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18ème congrès - Conclusions de Sophie Binet

Conclusions 18eme congrès

Je reviendrais sur 3 points :

 

  • 1 – Sens du congrès
  • 2 – Acquis du congrès. Nouvelle page ouverte.
  • 3 – Suites et la mobilisation.
vendredi, 13 avril 2018 | Décryptages
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La lettre .info

 

1 - SENS DU CONGRÈS ET DES
4 JOURS QUE NOUS AVONS PASSÉ ENSEMBLE

Trois mots clés :

-Innovant dans le style et dans le contenu.

La question du style des messages est importante autant que le contenu. Pour être entendus, nous avons besoin d’être dans la modernité dans laquelle sont nos collègues. Le rapport introductif de Marie Jo a donné le ton dès le départ. En matière de communication nous avons franchi une étape avec syndicoop.

 

Sur le contenu, nous avons réussi à avoir un congrès tourné vers les jeunes et l’avenir : la preuve que quand on va vers les jeunes et que l’on part de leurs préoccupations, en l’occurrence leur première insertion professionnelle, on syndique ! L’organisation de certains temps de travail en ateliers a permis à chacune et chacun de prendre la parole. Enfin, nous venons d’élire une direction renouvelée aux 2/3 !


Enfin, ce n’est pas tous les jours qu’on chante l’Internationale dans une Église ! Jean François a enfin réussi à rassembler Marx et Jésus !

Cela dit, restons lucides et exigeants. Il ne s’agit que de premières graines, embryonnaires par rapport à tout ce que nous pouvons et devons construire. Mais le champ des possibles est désormais ouvert.

 

-Studieux et exigeant

-       Ce qui a rassemblé les délégué·e·s, c’est la conscience de l’enjeu pour toute la CGT du débat du comment faire. Les débats de postures, incantatoires et simplificatrices, ont été refusés dès le début. Elles sont souvent rassurantes, mais une fois qu’on sort du cocon du congrès elles ne résolvent rien aux difficultés de la mobilisation des collègues !

-       Excellent état d’esprit, chacune et chacun a su articuler sa situation professionnelle et ses aspirations individuelles à sa responsabilité collective. C’est cet état d’esprit qui a prévalu dans la préparation du congrès et du document d’orientation, qui a été largement modifié et enrichi dans le débat avec la CE, le CN et nos organisations.

 


Avec 400 amendements, dont 75% acceptés, et une orientation votée à 95%, ce congrès a été riche en débats, en cohésion, en travail 

C’est ensuite ce qui a permis de passer de 375 amendements, à une intégration de 70% d’entre eux, puis à des votes très très larges qui démontrent la cohésion et l’unité de l’UGICT et du spécifique. Honnêtement, après avoir oscillé entre 95 et 98% à notre précédent congrès de Dijon, nous nous étions dit que nous ne pourrions pas faire mieux… Le prochain congrès va être compliqué…Plus sérieusement, je pense que nos débats ont permis des clarifications et progressions mutuelles. Le spécifique ce n’est pas le catégoriel, c’est justement le moyen d’empêcher que le catégoriel ne devienne du corporatisme : 2 exemples :

 

  1. Air France : Grâce à l’UGICT, nous ne laissons pas les pilotes aux mains du syndicat des pilotes
  2. La marine marchande, où une fédération des officiers et des syndicats UGICT permettent d’avoir une syndicalisation de masse des officiers et commandants, et où notre travail en convergence avec les marins fait que par exemple, le DS UGICT a refusé le deal proposé par la direction de la CMA CGM dans un PSE de supprimer des postes de marin en contrepartie de recrutement d’officiers.

L’UGICT sera toujours disponible pour continuer à débattre et à travailler ensemble : les besoins de terrain et les contenus revendicatifs permettent toujours de dépasser les clivages à construits à priori.


-      Débats de haut niveau grâce à nos invités

 

 

  1. Sur l’environnement et le numérique, première fois que nous avons des débats d’une aussi bonne qualité. Enjeu énorme pour le spéde réussir à la décliner dans chaque entreprise et secteur d’activité. Si la CGT n’est pas capable d’offrir une vision sur la transformation numérique de chaque entreprise et secteur d’activité, nous n’aurons aucune crédibilité chez les cadres et nous ouvrons un boulevard pour la vision patronale. Nous avons eu la chance d’accueillir Aurélie Trouvé, porte-parole d’ATTAC, qui a fait 11h de train pour venir échanger avec nous, signe s’il en était besoin du souhait de la direction d’ATTAC de renforcer ses liens avec l’UGICT.



