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Travailler à en mourir

Quand cessera donc cette hypocrisie lamentable autour du stress au travail et des suicides ? L’annonce, la semaine passée du suicide d’un salarié employé par un prestataire de services travaillant au Technocentre de Renault à Guyancourt vient allonger la liste de trois suicides dans cette entreprise entre fin 2006 et début 2007.

lundi, 17 mars 2008 | Actualités
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La lettre .info

En une semaine, nous venons d’apprendre successivement le suicide de cadres, de techniciens à HSBC, à la BNP Paribas. Cette annonce intervient le jour même où France 2 diffusait « Travailler à en mourir », un excellent documentaire de Paul Moreira s’appuyant sur des témoignages poignants et révoltants. Le même jour, le directeur des ressources humaines (DRH) du groupe Renault, Gérard Leclercq, a estimé, lors d'une conférence de presse, que l'entreprise était sur « la bonne voie » concernant les conditions de travail à Guyancourt.

Chaque fois, les dénégations des directions répondent à la mise en cause des conditions de travail. Tandis que les suicides se multiplient dans les entreprises, le gouvernement va faire une enquête… dont les premiers résultats pourraient être connus début 2009. L’Ugict-CGT considère qu’il est inacceptable de continuer la politique de l’autruche avec la santé au travail qui doit être une préoccupation majeure des salariés, des syndicats, des pouvoirs publics et du Medef.

Combien de drames faudra-t-il encore supporter pour que le patronat envisage de modifier son mode de management ? Un management technicisé qui se généralise. Ses objectifs : détruire tout obstacle à la rentabilité financière à court terme, occulter la finalité des missions, évacuer la dimension humaine et collective du travail, nier l’expertise et la technicité.

Ce mode de management, conçu pour la course à la performance se réduit au suivi d’indicateurs de résultats. Il percute l’éthique professionnelle des cadres et professions techniciennes. La reconnaissance salariale de la qualification ne se juge plus qu’à la réalisation des objectifs, au prix d’une pression physique et psychologique croissante, d’une intensification insoutenable du travail. Ce mode de management ignore aussi les réticences de l’encadrement, mais contrôle les manifestions publiques de ses désaccords.

Tant que le patronat ne considèrera les suicides que comme des dégâts collatéraux de la rentabilité financière, ne touchant que quelques personnes plus fragiles, rien ne changera.

Vouloir résoudre le problème en misant sur un peu de coaching individuel revient à nier les responsabilités des entreprises et à déstabiliser le salarié qui aurait du mal à s’assumer.

Non, les suicides ne sont pas une maladie comportementale, mais le résultat d’un mode d’organisation et de pilotage de l’entreprise construit pour la seule satisfaction des actionnaires. Le temps de l’observation est dépassé. Il s’agit aujourd’hui d’agir en profondeur. L’Ugict-CGT préconise de s’atteler d’urgence à élaborer un nouveau mode de management dont les bases doivent être le plein exercice des qualifications et leur reconnaissance, le respect de la citoyenneté, l’épanouissement des solidarités et les liens sociaux dans l’entreprise.