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Négociations AGIRC et ARRCO : obligeons le Medef à accroître les ressources des régimes !

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Négociations AGIRC et ARRCO : obligeons le Medef à accroître les ressources des régimes !

Quels sont les enjeux ? En moyenne les régimes de retraite complémentaire AGIRC et ARRCO versent aux cadres et assimilés du secteur privé  respectivement 40 et 20 % de leur retraite totale, le reste leur étant fourni par le régime de base de la Sécurité sociale. Les non-cadres perçoivent de l’ARRCO et de la Sécurité sociale respectivement 40  et 60 % de leur retraite totale.

L’augmentation du nombre de retraités et de leur espérance de vie crée un besoin de financement que le Medef refuse depuis près de 10 ans de prendre en considération.

Mais l’équation est simple : tout refus d’équilibrer les régimes de retraite par des augmentations de ressources implique une baisse du niveau des prestations.

Pour les actifs, ce serait à l’horizon 2040 un décrochage majeur du niveau de leur retraite : en persistant  dans cette voie, pensions de base et complémentaires additionnées ne représenteraient plus en moyenne qu’au plus 45 %  du salaire brut de fin de carrière.

Pour les retraités, sur la base du maintien d’une indexation des pensions liquidées sur l’évolution des prix, c’est au bout de 20 ans un décrochage de 26 % du pouvoir d’achat des retraites par rapport au pouvoir d’achat des salaires. En effet, les salaires augmentent en moyenne annuelle d’au moins 1,5 point de plus que les prix. Autant dire que nombre de nouveaux retraités passeraient en-dessous du seuil de pauvreté (60 % du salaire médian, soit 964 euros mensuels) !

Pourtant le Medef propose d’ériger en principe le gel des ressources des régimes de retraite. Ainsi refuse-t-il toute augmentation de l’assiette et du taux des cotisations.

Le premier volet de ses propositions concerne la valeur du point de retraite qui détermine à la fois le niveau des droits des retraités et des actifs.

L’indexation sur les prix ne permettant pas d’équilibrer les régimes, le Medef propose de faire encore moins, … en sous-indexant les pensions et les droits en cours de constitution de 1 point par rapport aux prix pendant 5 ans ou en opérant purement et simplement leur gel pendant 3 ans !

Comme ces mesures ne suffisent pas, il propose en outre une baisse du taux de la réversion des pensions qui passerait de 60 % à 54 % ainsi qu’un alignement sur  l’AGIRC de l’âge de la réversion qui serait ainsi reporté à l’ARRCO de 55 ans à 60 ans !

Enfin les allocations servies avant l’âge de 65 ans, progressivement relevé à 67 ans par la réforme Sarkozy, subiraient un abattement de 10 % sur la partie financée par le dispositif AGFF, précisément conçu pour financer une retraite complémentaire complète avant 65 et à terme 67 ans, dès lors que l’on a le taux plein dans son régime de base.

Concrètement, une personne liquidant une retraite pleine et entière à 62 ans dans le régime de base de la Sécurité sociale devrait attendre 67 ans pour percevoir sans abattement ses pensions complémentaires.

Ce précédent, s’il faisait l’objet d’un accord, inciterait le législateur, également tenté par un équilibrage des régimes de retraite à taux et assiettes de cotisations constants, à un recul du droit à retraite à 67 ans !

Enfin, le Medef ne consentirait à faire cesser le scandale du versement trimestriel des cotisations pourtant prélevées mensuellement sur nos salaires qu’à partir de 2017 !

Bref, il continuerait à soigner la trésorerie des entreprises sur le dos des salariés et des retraités pendant 4 années supplémentaires. Pourtant, le versement immédiat de ces cotisations, en réduisant le besoin de trésorerie de l’AGIRC et de l’ARRCO, permettrait de dégager 9,8 milliards d’euros de plus pour financer nos retraites !

Financer la répartition, c’est pourtant possible !

En même temps qu’il refuse de financer les régimes de retraite obligatoires et solidaires, le Medef invite les salariés à épargner pour leurs vieux jours sur les marchés financiers, dans des dispositifs bancaires et assurantiels qui ne garantissent aucun niveau de prestation, puisqu’ils subissent tous les aléas de ces marchés.

Or l’argent disponible pour l’épargne retraite pourrait parfaitement être affecté beaucoup plus efficacement au financement des régimes obligatoires de retraite.

Qu’on en juge ! Les banquiers nous invitent à épargner pendant 30 ans 8 % de nos salaires pour espérer compenser (les risques de retournement des marchés financiers sont supportés par les salariés) une baisse de 10 points du taux de remplacement des salaires par les pensions. La baisse anticipée étant d’au moins 20 points à l’horizon 2040, il faudrait donc épargner chaque année pendant 30 ans 16 % de son salaire : mission impossible !

Par contre, en ne procédant que par des augmentations de cotisation, donc sans mettre à contribution les quelque 265 milliards d’euros de revenus financiers perçus chaque année par les entreprises, il suffirait d’augmenter sur la même période de 0,2 et 0,3 point par an les parts dites salariales et patronales des cotisations pour parvenir au même résultat.

Et cela de manière infiniment plus sûre, car un système par répartition ne peut pas faire faillite, puisque son financement est assis sur la rémunération du travail, via les cotisations sur salaires. Et la rémunération du travail  représente au minimum 60 % du  produit intérieur brut, c’est-à-dire de la richesse nationale créée par le travail.

Si aucun système par répartition n’a jamais fait faillite, a contrario nombreux sont les systèmes d’épargne qui ont fait faillite : fonds de pension britanniques, américains, chiliens, argentins, etc.

Pour financer nos régimes de retraite, l’augmentation de l’assiette et du taux des cotisations est donc le choix le plus efficace, le plus sûr et le moins onéreux.

Publié le jeudi, 13 décembre 2012 dans Références syndicales