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«Un million d’embauches en CDI avec reconnaissance des diplômes», les stages, l’apprentissage

Table Ronde lors des rencontres d'Options. En dehors de déclarations d’affichage et d’effet de manches, l’insertion des jeunes diplômés ne semble pas mobiliser les politiques. Pourtant, les difficultés croissantes de l’accès au travail, l’allongement du funeste sas de la précarité de début de carrière n’en finissent pas d’hypothéquer le dynamisme d’une économie en roue libre. Derrière des constats déplorables, des outils, des atouts, de leviers existent et chacun en a conscience.

lundi, 30 avril 2012 | Décryptages
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La lettre .info

Intervenants
➙ Azwaw Djebara, vice-président de l’UNEF
➙ Jean-françois Mazoin, président de l’Association des directeurs d’IUT
➙ Pierre Lamblin, directeur du département Études et Recherche de l’APEC
➙ Sophie Binet, membre de la direction de l’UGICT-CGT

Azwaw Djebara, vice-président de l’Unef.

Les travaux de l’Afij (Association pour faciliter l’insertion des jeunes diplômés) confirment une situation inquiétante. Si, aujourd’hui, 22,5% des jeunes sont au chômage, 300000, sans activité, ne bénéficient d’aucune aide. Par ailleurs, seuls 30% des jeunes diplômés accèdent à un CDI à leur premier emploi. Il est donc important de prendre des mesures concernant le travail des jeunes, pour qu’ils partagent autre chose que le chômage.

En dehors de dispositifs discriminatoires comme le CIP et le CPE, qui ont été rejetés, les mesures mises en place ont généré des effets d’aubaines et crée des problématiques liées aux effets de seuil. Il fallait donc définir un certain nombre de propositions. Plus on est formé, plus on est protégé et l’enseignement supérieur reste un champ majeur de notre intervention. Il faut faire évoluer les formations universitaires, les outils de l’insertion professionnelle, notamment les dispositifs de stages, pour faciliter l’entrée dans le monde du travail, mais aussi mettre en valeur les savoirs et les savoir-faire et développer leur aspect «professionnalisation». Il importe aussi de développer des actions pour la protection des précaires.

En outre, la question de l’encadrement et de la rémunération des stages impose de mettre en place une réglementation plus contraignante: seuls les stagiaires dont la durée de contrat excède 2 mois sont rémunérés à 30% du Smic et cent mille emplois seraient indûment occupés par des stagiaires. Une période d’insertion, sans aide ni prestations (bourses, RSA, chômage) de plus en plus longue devrait bénéficier de la mise en place d’une aide à la recherche pour un premier emploi stable, en adéquation avec la qualification. Car aujourd’hui, poussés par l’urgence, les jeunes diplômés rognent souvent leurs ambitions légitimes pour un emploi sans rapport avec leurs qualifications. Nous demandons une reconnaissance des qualifications notamment au niveau des LMD.

Pierre Lamblin, directeur du département études & Recherches de l’Apec

Après la grande crise de 2008, l’Apec a mis en place un certain nombre de dispositifs pour l’accueil des jeunes. En2012, nous travaillons dans un marché dual: les grandes entreprises connaissent un léger mieux et des intentions d’embauches plus fortes, à la différence des PME qui éprouvent des difficultés d’investissements, générateurs de recrutements. L’année 2012 se déroule en deux temps : avant et après les élections. Un premier semestre dans la continuité de 2011 et une vraie incertitude pour le second. Pour le moment, les secteurs porteurs restent l’aéronautique et l’industrie électronique.

Dans les services, les entreprises privilégient les jeunes déjà opérationnels, de 30-35 ans, aux jeunes diplômés. Ces entreprises estiment que l’embauche d’un jeune est plus un risque qu’un investissement. Les jeunes font les frais de la conjoncture. Au mieux, cette année, le nombre de jeunes diplômés recrutés sur les postes cadres, à partir de master 2, sera identique à 2011. N’oublions pas que la moitié des salariés devenus cadres ont bénéficié de la promotion interne. Leur nombre est estimé à 40 à 50000 par an. Les jeunes diplômés sortant des écoles s’insèrent beaucoup mieux que les autres. Mais les écarts ont tendance à s’effacer lorsque la conjoncture est moins favorable. Ainsi, en 2009, toutes les filières, y compris les écoles d’ingénieurs, ont été touchées.

