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Pourquoi la CGT s'investit-elle dans le syndicalisme international ?

D’abord soumis au débat auprès de ses 53 000 adhérents à travers le document préparatoire remis à chaque syndiqué, puis à la discussion et au vote des 445 congressistes lors du 14 ème congrès de l’Ugict du 15 au 18 mars à Clermont Ferrand, l’organisation décide d’adhérer à l’Union Network International.

jeudi, 01 juillet 2004 | Décryptages
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La lettre .info

D’abord soumis au débat auprès de ses 53 000 adhérents à travers le document préparatoire remis à chaque syndiqué, puis à la discussion et au vote des 445 congressistes lors du 14 ème congrès de l’Ugict du 15 au 18 mars à Clermont Ferrand, l’organisation décide d’adhérer à l’Union Network International. Qu’est ce que l’Uni ? Quel intérêt pour une fédération ou un syndicat d’y être adhérent ? Michel Muller, coordinateur des fédérations Cgt membres de l’Uni et élu au congrès de l’organisation syndicale internationale nous éclaire en répondant à nos questions.

L@ lettre : Votre fédération est membre de l’Union network depuis sa création en 2000. Aujourd’hui et à l’occasion de son 14 ème congrès, c’est autour de l’Ugict-Cgt. Pourquoi une telle décision et qu’en attendez-vous ?

Michel Muller : Nous sommes adhérents de l’Uni parce que nous étions déjà adhérent en tant que fédération de la Filpac à la Fédération graphique internationale. L’Uni a été créée par la fusion des différentes fédérations internationales de services d’études, de communications de la nouvelle économie. Au départ il s’agissait de rendre différents services et de se mettre en réseau. L’idée de la fusion a été surtout une volonté de répondre à une crise réelle du syndicalisme international , dans les années 1990, et qui se reflétait dans les institutions mondiales. Le syndicalisme international incarné par la Fédération syndicale mondiale (FSM) ou la Confédération internationale des syndicats libres ( CISL) était confronté à une véritable crise d’au moins trois ordres. Une crise d’abord politique en tant que capacité à être réellement un contrepoids à la mondialisation qui était en cours. Une globalisation qui était déjà financière avec le FMI et l’OMC, mais qui n’avait pas de pendant ni politique, ni syndicale. Et une crise de fonctionnement nuisant gravement à sa capacité de rassemblement des salariés, le syndicalisme étant profondément affecté.

L@ lettre : Ne peut-on parler encore de fracture syndicale entre le Nord et le Sud, non résolue ?

Michel Muller : Effectivement, aujourd’hui, encore, c’est un syndicalisme fortement influencé par les pays riches alors que les pays en voie de développement parviennent mieux à repérer et à identifier leurs besoins sociaux . Ils ne se retrouvent donc pas obligatoirement dans ce syndicalisme là. La première réponse a été la fusion organique des secrétariats professionnels internationaux (SPI) donc de branches. Une fusion organique qui permettrait au moins, par ces initiateurs, de faire face à au moins une partie de la crise qui était celle des moyens. Cette fusion n’a pas encore permis de résoudre l’autre aspect plus fondamental qui peut se résumer ainsi : quelle politique syndicale internationale pour faire contrepoids aujourd’hui à la mondialisation imposée par les multinationales à travers par exemple l’OMC ou le FMI? Avec comme pendant, quelle façon de fonctionner pour être efficace. Ce qui explique, entre autre, l’intérêt au niveau de l’Ugict d’être partie prenante de l’Uni. Nous considérons en effet, qu’il n’est pas pensable que la CGT soit absente de ce débat autour du repositionnement du syndicalisme international. Pour savoir ce qui va en sortir, encore faut-il encore en être acteur. Parce qu’à côté du syndicalisme émergent maintenant d’autres forces de contestations et de propositions qui sont souvent soient des mouvements associatifs, soient des ONG qui ont pris de plus en plus de place, parfois au détriment du syndicalisme, parfois en l’accompagnant. En tout cas, pour ce qui est de la représentation des salariés, le paysage a bougé, le syndicalisme ne peut plus se l’accaparer tout seul. Il y a un vrai sujet et c’est pour cela que le syndicalisme est entrain de se rechercher et de chercher des solutions. Et, je crois que l’on est dans cette phase là. Elle n’est pas aboutie, donc pour moi l’Uni comme les autres syndicats globaux sont dans une phase de recherche de construction. Essayons, avec d’autres d’être les acteurs de ce nouveau, en sachant que celui-ci ne sera pas ce que nous sommes, mais en sachant qu’à partir de ce que nous sommes, notre culture, nous pouvons apporter beaucoup tout en nous enrichissant des autres.

L@ lettre : Est ce qu’au delà du débat, l’Uni a déjà pris des initiatives revendicatives fortes à l’échelle internationale ?

Michel Muller : L’Uni est un lieu qui permet de construire des solidarités utiles aux salariés et au mouvement syndical dans son ensemble comme on n’en jamais connu auparavant. Je prendrai deux exemples parmi bien d’autres pour illustrer mon propos: d’abord un combat syndical victorieux sur la défense et le respect des libertés syndicales aux Etats Unis. 70 000 salariés de l’entreprise Wallmart étaient en grève totale des jours durant pour faire respecter le droit syndical en son sein. Il y a eu une solidarité, notamment financière, dans le monde entier qui a été impulsée par l’Uni dans laquelle la Cgt a pris toute sa place et qui a permis de l’emporter. Plus près de chez nous, l’Uni a organisé une manifestation à Londres en soutien aux salariés de chez Marks § Spencer en lutte contre les licenciements et où les syndicats français étaient fortement présents. C’est l’Uni qui a été à l’initiative car les lois Thatcher, interdisent aux syndicats britanniques d’organiser de telles manifestations. Est ce à dire qu’aujourd’hui les actions concrètes mises en œuvre sont pour autant suffisantes au regard des enjeux , bien évidemment non. Mais je crois, par contre qu’il y a place pour un syndicalisme d’actions concrètes à l’échelle internationale, non parce qu’on le décrète, mais parce qu’au delà de nos différentes cultures syndicales d’un pays à l’autre, les effets dévastateurs de l’actuelle mondialisation font émerger des comportements nouveaux dans le mouvement syndical. N’est-ce pas ce qui est entrain de se produire en Allemagne où confronté à la remise en cause des 35 heures, le syndicalisme allemand est de plus en plus revendicatif et d’action. Cela ne peut que rejaillir favorablement à l’échelle du syndicalisme international.
L’Union Network internationale regroupe à ce jour 900 syndicats dans 140 pays.

Elle est née en 2000. Pour en savoir plus : www.union-networkinternational.org