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Réenchanter l’avenir

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économie

Publié dans l'édition du Monde de jeudi 10 février et sur Médiapart, l'appel signé de 80 économistes assure qu'il est possible « de réenchanter l'avenir y compris en matière économique ».

Il faut bien reconnaître que le propos de ces économistes se réclamant « de sensibilités différentes » tranche nettement avec le discours - hélas dominant - qui plaide « pour réduire plus drastiquement encore la dépense publique, démanteler le droit du travail, remettre en cause la pourtant si indispensable réduction du temps de travail et diminuer le coût du travail par la compression des salaires et des prestations sociales. »

Les signataires de ce texte, parmi lesquels on retrouve, notamment les Economistes Atterrés, appellent à « abandonner cette politique qui conduit à l’enlisement sans fin dans la crise. » Ils proposent aux citoyens, aux mouvements associatifs, syndicaux et politiques, d'ouvrir un débat sur la mise en œuvre d’un plan de sortie de crise autour de trois volets. Ils veulent notamment mettre en débat « un nouveau pacte productif à la fois écologique et social » susceptible de répondre par des investissements à des enjeux telle que la réduction des émissions de gaz à effet de serre ; la construction de logements ; programmes urbains afin de mettre fin aux ghettos, de refaire mixité et égalité ; nouveau pacte social en faveur de l’éducation, de l’hôpital, de la culture, de la sécurité et de la justice ; aide aux personnes en perte d’autonomie et accueil de la petite enfance. Des activités non délocalisables gisements possibles de centaines de milliers d’emplois. « Autour d’elles, il est possible de retrouver le chemin d’un nouveau type de plein emploi avec des emplois de qualité, sans discrimination selon le sexe ou l'origine », affirment les signataires qui proposent « un programme de soutien à l’activité et à l’emploi » de 40 milliards par an, « financé pour une part par le redéploiement de sommes consacrées au Pacte de responsabilité, dont l’échec en matière d’emploi et d’investissement est patent, pour une autre part par un recours à l’endettement, à l’instar de ce que n’ont pas hésité à faire les États-Unis ».

Conscients de ce que les règles européennes ne permettent pas de mettre en œuvre de telles politiques de relance, les 80 économistes appellent à « remettre en cause ces règles néolibérales qui font que l’Union européenne est devenue le grand malade de l’économie mondiale ». Ils plaident notamment pour une hausse des salaires et des prestations sociales, en particulier de l’ordre de 10 % pour les bas revenus afin de relancer la demande interne des pays de la zone euro. « La France meurtrie a besoin d’un nouvel horizon. La sortie du sombre tunnel politique dans lequel elle est engagée ne passe pas uniquement par l’économie. Mais elle restera hors de portée si l’on s’acharne à poursuivre des politiques néolibérales qui creusent les inégalités, alimentent le désastre social. Il est temps de mettre en œuvre une politique économique alternative » concluent les rédacteurs de cet appel.

Cette exhortation à une autre politique n'est pas sans résonner avec les réflexions et les exigences portées par les syndicats affiliés à la Confédération Européenne des Syndicats. La CES appelle ainsi à un grand plan d’investissement à l’échelle de l’Europe que les syndicats européens chiffrent à 2% du PIB européen soit deux fois le budget annuel de l’Union européenne. Coordonné à l’échelle de l’Union, ce plan vise le développement durable et des emplois de qualité afin de générer un "cercle vertueux de croissance".

Publié le lundi, 15 février 2016 dans Billets de la semaine