En revanche, dans une conjoncture favorable, les entreprises se tournent vers les écoles plutôt que vers les universités et l’origine des formations détermine le taux d’emploi en favorisant les écoles d’ingénieurs par rapport aux universités : + 20 %. Cependant, plus de 50 % des jeunes diplômés en master entrent dans l’emploi avec un CDI. Les différences de salaires importantes entre universitaires et diplômés des grandes écoles, n’est pas nécessairement de la discrimination à l’embauche. C’est l’emploi occupé qui est différent entre diplômé ingénieur et un universitaire. L’Apec préconise des méthodes de recrutement liées à la compétence et à la formation.

Jean-François Mazouin, président de l’association des directeurs d’IUT

La formation est-elle responsable de l’insertion des jeunes ? C’est évident. Pour les IUT, le marché de l’emploi concerne les professions intermédiaires. Pour les Bac +2 et Bac +3, la situation de l’emploi est différente en termes d’insertion professionnelle. L’entreprise va, en effet, rechercher des techniciens et des techniciens supérieurs dans une offre de proximité. Les IUT comptent 160000 étudiants, dont 30000 en licence professionnelle, sur les 2 millions que compte l’enseignement supérieur. Les IUT sont dans la dynamique universitaire. Leur avantage réside dans la proximité géographique. Avec 200 établissements dans toute la France, ces établissements sont souvent la seule représentation universitaire dans les villes moyennes. Près de 90% des DUT sont en insertion durable au bout de 2 ans. Les bacs + 2 s’en sortent plutôt pas mal. Le taux de réussite en IUT reste de 80 %, avec une prépondérance pour les filières information, communication et pour les techniques de commercialisation. Mais la pénurie marque les domaines scientifiques.

Les IUT accueillent aussi un public en formation continue et 20 % des étudiants sont aussi en voie de réorientation. Quels sont nos atouts? Le DUT est, aujourd’hui, le seul diplôme à définition nationale de l’Université française, pour 24 spécialités lisibles par tous les employeurs, notamment pour les petites entreprises où le diplôme inspire la confiance. A ce niveau c’est un véritable moyen d’insertion. Face à la loi sur l’autonomie des universités, qui favorise la différenciation des enseignements et des diplômes, le DUT reste exemplaire pour l’emploi intermédiaire.Si les masters et les doctorants sont très demandés pour la recherche, les DUT ont une meilleure visibilité, même si le diplôme des UIT est vécu comme une chose exotique. Les outils sont performants. Des équipes pédagogiques sont constituées d’enseignants chercheurs qui amènent l’innovation en technologie, l’autonomie sur les outils de travail et une grande capacité d’adaptation. Ces professeurs agrégés, certifiés, assurent la continuité des équipes pédagogiques en étant en permanence sur les lieux de la formation, alors que dans les universités les professeurs préfèrent les hauts niveaux. Les intervenants extérieurs sont aussi, souvent, d’anciens diplômés. La constitution d’équipes pédagogiques autour de la licence, où les enseignants se mobilisent en totalité sur la licence, est garante de réussite.

Sophie Binet, membre de la direction Ugict-Cgt

Nous faisons le constat d’un paradoxe, celui d’un haut taux de natalité unique en Europe et d’une faible politique en direction de la jeunesse. Les effets des politiques publiques sur l’emploi des jeunes, depuis 20 ans, sont restés inopérants et ont même dégradé la situation. Les exonérations de cotisations sociales ont crée des effets d’aubaine. Et la mise en œuvre de contrats spécifiques vise à sortir les jeunes salariés du droit commun. Comment permettre aux jeunes de rentrer sur le marché du travail dans le cadre du droit commun et du CDI?

