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Laissez parler les petits papiers

Panama Papers

La révélation du scandale planétaire des Panama Papers par un collectif international de journalistes et la médiatisation qui en a été faite par Elise Lucet dans Cash Investigations n'a sans doute pas fini de faire couler beaucoup d'encre et pourrait générer quelques séismes politiques, judiciaires, fiscaux.

lundi, 11 avril 2016 | Billets de la semaine
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La lettre .info

Cette affaire jette une lumière crue sur des pratiques connues de longue date mais mal documentées car l'intérêt premier des sociétés off-shore est précisément de dissimuler la provenance des capitaux et leur origine douteuse et de faire disparaître les noms de leurs détenteurs.

Panama Papers ne révèle sans doute qu'une toute petite part de ce pillage mondial des richesses car le million et demi de documents mis à la disposition des journalistes ne proviennent que de l'une des officines de domiciliation de ce paradis fiscal. C'est dire si beaucoup reste à découvrir.

D'ores et déjà et par l'ampleur des révélations ce scandale permet d'espérer des progrès dans la lutte contre les paradis fiscaux.

En premier lieu, elle a contraint le gouvernement à réinscrire le Panama dans la liste noire des paradis fiscaux. Mais ce geste ne saurait faire oublier l'inaction flagrante de notre pays dans la lutte contre l'évasion fiscale voire une sorte de bienveillante complicité. En effet, rappelons-nous qu'en novembre dernier le gouvernement avait manœuvré en pleine nuit à l'Assemblée pour faire annuler un amendement qui aurait rendu obligatoire le « reporting » financier des entreprises lequel serait un outil appréciable pour démonter les savants montages destinées à priver l'Etat et la protection de recettes fiscales et sociales, à alimenter les bulles spéculatives.


Panama Papers révèle aussi la duplicité du système bancaire, y compris français, qui au travers de filiales propose à certains clients d'anonymiser et faire disparaître des sommes considérables prélevées sur la création de richesses. Certains parlementaires ont du mal à digérer les déclarations sous serment le 17 avril 2012 de Frédéric Oudéa, alors PDG de la banque rouge et noir : "La Société générale a fermé ses implantations dans les pays qui figuraient sur cette liste grise" des paradis fiscaux, "mais aussi dans ceux que désignait la liste des États non coopératifs, c'est-à-dire en pratique, pour nous, à Panama", avait déclaré devant les sénateurs le PDG.

Le Journal du Dimanche révélait ce 10 avril que la banque a fait l'objet d'une perquisition, mardi dernier, menée par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales dans le cadre d'une enquête préliminaires visant la banque pour des soupçons de blanchiment. On n'est donc pas à l'abri de quelques séismes fiscaux lorsque seront révélées les vrais bénéficiaires de ces domiciliations paradisiaques.


Cette affaire met aussi en lumière le besoin urgent d'une véritable protection des lanceurs d'alerte, mais aussi des journalistes et militants syndicaux. Et de ce point de vue, en dépit des vagues et timides engagements de Michel Sapin d'offrir une protection voire une indemnisation aux lanceurs d'alerte « désintéressés », un projet de directive européenne sur la « protection du secret des affaires » est en passe d'être adopté. Il crée un droit au secret pour les entreprises qui est excessif: il menace directement le travail des journalistes et de leurs sources, les lanceurs d’alerte, les syndicalistes, la liberté d'expression des salariés et nos droits d'accéder à des informations d’intérêt public. Le gouvernement, les parlementaires peuvent et doivent peser afin que la commission européenne écrive un texte qui protège les droits et les intérêts des citoyens.


Enfin et ce n'est pas pour nous déplaire, cette affaire révèle aussi que des proches de Marine Le Pen sont mouillés dans ces Panama Papers. Il eut vraiment été dommage qu'une fois encore la fille à son papa trouve dans cette affaire matière à alimenter les théories du « tous pourris ».