont été aussi concentrés. Nous atteignons la situation d’inégalités record entre le capital et le travail qui existait au début du 20ème siècle, avant la première guerre mondiale: 1% de la population possède 50% des richesses mondiales. Ces 1% utilisent la globalisation pour s'affranchir de l'impôt et des règles démocratiques. Ce creusement des inégalités se fait parce que - et c’est le FMI qui le dit ! – les contre-pouvoirs sont affaiblis, notamment les organisations syndicales. Nous avons en France, et je crois que c’est le cas dans de nombreux pays d’Europe, un énorme chantier de reconstruction et de rassemblement des organisations syndicales. Nous sommes les leviers de résistance à cette logique de marchandisation du monde, nous sommes donc au cœur du rapport de force, notre indépendance dérange et est attaquée frontalement. 

Les lanceurs d'alerte, syndicalistes et journalistes qui révèlent les dérives de la finance et défendent l'intérêt général se retrouvent sur le banc des accusés. C’est par exemple le cas de deux français, Antoine Deltour, lanceur d’alerte et d’Edouard Perrin, journaliste, qui ont révélé le système d'évasion fiscale organisé au Luxembourg au profit des multinationales et qui sont poursuivi par le Luxembourg et risquent 7 ans de prison. Le projet de directive européenne sur le secret des affaires permettra, si elle est adoptée, de donner une assise légale à l'échelle européenne aux pratiques de ces paradis fiscaux. Ce projet de directive remet en cause liberté de la presse et la liberté syndicale et fait primer l'intérêt des multinationales sur l'intérêt général. La France, 2e place forte de la finance après la Grande Bretagne, est à l’offensive sur la question : le gouvernement français a essayé en janvier dernier d'anticiper l’adoption de la directive et d’introduire le secret des affaires dans la loi. Une mobilisation citoyenne a permis de faire reculer le gouvernement français. Notre objectif est d'obtenir le même résultat à l'échelle européenne. Nous avons donc lancé un appel européen ouvert à signature pour informer et mobiliser les citoyens européens sur ces dangers. L'appel est signé par 65 organisations syndicales et ONG de 10 pays différents, nous espérons pouvoir travailler avec le DGB sur cette question, comme nous le faisons sur TAFTA.

S'il nous faut être lucides sur les logiques à l'œuvre, il nous aussi faut être conscients de notre force. L'oligarchie mondiale concentre toujours plus de pouvoirs mais est très minoritaire, nous sommes les 99%. Du fait de la financiarisation de l'entreprise, les salariés ne sont plus associés aux choix stratégiques. Leur travail est soumis aux objectifs de rentabilité de court terme dictés par les actionnaires. En France, 75% des cadres nous disent ne pas être associés aux choix stratégiques, 55% nous disent que les choix et actions de l'entreprise entrent régulièrement en contradiction avec leur éthique professionnelle. Au delà du statut que nous revendiquons pour les lanceurs d'alerte, à l'échelle nationale, européenne et mondiale, l'enjeu est de permettre aux salariés de disposer d'un droit de refus et d'alternative. L'enjeu c'est de permettre aux salariés de reprendre le pouvoir à partir de leur travail. Du fait de la révolution numérique, les transformations s'accélèrent, mais ce qui est vrai pour le capital l'est aussi pour le travail. Notre responsabilité syndicale n'en est que renforcée.

Nous avons la chance d'être organisés à l'échelle nationale, européenne et mondiale, de pouvoir toucher et organiser les salariés au plus près. De pouvoir offrir un cadre d'action aux 99%. A nous de reprendre le pouvoir face à la finance et d'imposer que les leçons de la crise soient enfin tirées.