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L’UGICT-CGT s’investit dans le Forum Mondial Sciences et Démocratie.

Le Forum Mondial Sciences et Démocratie (FMSD) s’est constitué dans le prolongement des initiatives de la FMTS et de INES (international network of engineers and scientists for global responsibility) lors des FSE d’Athènes puis Malmoë

vendredi, 30 janvier 2009 | Décryptages
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La lettre .info

L’idée en a été mise en avant par Claudia Neubauer, du Forum Sciences Citoyennes (FSC), à partie du constat sur les  difficultés de compréhension mutuelles entre ONG et scientifiques lors des FSE et FSM.
Le FMSD a été préparé sur la base d’un rassemblement large, ne s’opposant pas par principe à l’alter mondialisme, mais s’efforçant de rassembler à partir de ce qui peut fédérer pour que les scientifiques soient considérés comme des citoyens comme les autres, que l’on doit interpeller en tant que tel, à titre individuel et au titre de leurs organisations.

Le FMSD a été organisé conjointement par le FSC, la FMTS (et en particulier ses organisations françaises : UGICT-CGT, SNESSup-FSU et SNCS-FSU), INES, All India people’s science network, FSC et Vecam.
Il a réuni pendant un jour et demi près de 150 participants issus principalement des Amériques (latine et du nord), d’Europe et d’Inde.

Les débats ont été organisés autour de 5 tables rondes :

1)    Sciences et démocratie : quels enjeux

Le débat a porté sur l’opposition entre la conception capitaliste de la science et une conception consistant à re-institutionnaliser la science complémentairement à la démocratisation de son accès. Si la question des politiques publiques est un enjeu important pour articuler et assembler les recherches individuelles, comment poser la responsabilité des scientifiques ? La question de l’intervention citoyenne plus généralement est posée. Dans ce cadre, l’entreprise peut être un lieu d’intervention à la croisée entre la recherche fondamentale et ses applications industrielles. Plusieurs intervenants « du sud » ont posé la question du brevetage et de la propriété industrielle comme autant d’obstacles à la démocratisation de la science.

2)    Accès à la connaissance : construire les biens communs

A partir d’une distinction entre biens publics (relevant de la responsabilité des pouvoirs publics) et biens communs (construits et reconstruits par les communautés qui les ont créés), le débat a largement porté sur les sciences médicales et la confiscation par le capital de « l’héritage de l’humanité » pour reprendre les propos d’un intervenant. L’ingénierie génétique, par exemple, est transformée en profit. Près d’un tiers des publications scientifiques ne sont accessibles que à partir des publications qui les éditent et qui appartiennent à 3 grands groupes à travers le monde. Cela pose la question de la transmission des savoirs traditionnels, transmis de génération en génération. L’idée est également développée de réduire les monopoles pharmaceutiques en leur imposant une contrepartie importante en R & D et en établissant le calcul des prix des médicaments sur la base de leur valeur sociale.

3)    Formes émergentes de lutte pour la démocratisation des sciences

La question des sciences traditionnelles a été au centre des débats. Certains intervenants ont clairement opposés sciences occidentales à tradition populaire. Cette idée repose beaucoup sur le fait que l’économie mondiale repose encore pour beaucoup sur le pillage des richesses de certains pays au profit des grands pays occidentaux. Ce pillage ne se limite pas aux ressources mais inclut la tradition (« les musées occidentaux sont remplis d’objets volés »). Dans un tel contexte, la manière dont les scientifiques assument leur responsabilité est un élément de réponse (luttes en France, protection des lanceurs d’alerte, rôle des syndicats et des associations professionnelles). Dans le même temps, la limite de cette responsabilité est posée à travers l’exemple de la recherche militaire et des scientifiques qui y participent : doivent-ils démissionner ?

