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Le CNRS en grand danger d’instrumentalisation

Le CNRS en grand danger d’instrumentalisation

Accompagnant la Révision générale de politiques publiques (RGPP), le nouveau management public (new public management) s’installe dans toutes les institutions nationales. Le CNRS ne fait pas exception. Sa mise en oeuvre menace l’indépendance des chercheurs. L’Etat, qui roule pour les grands groupes, devient un pilote docile épousant leurs objectifs et par l’intermédiaire des agences leurs critères de performances. A terme, c’est la fin des financements récurrents, la mise en concurrence et la généralisation des appels à projets.

mardi, 06 juillet 2010 | Décryptages
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La lettre .info

Fondé en 1939, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) comptait, à l’origine, 40  laboratoires et 1 170 personnes. Créé pour suppléer aux déficiences du système des facultés, il était orienté vers l’effort de guerre.
Actuellement le CNRS est un Etablissement public à caractère scientifique et technologique (EPST) qui compte plus de 34 000 équivalents temps plein (ETP).
Il est le fer de lance de la recherche française. Cet organisme de recherche à vocation multidisciplinaire dispose d’une implantation sur l'ensemble du territoire national avec 1 098 unités de recherche,  dont 85% en partenariat avec l'enseignement supérieur et les autres organismes de recherche français.
A lui seul, il est à l’origine des 68% des publications françaises, du dépôt de 3 400 brevets principaux. Il en dépose à peu près 300 par an, 295 en 2008.
Historiquement, le CNRS est tourné vers la recherche fondamentale, mais assure de nombreuses collaborations industrielles notamment avec les grands groupes de l’industrie française qui a permis notamment le développement du Taxotere, médicament réputé en cancérologie, avec Sanofi.
Le CNRS a développé une tradition d’autonomie scientifique et d’évaluation démocratique des laboratoires et des personnels (comité national).
Quelle est la philosophie de la réforme du CNRS ?
Une nouvelle approche des politiques publiques, bien identifiée par les spécialistes, est mise en œuvre, ou en cours d’expérimentation, dans un certain nombre d’autres pays.
Cette approche, qui renvoie aux principes du « nouveau management public », met l’accent sur une gestion des affaires publiques inspirée de celle des entreprises privées, faisant intervenir les notions d’efficacité, de performance, d’autonomie et d’évaluation. La conduite des politiques publiques, qui a longtemps prévalu au sein de l’Etat, se donnait pour une large part d’autres priorités et d’autres critères de résultat. « Aussi l’appropriation, même partielle, de ce nouveau référentiel par les acteurs est loin d’aller de soi. Dans le domaine de la recherche et de l’enseignement supérieur, en particulier, il est perçu par certains comme une menace sur une longue tradition d’indépendance intellectuelle et organisationnelle des acteurs concernés » (source : Futuris)

En clair, Futuris préconise l’abandon de l’autonomie des chercheurs et des rapports avec l’Université.

Les Contrats d’objectifs et de moyens (COM) ont fait l’objet de luttes importantes de la  part des personnels.

Comment apparaissent-ils en 2010 ? Quels sont les objectifs ?

  • Se recentrer sur la fonction de pilotage scientifique des UMR, en partenariat avec les universités. Le CNRS accompagnera la montée en puissance des acteurs de site que sont les universités en proposant un partenariat stratégique renforcé, mais plus sélectif et en intervenant de manière croissante en tant qu’agence de moyens.
  • Dans le même temps, le rôle d’opérateur du CNRS, se concentrera sur des laboratoires structurants au niveau national et sur des laboratoires qui nécessitent une gestion partagée.
  • Responsabiliser les acteurs par la création d’Instituts en charge de la prospective et de la programmation. Dix Instituts ont été créés avec pour finalité d’accroître la lisibilité de l’organisation, de garantir l’efficacité de la fonction de programmation de la recherche et de prendre éventuellement en charge, à la demande de l’Etat, des missions de coordination nationale. Ces Instituts du CNRS animent, dans leur champ disciplinaire, un réseau d’unités de recherche pour lesquels le CNRS est soit opérateur si le CNRS continue à les gérer, soit agence de moyens dans le cas contraire.
  • Recentrer la direction du Centre sur la vision stratégique, l’anticipation et l’animation des Instituts visant à terme l’élagage de certaines disciplines.

Quelles sont les conséquences de cette politique ?

Qui pilote ? : L’Etat, au service des grands groupes et de leurs objectifs propres.

Qui évalue ? : L’Etat, grâce aux critères de performance et aux agences.

Nous assistons à la fin des financements récurrents et à la généralisation des appels à projets. La mise en concurrence s’installe entre les hommes, les équipes, les  laboratoires. C’est la fin d’un modèle d’organisation corporatif et partiellement démocratique.

Quelles sont les évolutions récentes du CNRS ?

Avant la réforme,  en 2003, le CNRS comptait 25 979  personnels fonctionnaires, 320 CDD sur subvention d’État et 2 528 ETP sur des ressources propres.

En 2009, le nombre fonctionnaires est passé à 25 069, celui des contractuels à 2 940, sur budget d’Etat. Quant au nombre de CDD, il atteint 6 265, sur ressources propres, soit 27 % des effectifs en EPT (personnel précaire).