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Quel équilibre entre vie privée et professionnelle ?

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Les 2 et 3 décembre dernier, dans le cadre d’un projet soutenu par l’Union Européenne, le comité des cadres d’UNI Europa a organisé une conférence intitulée « De la conciliation à la gestion de la vie professionnelle et de la vie privée ». Au cours de cette réunion qui a réuni à Budapest une quarantaine de syndicalistes européens représentant une douzaine de pays, les débats ont permis de mettre en évidence la dimension centrale de l’équilibre dans la vie des salariés et notamment des cadres.

Aujourd’hui, pour nombre de nos collègues, les notions de temps et de lieu de travail sont devenues floues. L’exigence de réponse immédiate, les changement constants d’organisation mettent professionnels et managers sous une pression permanente. Tout est devenu urgent et nous courrons derrière le temps qui semble s’être compressé et ne nous permet plus de réaliser nos tâches comme nous le souhaiterions.

Parallèlement, on assiste à une augmentation du temps de travail. Pour faire face, les cadres sont amenés à travailler plus longtemps. A l’échelle de la journée, en travaillant le matin et le soir, chez eux ou    dans    les transports ;    à l’échelle de la semaine en travaillant le week end ; à l’échelle de l’année en gardant le contact avec leur travail pendant les congés...

Cette perte de repère frappe dure- ment beaucoup de nos collègues. Absents physiquement ou mentalement de la maison, ils ne sont plus en mesure d’investir dans la sphère privée et ne peuvent donc pas s’y ressourcer. Paradoxalement, ils ne trouvent pas pour autant de satisfaction dans leur investissement professionnel.

En effet, les études montrent que pour être bien dans sa vie, chacun a besoin de trouver l’équilibre entre vie professionnelle, vie familiale, vie sociale, vie personnelle... Ceci passe par un bon ajustement entre des ressources et des pressions, en fonction des aspirations personnelles, des ambitions et des choix de chacun, exprimés et assumés. Faute d’équilibre, le risque est grand de se trouver en échec dans tous les compartiments de sa vie, personnel et professionnel.

Ce concept de mélange entre vie privée et vie professionnelle n’est pas nouveau. Ramener un dossier à la maison ou retourner quelques heures au travail dans le week-end est une pratique ancienne pour nos catégories. Mais le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication a véritablement révolutionné le phénomène car on peut aujourd’hui être connecté partout et tout le temps.

Ces technologies ont ouvert la voie au télé travail qui répond dans de nombreux cas à des aspirations des salariés mais dont les dangers notamment en matière de repères et d’équilibre sont nombreux et qui doit être utilisé à bon escient. Même dans un schéma de travail « traditionnel », beaucoup de cadres consultent leur messagerie en week end, au moins une fois par jour en vacances et se sentent obligés de fournir une réponse immédiate.

Combien consultent les mails pendant une réunion, pendant la présentation d’un collègue ? Face à la pression, les cadres veulent être à plusieurs endroits à la fois, dans leur bureau, à la maison et dans la salle de réunion, en pleine efficacité partout. Personne n’a le don d’ubiquité, les nouvelles technologies ne peuvent en donner que l’illusion.

Après avoir « surfé » sur cette utilisation des moyens issus de la sphère privée, certaines entreprises commencent à mesurer les conséquences qualitatives de cette approche du travail : concentration insuffisante en réunion, réponses aux questions trop rapides et insuffisamment pesées...

Elles commencent à mettre en place des    « chartes    d’ utilisation des outils de communication» dans lesquelles à l’instar de ce qui se fait pour les horaires de tenues des réunions, elles recommandent des plages horaires d’utilisation de la messagerie électronique excluant le week end et déconseillent la consultation des mails en réunion. Dans l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, le concept de vie privée est par essence personnel. Chacun y met ce qu’il veut.

Les syndicats européens présents à la conférence ont bien insisté sur ce point. Il convient particulièrement de ne pas confondre vie privée et vie familiale en revendiquant autour de ces questions d’équilibre des mesures uniquement orientées vers la parentalité.

La nécessité de faire un break peut être aussi nécessaire dans le cadre d’une naissance que pour réaliser un projet personnel. Une réduction du temps de travail peut être souhaitée par les parents de jeunes enfants, mais aussi d’adolescents ou par un salarié senior dans le cadre de la gestion de sa fin de carrière.

Nous avons également été amenés à nous exprimer par rapport à ceux qui revendiquent leur liberté de travailler tout le temps, soit qu’ils croient au slogan « travailler plus pour gagner plus », soit qu’ils souhaitent faire de longs breaks. Nos collègues belges se sont trouvés confrontés à des salariés, jeunes pour la plupart, qui souhaitaient travailler 7 jours sur 7 et cumuler leurs repos.

Face à ce type de demande, il convient de ne pas perdre de vue notre responsabilité sociale d’organisation syndicale car en ouvrant la porte à ces dispositions souhaitées par certains, elles pourraient être demain imposées à d’autre sous le couvert d’un volontariat dont on connaît la réalité.

Pour un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, l’UGICT revendique :

  • - des charges de travail négociées et suivies ainsi qu’un décompte horaire du temps de travail pour tous les salariés ;
  • - des dispositifs de télé-travail négociés collectivement ;
  • - une utilisation responsable des nouvelles technologies.
Publié le lundi, 20 décembre 2010 dans Décryptages