  2. La question de l’égalité Femmes/Hommes a été au centre des débats dès le début et n’a laissée personne indifférent·e, preuve que la lame de fond du mouvement d’émancipation enclenché depuis le scandale Weinstein n’est pas près de s’arrêter. Très important car cela montre que nous sommes en phase avec les aspirations de nos catégories. Surtout, le fait que cette question soit portée par la CGT permet d’arrimer la bataille de l’émancipation à celle contre l’exploitation, les rapports sociaux de classe aux rapports sociaux de sexe. Le Congrès nous a permis d’éviter les 2 écueils :
  • La réaction et le retour de bâton. L’émancipation des femmes remet profondément en cause les rapports sociaux et les rapports de pouvoir. Cela génère donc, on l’a vu avec la montée au créneau des réactionnaires, de Causeur à Finkelkraut, une tentative des remettre les femmes « à leur place ». Le congrès a bien démontré la vigilance des déléguées sur ce sujet.
  • Transformer ce mouvement d’émancipation en guerre des sexes et en exclusion des hommes. La question a été portée dès le début par des hommes comme des femmes, conscients qu’il était nécessaire de remettre en cause les rapports de pouvoir existants dans la société mais aussi dans l’organisation


  1. Je veux remercier la CGIL. Le pays de Gramsci nous montre la voie sur le Nouveau statut du travail salarié et le statut de l’encadrement. Nous avons intérêt à suivre de près ce qui se passe de l’autre côté des Alpes.
  2. Le directeur de l’APEC, nous a démontré son humour et son ouverture d’esprit. Il nous a surtout fait la preuve de l’intérêt pour l’UGICT de s’investir dans la gestion paritaire et la défense de l’APEC. C’est grâce à l’APEC que nous avons réussi notre journée porte ouverte jeunes diplômés, avec des ateliers d’aide à la recherche du 1er emploi. L’avenir de l’APEC sera directement impacté par la négociation sur l’encadrement.
  3. Nous avons accueilli de nombreux secrétaires généraux d’organisations CGT, alors que notre congrès avait lieu dans une semaine sociale chargée. Cela démontre l’intérêt pour toute la CGT des travaux de l’UGICT.


-      Combatif et dans l’action,

  1. Notre participation à la manifestation d’hier a permis comme le disait Alain de matérialiser les convergences.
  2. Conscient·e·s de l’enjeu de la mise en œuvre de nos résolutions, nous y avons consacré la dernière séance de notre congrès, et les ateliers territoriaux. C’était un vrai challenge d’organiser 13 ateliers en même temps, les 1ères remontées démontrent que ce sera à reproduire et renforcer !



2 - LES ACQUIS DU CONGRES. NOUS NE RESSORTONS PAS COMME NOUS SOMMES ENTRES. RIEN N’ETAIT ECRIT D’AVANCE MAIS NOUS AVONS COMMENCE A ECRIRE UNE NOUVELLE PAGE ENSEMBLE

 

Notre congrès a été marqué par l’intervention et l’échange avec Philippe Martinez, moment avec des débats de grande qualité, et des réponses apportées sans langue de bois. L’intervention très nette de Philippe conforte notre feuille de route : le problème ne vient pas des ICTAM, qui quand on leur propose un syndicalisme qui leur laisse la main pour définir leurs revendications et leurs modes d’actions s’investissent largement. Le souci, c’est d’abord nos blocages internes. Son intervention a répondu aux 3 principaux arguments utilisés pour remettre en cause l’activité et l’organisation UGICT et il nous a dit que :

- L’Ugict n’est pas une CGT bis, il faut cesser les logiques de concurrence ou de pouvoir qui font tant de mal à notre syndicalisme.

-       L’Ugict n’est pas un supplément d’âme ou un apport sur certaines questions bien délimitées comme les forfaits jours par exemple. Il y a besoin de spécifique sur toutes les questions revendicatives (RTT, égalité F/H…).

-       Ce n’est plus le moment de débattre du besoin d’organisation et de structures spécifiques, c’est une évidence. C’est le moment de les mettre en place alors que nos bases organisées ICTAM reculent. Il y a urgence à développer des structures à l’entreprise et au territoire sur les isolés.

