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Travail : Gattaz ou le coût d'après

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argent echecs

« Je pense que pour le futur du pays, il faut aussi avoir des salaires compétitifs sur les salaires à haute valeur ajoutée, que vous trouvez dans l'industrie certes, mais que vous trouvez dans les banques, dans les assurances, dans beaucoup de professions d'engineering ou du Syntec »... La loi Macron à peine votée, le président du Medef a voulu par cette sentence donner le ton de ce que devrait être une loi Macron 2.0.

La lettre hebdo

Lors de sa conférence de presse mensuelle le 7 juillet, Pierre Gattaz a réclamé des allègements de cotisations patronales « sur la totalité du spectre des salaires », prévenant que les entreprises iraient embaucher à l'étranger si le coût du travail ne baissait pas.

Le Pacte de responsabilité du gouvernement prévoit déjà des allègements de cotisations patronales jusqu'à 3,5 Smic, mais « le coût du travail continue à être élevé », juge le patron des patrons. Ajoutons à cette analyse celle formulée fin juin par "La Fabrique de l'industrie", think tank co-présidé par le président du conseil de surveillance de PSA, Louis Gallois, et le président du conseil d'administration d'Airbus, Denis Ranque, qui plaidait fin juin pour des allègements sur les salaires « intermédiaires ».

On l'aura compris, il ne suffit pas au Medef d'avoir obtenu -sans beaucoup tordre le bras de l'exécutif- toute une série de mesures tendant à baisser le « coût du travail », il entend faire baisser encore le coût du travail qualifié. La charge contre le prix du travail qualifié n'a rien de neuf. Elle se nourrit du tassement des grilles, de la non-reconnaissance des qualifications, de l'intensification du travail, de l'extension du forfait jour.

À ce sujet, selon une étude du service statistiques du ministère du Travail (Dares), près de la moitié des cadres (47 %) sont aujourd'hui astreints à un régime dérogatoire aux 35 heures qui permet de rémunérer des salariés en fonction du nombre de jours travaillés par an et non d'horaires hebdomadaires. Ils travaillent en moyenne 44,6 heures de travail contre 39 heures pour une rémunération brute annuelle majorée de 5 % par rapport aux autres, « toutes choses égales par ailleurs ». C'est donc avec l'extension du travail « informel et gratuit » lié à la connexion permanente de ces salariés, un puissant levier pour faire baisser le « coût du travail ».

Ajoutons que les politiques « d'emploi » des gouvernements successifs ont conduit à favoriser les trappes à bas salaires en portant les exonérations de cotisations sociales patronales à 1,6 fois le Smic, encourageant les entreprises et les branches à contenir les salaires dans le bas du spectre.


Les récents propos de Pierre Gattaz et des grands patrons n'ont pas le lustre du neuf, mais si on les croise avec ceux de François Hollande ce 14 juillet qui assure vouloir poursuivre et amplifier les réformes dans ce sens, ils dessinent ce qui pourrait bien être le coup d'après...

Publié le mercredi, 15 juillet 2015 dans Billets de la semaine

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