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Initiative internationale pour la responsabilité sociale des cadres

Initiative internationale pour la responsabilité sociale des cadres

Conférence de presse du 22 novembre 2005. Nous décidons aujourd’hui de prolonger le manifeste que nous avons signé ensemble il y a deux ans, en lui donnant une ampleur internationale avec un site internet à l’appui, ouvert aux témoignages de cadres.

vendredi, 02 décembre 2005 | Décryptages
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La lettre .info

Celui-ci a connu un franc succès et accompagné une évolution chaque jour plus forte des cadres vers la recherche d’une responsabilité sociale.
En 2003, c’étaient les médecins salariés des services d’urgences des hôpitaux qui en plein été alertaient sur l’incurie des pouvoirs publics face à une canicule qui fit des milliers de morts en raison, notamment, de la restriction drastique des moyens attribués aux services de santé.

C’étaient aussi des cadres du ministère des finances qui refusaient de se faire les propagandistes du projet de retraite gouvernementale avant qu’il ne soit voté.

Également à l’époque, des pilotes d’avions étaient sanctionnés pour avoir refusé d’embarquer des expulsés qui avaient été drogués dont ils estimaient les conditions de transport inhumaines.

Ces différentes situations n’ont cessé depuis de se reproduire en s’élargissant et en se traduisant parfois en mouvements collectifs : droit de refus d’être les propagandistes de la privatisation par les cadres de France Télécom à Marseille, mouvements collectifs de médecins hospitaliers et de professionnels de santé, refus de voler pour des raisons de sécurité de la part de pilotes il y a quelques jours encore.

En 2004 et 2005, ce sont aussi des enseignants, des chercheurs, des travailleurs sociaux, des cadres de l’industrie qui ont agi pour que leur métier retrouve le sens de l’intérêt général, retrouve une finalité sociale que bafoue en permanence le pilotage exclusivement financier et « court-termiste » des entreprises et de l’économie.

La répression est même au rendez-vous dans un certain nombre de cas du fait du durcissement des rapports sociaux et de la volonté d’imposer une pensée et une pratique uniques refusant toute contestation.

Les droits individuels et les garanties collectives protectrices sont aujourd’hui insuffisants pour que les cadres exercent pleinement leurs qualification et compétences donc leur esprit critique.

Les logiques financières se moquent de la sécurité de l’emploi, comme de la moralité des affaires. Les cadres sont souvent mis individuellement dans des situations intenables, étant les premiers fusibles en cas de problèmes, les premiers exposés en cas de conflit et les premiers responsables pénalement.

Du point de vue syndical, nous pensons qu’il y a besoin d’une conjugaison d’interventions dans et en dehors de l’entreprise pour traiter en terme de droits sociaux de la notion de responsabilité, comment elle s’exerce, dans quel sens, avec quels moyens ?

Cela doit passer par des actes concrets dès la formation en donnant dans les écoles une autre vision de l’entreprise que celle réduite à des centres de profits.

Cela doit passer aussi dans le travail en faisant reconnaître un droit de refus et d’alternative ainsi que les moyens de le faire respecter.

Un tel droit individuel ne peut être opérant qu’assorti de moyens de contrôle et de garanties collectives.
Les problématiques ne s’arrêtent pas aux frontières de l’hexagone.

Il y a besoin de traduire en droits individuels garantis collectivement les aspirations fortes des cadres à mettre un contenu social et éthique à leur responsabilité professionnelle.

Nous avons l’objectif de le faire aussi en Europe et dans des accords internationaux en agissant pour des normes sociales s’inscrivant dans la conquête de nouveaux droits.

Les récentes recommandations de la CNIL en matière de droit d’alerte professionnel démontre le besoin d’espace pour que les cadres s’expriment pleinement.

Des droits d’alerte existent dans les entreprises en matière de conditions de travail et de sécurité. Ils sont collectifs. Là il est individuel.

Nous pensons qu’il a besoin d’être encadré collectivement.

L’anonymat ouvrant sur la délation est un dévoiement d’un véritable droit d’alerte.

Mais l’obligation de donner son identité appelle à l’obtention de droits collectifs protecteurs pour que ce soit opérant.
On ne peut donc se contenter de recommandations de la CNIL même si elles ouvrent sur un suivi et que nous souhaitons pour notre part des commissions particulières de suivi de l’alerte pour l’expression de l’éthique professionnelle.

Les procédures actuelles sont insuffisantes. Nous sommes pour un droit d’alerte plus large, c’est-à-dire pas uniquement limité aux questions comptables et financières et pour des garanties collectives protectrices.

Nous venons de tenir un premier stage pour nos responsables avec l’Institut du travail de Strasbourg sur la responsabilité sociale des cadres avec l’objectif d’ancrer des initiatives dans les entreprises. Il est ressorti clairement que celle-ci ne se réduit pas à un simple droit d’alerte ou de contestation mais intègre une démarche de proposition et d’initiative offensive visant l’intérêt général et intervenant sur la finalité sociale.

Avec cette initiative internationale prolongeant le Manifeste, nous cherchons que se développe un mouvement d’opinion et de pratiques où les cadres puissent faire reconnaître leurs qualifications et puissent les exercer pleinement pour peser sur les finalités du travail, ce qui intéresse les autres salariés et la société.

Conférence de presse du 22 novembre 2005
Intervention de Jean-François Bolzinger – Secrétaire général de l’UGICT-CGT