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Un séisme et des répliques

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Menteur, hâbleur, raciste, grossier, milliardaire, probablement fraudeur fiscal, misogyne et probablement prédateur sexuel, climato-sceptique tous les qualificatifs lui vont comme un gant et pourtant... Donald Trump a été élu 45ème président des Etats-Unis.

lundi, 14 novembre 2016 | Billets de la semaine
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La lettre .info

Champion du « politiquement incorrect », bafouant toute éthique, il a proposé aux électeurs de prendre leur revanche sur les « élites », faire des travailleurs migrants des boucs émissaires faciles pour les millions d'exclus du système économique. Il a promis des murs contre l’immigration, multiplié les diatribes contre l’islam. S'autoproclamant anti-système, Trump a caressé dans le sens du poil l'Amérique des petits blancs, victimes du déclassement de la désindustrialisation et il n'a semble-t-il pas rassemblé que ces « mâles blancs ».

En rupture avec deux mandats démocrates qui n'ont pas su répondre aux attentes d'un pays en proie au sentiment de déclassement, les états ouvriers du Michigan, de la Pennsylvanie, du Wisconsin ou de l’Ohio se sont tous tournés vers Donald Trump. Reconduction à la frontière des sans-papiers mexicains, interdiction du territoire aux musulmans, dénonciation des accords de Paris sur le climat ont parlé aux électeurs tandis que la candidate Clinton s’est mollement saisie des revendications pourtant largement portées durant la primaire démocrate par un Bernie Sanders. Notamment la question des salaires, pour laquelle elle n'a soutenu qu'à demi-mot, les revendications de « Fight for 15 $ » pour la hausse du salaire minimum à 15 dollars.

« Les huit dernières années n’ont pas été fastes pour les travailleurs américains » résumait Cathy Feingold, responsable des relations internationales de l’AFL-CIO, la plus grande fédération syndicale du pays dans un entretien à nvo.fr avant l'élection. « Les inégalités se sont creusées. La productivité augmente, les PDG gagnent 350 fois ce que touche le travailleur moyen.»


Passée la consternation, de ce côté de l'Atlantique comment ne pas voir dans ce séisme politique que le prétendu « plafond de verre » qui empêcherait l'extrême-droite d'accéder aux plus hautes fonctions est en train de voler en éclats ? Les exemples de succès électoraux des partis populistes d'extrême-droite en Europe, le vote pour le Brexit sont autant d'avertissements. Tout est en place pour que les exigences sociales soient absentes des débats. L'extrême-droite ne prospère jamais aussi bien que sur le ferment des espérances déçues et trahies.

« C’est notamment parce que la montée des idées et de l’influence de l’extrême-droite, et particulièrement du Front national, impacte de plus en plus le monde du travail et l’ensemble de la société que le mouvement syndical est concerné et doit prendre ses responsabilités, avaient déclaré d'une même voix les organisations syndicales CGT, FSU, Solidaires, UNEF, UNL et FIDL en janvier 2014. « Nous savons que l’absence d’alternatives à la crise, l’aggravation de la situation sociale subies par les travailleurs de toutes origines, du privé comme du public, mais aussi par les chômeurs, les jeunes et les retraités fournissent un terreau exploité par l’extrême-droite. »