MENU

Croissance molle et traitement statistique

Imprimer
stats cadre

"Je suis convaincu qu'avec le niveau de croissance que nous avons" et "la mobilisation" notamment pour la formation, "nous aurons des résultats. (…) Le chômage baissera" affirmait Manuel Valls qui assurait jeudi dernier le service après-vente du « Plan pour l'emploi » annoncé une semaine plus tôt par le chef de l'Etat.

Alors que François Hollande en a fait la condition pour qu'il se représente aux suffrages des Français, le gouvernement n'a toujours pas réussi à inverser la courbe du chômage et malgré une petite baisse en novembre, 3,57 millions de demandeurs d'emploi n'avaient aucune activité.

C'est ce lundi que le Premier ministre entame les rencontres avec les syndicats et le patronat pour préparer les annonces plus complètes du chef de l'Etat le 18 janvier sur ce fameux « Plan pour l'emploi ». Un plan dont les premières ébauches n'ont convaincu personne ni généré un enthousiasme débordant. Les mauvaises langues y ont vu une tentative désespérée de faire baisser les chiffres à défaut de faire reculer le chômage en faisant basculer des cohortes de demandeurs d'emplois de la catégorie A (c'est à dire sans aucune activité) vers les catégories D ou E (c'est à dire chômeurs en formation ou en contrats aidés). Et tout cela, selon les Echos en y consacrant « près d'un milliard d’euros, financé pour moitié par l’Etat et pour le reste par les fonds de la formation professionnelle ».

"Nous ne sommes pas dans le traitement statistique du chômage, mais dans un enjeu d'investissement humain pour améliorer la compétitivité", a déclaré la ministre du Travail lors d'une rencontre avec les journalistes de l'information sociale (Ajis).

Mais hélas, cette polémique sur ce traitement statistique qui semble agacer Manuel Valls, n'est pas totalement infondée. D'abord parce que la ministre du Travail Myriam El Khomri a reconnu elle-même samedi sur France Inter que "la croissance avec 40.000 créations d'emplois (chiffre atteint en 2015), ce n'est pas suffisant pour faire reculer le chômage". Donc si le chômage ne recule pas mais que les chiffres de la catégorie A diminuent c'est bien qu'on aura opéré un transfert.

D'ailleurs les Français ne croient pas en une inversion de la courbe du chômage en 2016, mais ils accueillent positivement le plan d'urgence pour l'emploi annoncé par François Hollande, selon un sondage Elabe pour Les Echos, Radio Classique et l'Institut Montaigne publié jeudi 7 janvier. Sauf pour ce qui est de la nouvelle prime à l'embauche promise aux PME  majoritairement rejetée par 59% des personnes interrogées qui ne la jugent  "pas efficace". Il faut sans doute voir là un scepticisme, voire un ras-le-bol, vis-à-vis des cadeaux et des largesses consentis aux entreprises sans contreparties.


Pour faire reculer le chômage, il faut de la croissance. Et les meilleurs carburants pour la faire redémarrer et la soutenir durablement sont la consommation des ménages et les investissements des entreprises. Il faut donc en finir avec le dogmatisme patronal qui fait du salaire l'ennemi de l'emploi. Augmenter les salaires, payer les qualifications et les responsabilités sont hélas les grands absents de la rhétorique gouvernementale et patronale. Il faut aussi résolument inscrire la baisse de la durée du travail comme perspective de progrès social car il est inconcevable que tant de jeunes tardent à trouver un emploi, que tant de seniors soient radiés des cadres tandis que ceux qui ont un emploi souffrent de trop de travail, et de mal travail.

Publié le lundi, 11 janvier 2016 dans Billets de la semaine