4)    Science et démocratie dans un monde soutenable

Le développement durable reste un processus basé sur un équilibre entre les valeurs économiques, environnementales et sociales. Dans le cas de la recherche, cela se pose en termes de réorientation des politiques de recherche, ce qui peut aller jusqu’à remettre en cause la structuration hiérarchique. Cela nécessite de travailler avec les syndicats, en particulier pour faire évoluer l’opinion publique comme dans le cas du changement climatique. Le rôle des scientifiques peut être essentiel : sur la question de la crise alimentaire, les scientifiques peuvent un rôle central à jouer pour définir une nouvelle agriculture. Les questions liées à la bioéthique restent centrales. Au delà des lois pouvant exister, comment aborder la question du clonage comme réponse aux maladies génétiques et aux risques de dégénérescence précoce ? Si cela pose la question de la responsabilité sociale du scientifique, cela pose aussi la question du rapport entre la connaissance et la qualification individuelle. Faut-il arrêter les manipulations génétiques ? En tout état de cause la science doit être libéré du marché et de sa dépendance aux grandes multinationales.

5)    Responsabilité sociale : quelle coopération entre science et société

Comment créer des alliances, des relations entre mouvements sociaux, chercheurs et syndicats ? Il faut différencier les relations entre société et sciences et société et technologie. Pensons d’abord les manières de produire du savoir, plutôt que des outils. La société doit s’intéresser aux conditions dans lesquelles les chercheurs exercent leur travail, conditions politiques et scientifiques.

Que veut on entendre par responsabilité ? La responsabilité des travailleurs scientifiques peut s’entendre de diverses manières. Nous devons nous garder de démontrer a posteriori des postulats posés à l’origine. Amener des chercheurs qui ne se reconnaissent pas dans l’alter mondialisme à s’engager dans nos débats. Amener les syndicats à s’engager, ce qui n’est pas facile car ils n’ont pas forcément les mêmes visions sur le rôle de la science.

La science sans se substituer au politique devrait essayer de résoudre des problèmes comme la pauvreté, la pollution... sans pour autant confondre ce qui relève de l’ordre scientifique et politique.

Les scientifiques doivent être considérés comme des citoyens comme les autres, et on doit les interpeller en tant que tel, à titre individuel et au titre de leurs organisations. Plutôt que de demander aux scientifiques d’arrêter les recherches sur les OGM, ne devrions nous pas leur demander de se mobiliser sur le contrôle des semences ?

All India People Sciences Network a construit un programme simple qui repère les ressources naturelles du territoire : les personnes volontaires observent les ressources naturelles, les recensent, et ceci permet de construire un lien avec les scientifiques. Ils ont réussi à inclure des scientifiques dans le programme, et à rendre des citoyens experts de ces domaines.

L’histoire donne quelques exemples de prise de responsabilité par les scientifiques dans la formation du public. Par exemple, des scientifiques se sont mobilisés pendant et après la seconde guerre mondiale et ont contribué à façonner le monde sur des sujets comme la non prolifération. Il y a aussi des situations plus conflictuelles, comme quand une population entière a été logée sur des déchets toxiques et que les scientifiques les aident à être relogés. L’expérience du Sida est aussi intéressante : nous sommes passés d’une opposition entre chercheurs et malades à une collaboration.

La technologie implique une organisation industrielle, mais le FMSD a essentiellement parlé des sciences, de la production de savoirs. Les personnes ordinaires sont impliquées dans la production d’outils techniques mais leur implication n’est pas la même dans la science fondamentale, dont ils subissent plutôt les effets. La technologie est hétérogène. Il y a plein de manières de produire les mêmes artefacts. Et ceci peut s’appuyer sur des choix sociaux qui ne sont pas liés à la science.

Il faut qualifier ce que l’on entend par économie de la recherche. Il ne faut pas que les gouvernements décident ce qui est « vrai » à la place des sciences.

Attention aussi, quand on emploie le mot science, à ne pas faire la confusion avec le savoir en général ni avec les technologies. DE même ne faisons pas l’erreur de penser qu’il existerait une science bourgeoise et une science prolétarienne.

Suite au forum, le travail continue et nous devons en particulier rassembler dans un document unique des mots clés comme « liberté de la recherche », « monopole du savoir », « expertise citoyenne »... et débattre sur un glossaire avec des définitions qui peuvent être contradictoires.

C’est une des conditions préalables à un dialogue fructueux.