Il a aussi indiqué lors du dernier CCN que le congrès de l’Ugict était le premier temps de préparation du congrès confédéral. Il nous faudra donc travailler avec lui pour faire partager le bilan de notre congrès au CCN, et intégrer nos résolutions à celles du congrès confédéral, de façon à ce que le déploiement et l’organisation de l’activité ICTAM soit porté par toute la CGT.

Notre congrès nous a permis de passer de Thatcher à Luther King, de « There is no alternative » à « I have a dream ». Comme on est plutôt matérialistes à la CGT, les prochains mois devront nous permettre que le rêve devienne réalité. Comme nous l’avons chanté hier, « Il n'est pas de sauveurs suprêmes, Soufflons nous-mêmes notre forge, Battons le fer tant qu'il est chaud » 

 

Avec les résolutions que nous avons votées, l’objectif est qu’au prochain congrès de l’UGICT nous soyons en capacité de dire que :

-       Plus aucun ICTAM n’attend des mois avant d’être contacté alors qu’il souhaite se syndiquer, parce que nous aurons dans les 17 territoires que nous avons ciblés ensemble des Commissions Départementales pour les accueillir et les orienter, et des syndicats d’accueil si besoin

-       Les bases et syndicats Ugict, aujourd’hui souvent très isolées, auront un appui au niveau du territoire, avec, comme nous l’ont raconté les camarades du 92 et du 78 notamment, des systèmes de parrainage/marrainage

-       Nous aurons augmenté notre influence électorale. Nous ne nous résolvons pas à la division du salariat. La CGT a vocation à être la première organisation chez les salariés et chez les ICT. Ce n’est pas seulement une question de représentativité, c’est une question déterminante pour la défense des droits. Avec les ordonnances, le patronat peut négocier des accords dérogatoires à l’entreprise directement avec des élus ou de simples salariés dans les entreprises de moins de 50 salarié·e·s sans présence syndicale. Si nous n’augmentons pas rapidement nos implantations syndicales, les accords de dumping signés dans les entreprises où nous ne sommes pas implantés tireront l’ensemble des droits vers le bas ! Première échéance : les élections fonction publique de novembre 2018. Cela commencera avec l’initiative que nous co organisons avec le collectif encadrement de l’UFSE le 26 juin prochain. Nous savons ensuite que la quasi-totalité des élections dans le privé auront lieu en 2019/2020, nous avons intérêt à développer nos commissions départementales très rapidement pour pouvoir affronter ces échéances car si le ciblage est une première étape, il ne suffit pas, pour gagner les élections, il faut un contenu spécifique ! Nous avons déjà des points d’appuis avec les outils développés par nos organisations que nous pourrons mutualiser, comme par exemple ceux réalisés par la fédération société d’études.

-       Nous aurons collectivement et dans chacune de nos organisations, fait des jeunes une priorité. Arrêtons de faire l’autruche, acceptons d’être dérangés dans nos habitudes et nos modes de fonctionnement. Comme nous l’avons écrit dans notre document d’orientation, c’est à la CGT de s’adapter, pas aux jeunes ! Il nous faut être vigilants à deux écueils :

  1. Pas question de se limiter à celles et ceux qui acceptent de se couler dans le moule ou qui ont déjà une culture politique, notamment grâce à leur héritage familial. Nous portons un syndicalisme de masse
  2. Il ne s’agit ni de vouloir tout leur imposer ni de les laisser seuls régler toutes les questions laissées en suspens en leur « refilant la patate». C’est un travail d’accompagnement de longue durée qui est nécessaire

 

 

Notre nouvelle direction aura à construire les outils pour accompagner nos organisations pour mettre en œuvre les orientations : Je vous remercie pour votre vote très large pour la nouvelle direction proposée. Ce vote nous met la pression, nous aurons maintenant à être à la hauteur de la confiance que vous nous avez accordée !

Cela dit, quelque soit sa qualité, ce n’est jamais une direction toute seule qui peut garantir la mise en œuvre des résolutions adoptées, nous aurons besoin de l’engagement des organisations et des délégué·e·s. Dans notre document d’orientation, nous avons décidé ensemble d’organiser chaque année un CN pour faire le point sur les résolutions que nous avons votées. La participation des délégué·e·s du congrès y sera très utile ! En particulier dans la perspective des élections dans la fonction publique avec une initiative en juin.



