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Un printemps érable...

Au centième jour de son existence, le mouvement de contestation n'en finit pas de prendre de l'ampleur au Québec. Plus de trois mois de manifestations populaires quasiment sans discontinuité, voilà qui mérite notre attention d’organisation syndicale !

jeudi, 31 mai 2012 | Actualités
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La lettre .info

Précisons le contexte. Le Québec est une province francophone du Canada . À ce titre, il constitue un état fédéré dont la capitale est Québec et dont la principale métropole est Montréal.  Sa population est de plus de huit millions d’habitants. Le statut politique du Québec est défini dans la constitution de Canada. Le Québec a le pouvoir de légiférer dans plusieurs domaines de juridiction exclusifs, dont l'administration de la justice, la santé et l'éducation. Le Canada est une démocratie parlementaire (monarchie constitutionnelle dont Elisabeth II est la reine et où le pouvoir est exercé par le premier ministre). Il oscille dans le top10 des pays en matière de coefficient de développement humain.  Ce « printemps érable » n’est donc pas celui de la lutte pour la démocratie ou contre la misère, il est celui de la lutte contre les inégalités et pour l’accès de tous aux droits fondamentaux comme l’enseignement.

Le conflit est né de la décision du gouvernement d’augmenter fortement les frais de scolarité au Québec, au prétexte de les aligner sur la moyenne « nord américaine ». Pour beaucoup d’étudiants, la situation est devenue intenable et ils sont descendus dans les rues pour dénoncer un modèle qui accroît les inégalités entre les étudiants en fonction de leurs origines sociales.

Avec des slogans comme "On veut étudier, on ne veut pas s'endetter", "un peuple instruit jamais ne sera vaincu", ils dénoncent en fait un système élitiste, qui fait de l’enseignement supérieur un bien marchand réservé aux familles aisées.

Ils dénoncent aussi le système de l’endettement qui ne fait qu’augmenter la précarité de leur situation à l’obtention de leur diplôme et peut les amener alors à accepter n’importe quel boulot alimentaire pour faire face à leurs échéances bancaires.

Cette question des frais de scolarité n’est pas propre à l’Amérique du Nord.  En Europe également, les étudiants d’origine modeste sont depuis longtemps contraints de s’endetter pour faire face à des frais de scolarité ou à pratiquer des « petits boulots » incompatibles avec de bonnes conditions d’études.

Au cours des dernières années, l’augmentation de ces frais et la « frilosité » du système bancaire n’ont fait qu’aggraver la situation. On se rappelle les manifestations au Royaume Uni contre la hausse des frais de scolarité lors de l’automne 2010 et la campagne de l’UNEF l’an dernier pour dénoncer des frais d’inscription illégaux dans des universités françaises.

Lors des dernières rencontres Options d’avril 2012, l’UNEF et l’UGICT ont proposé de miser sur la jeunesse pour renouer avec le progrès social et  la croissance à travers une loi-cadre pour l’emploi des jeunes, visant à élever le niveau de qualification et à garantir l’accès à un emploi stable. Cela passe évidemment par un droit d’accès à la qualification indépendamment de ses origines, notamment économiques et sociales.
Le modèle libéral voudrait faire de l’enseignement une marchandise, réservée aux jeunes issus des milieux plus favorisés : C’est à la fois une inacceptable injustice et un terrible gâchis qui prive notre société de certains de ses talents.

Face à la contestation des étudiants, le gouvernement du Québec a apporté la pire des réponses : celle de la répression. Les manifestations pacifiques de jeunes se sont soldées par des arrestations en masse et d’inutiles violences policières.

La répression s’est aussi portée sur le terrain législatif avec une loi restreignant le droit à manifester, loi baptisée depuis « loi matraques ».

Loin de calmer le mouvement, ces dispositions ont interpellé nombre de québécois, jeunes et plus âgés, non engagés dans le combat des frais de scolarité, mais qui n’ont pu admettre une restriction des libertés publiques absolument sans fondement. D'une grève contre l'augmentation des frais de scolarité, le mouvement s'est transformé en protestation sociale généralisée. A Montréal, les manifestations se succèdent et se radicalisent.

Gouvernement et dirigeants étudiants du Québec ont amorcé lundi 28 mai des négociations cruciales pour tenter de dénouer le conflit aux allures de crise sociale et politique. Mais dans le même temps, des dizaines d’arrestations ont lieu chaque soir, maintenant un contexte de fortes tensions.

L’UGICT-CGT va suivre avec attention l’évolution des négociations en cours. Un recul du gouvernement du Québec serait un encouragement pour tous ceux qui dénoncent partout les frais de scolarité prohibitifs et leur caractère discriminatoire.

Et au-delà, l’attachement marqué d’un peuple au respect de ses libertés fondamentales comme le droit à manifester et le droit à l’éducation est toujours un signe d’espoir pour l’avenir de la démocratie. C’est un message fort adressé aux gouvernements qui ici aussi en Europe sont tentés d’imposer toujours plus de libéralisme et de répondre par la « fermeté » aux légitimes mouvements sociaux.