3 – SUITES ET PROCESSUS DE MOBILISATION

 

Macron pavane mais les fronts se multiplient : à la fonction publique, se sont ajoutés la santé, la SNCF, le mécontentement salarial, avec par exemple la grève à Air France, et maintenant un décrochage dans son cœur d’électorat, les retraité·e·s et les ICTAM. Nous avons lors de notre congrès rendu publics nos 2 baromètres cadres et techniciens agents de maîtrise. Ils démontrent une amplification du décrochage avec les directions. Nos propositions sur le statut de l’encadrement sont un support de syndicalisation et de mobilisation des ICTAM.

Nous voulons nous ouvrir, comme nous l’avons fait dans ce congrès, par exemple en allant manifester le #22mars

 

 

La journée d’hier, a rassemblé 600 000 personnes, et la CGT a d’ores et déjà prévu des suites, avec une date de mobilisation proposée le 19 avril. Sur les ordonnances, pas question de considérer que le sujet est derrière nous. Les camarades de la Tour Eiffel nous ont démontré que rien n’était écrit d’avance, et ont réussi à maintenir leurs moyens et nombre d’élu·e·s malgré la mise en place du CSE. La stratégie de Macron, nous l’avons bien compris, c’est de dissocier les sujets. C’est la raison pour laquelle il est mystérieusement muet sur les retraites et a décalé le calendrier. Mais cette stratégie va faire long feu, les calendriers vont se télescoper et l’Ugict sera au rendez-vous des mobilisation.

Notre document d’orientation nous offre des points d’appuis sur la stratégie pour gagner.

-       Notre bilan d’activité démontre l’efficacité du syndicalisme.
C’est un support pour la syndicalisation et la mobilisation. On ne se mobilise pas pour des Requiem mais quand on sait qu’on peut gagner

-       Face à la stratégie de division de Macron , il nous faut faire de nos luttes des enjeux d’intérêt général. L’Ugict se met au service des camarades de l’UFCM cheminots et des Ufict de la Fonction Publique pour démontrer l’enjeu de leurs mobilisations pour toute la société

-    Le rassemblement et l’unité syndicale. C’est ce que nous avons réussi à construire dans la négociation sur l’encadrement, où chacun a bien compris que c’était le seul moyen de se faire entendre face au blocage du MEDEF et à la stratégie de marginalisation du syndicalisme de Macron. Comme l’a dit Philippe Martinez, notre bataille pour gagner des droits pour l’encadrement s’intègre dans celle pour le nouveau statut du travail salarié. Nous avons 3 objectifs dans cette négociation :

  1. Un périmètre large, ne se limitant pas aux cadres encadrants
  2. Une définition interpro ne laissant pas la définition de l’encadrement à l’arbitraire patronal
  3. Des droits associés, et notamment la reconnaissance de la qualification.

-       Partir du professionnalisme, de l’aspiration à avoir un travail qui ait du sens. Déclencheur de mobilisation en particulier chez nos catégories

-       Ouvrir des perspectives, ne pas s’enfermer dans le repli et le statut quo. Comme nous avons su le faire avec nos campagnes droit à la déconnexion et vie de mère, notre document contient plusieurs propositions de campagnes pour mettre nos sujets au cœur du débat.

-       Mettre au centre la question démocratique. Pourquoi ? parce que c’est le talon d’Achille de Macron/Jupiter, le point d’achoppement, l’étincelle qui peut mettre le feu aux poudres. La dictature des 1% ne peut se poursuivre que par un verrouillage démocratique. C’est la raison pour laquelle l’Ugict est fer de lance sur la question du Secret des affaires. Pour catalyser ces aspirations démocratiques, il nous faut être exemplaires. Les 50 ans de mai 68 sont l’occasion de rappeler que la mobilisation s’est construite sur le lien entre des revendications sociales et une aspiration démocratique à tous les niveaux. Chaque génération construit sa mobilisation, l’histoire ne se reproduit pas mais elle nous offre des enseignements.

 

Pour conclure, je dirai finalement que le sens de ce congrès c’est « la solution c’est nous »

-       C’est nous toutes et tous dans cette salle qui avons assuré la réussite de ce congrès, marqué par une implication très forte de nos unions fédérales

-       Nous sommes la solution pour rassembler le salariat

-       Nous sommes la solution pour rouvrir le progrès social et environnemental

Alors vive l’UGICT, et vive la CGT !

 

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