Quels sont nos leviers revendicatifs? Le temps d’insertion est devenu un point aveugle des politiques publiques où les jeunes diplômés paupérisés restent sans couverture sociale. Il faut imaginer une couverture sociale pendant la recherche du premier emploi, via une assurance chômage. Le paradoxe réside aussi dans l’augmentation du niveau des qualifications, de l’allongement des études et de l’augmentation du nombre d’annuités pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Les jeunes accèdent au premier emploi stable à 27 ans et on exige 42 années de cotisations. Inclure les années de formation dans ce calcul devient nécessaire, d’autant que le temps de formation contribue à la richesse du pays.

Comment permettre aux jeunes d’avoir un emploi stable beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui? Il faut réglementer les outils d’insertion pour que le sas de précarité cesse de s’accroître. Aujourd’hui, l’accession à un emploi stable passe inévitablement par des stages ou des sous-CDD, par le statut d’alternant. L’incitation forte des entreprises à embaucher en CDI doit être un impératif, avec des modulations de cotisation sociales en fonction de leur politique d’emploi.

Quant à la Fonction publique, premier recruteur d’emplois précaires, elle doit donner l’exemple. Elle emploie 16,8% de contractuels (870000). La Fonction publique constitue donc un levier non négligeable de la création d’emplois. Le remplacement de tous les départs en retraite permettrait d’embaucher 60000 personnes chaque année. L’UgICT a interpellé les candidats à la présidentielle en proposant une loi cadre pour la rentrée parlementaire au mois de juillet. Les entreprises ont aussi leur responsabilité. Nous souhaitons travailler avec elles, à l’élaboration d’un certain nombre d’engagements notamment dans le domaine du recrutement. Faire bouger les lignes doit nous permettre de sortir de cette situation dramatique.

✦ Réactions/questions de la salle

✦ Réponses des intervenants

Pierre Lamblin (Apec).

Les jeunes de masters 2 ou plus qui arrivent sur le marché du travail sans aucune expérience professionnelle partent avec un handicap. Il y a une différence entre les jeunes diplômés et les autres. Il faut rappeler que 7 titulaires d’un master ou licencié sur 10 trouvent un emploi rapidement, même dans le cas d’une mauvaise conjoncture. Seuls 8% des masters et plus sont en recherche d’emplois deux ans après l’obtention de leur diplôme. Pour la licence, c’est 6%. Mais comment fait-on pour tirer ceux qui lâchent en cours de route? Les missions de l’Apec se sont élargies et nous devons accompagner, en insertion professionnelle, tous ces jeunes ayant suivi un premier cycle de l’enseignement supérieur.

Jean-François mazouin (IUT).

En DUT le stage est court, mais il dure plus de 2 mois et s’inscrit dans l’obligation de rémunération pour les entreprises. Nous sommes en discussion, depuis deux ans, avec les entreprises qui veulent des stages plus longs car elles doivent les rémunérer. Or, le stage reste un élément de formation, pas un travail. Une durée de 10 semaines permet déjà d’appréhender le travail. La discussion est de plus en plus difficile sur ce point. Nous résistons à l’allongement de la durée de stage. Mais il sera de plus en plus difficile de trouver des stages. Nous avons mis, aussi, en place, depuis 2005, un module de suivi de projet personnel de l’étudiant avec pour objectif d’amener l’étudiant à réfléchir sur ses choix. Une étude sur 7 ans est à venir.

✦ Réactions/questions de la salle

Beaucoup d’efforts sont demandés aux institutions qui font de la formation, aux jeunes, mais peu aux entreprises. Comment vérifier dans les comités d’entreprises l’utilisation des stagiaires?
● L’entreprise est prête à assurer ou compléter la formation d’un jeune, mais pas prête à le recruter en CDI. L’employeur n’est-il intéressé que par la rentabilité immédiate?
● Quelle démarche doivent avoir les organisations syndicales concernant les écoles, les universités, par rapport aux grandes entreprises et aux PME? N’a-t- on pas intérêt à une réflexion différenciée ?
● L’alternance doit répondre à certains critères. Certains apprennent par le travail, mais occupent souvent un poste de travail. Le sens de l’alternance est détourné.
● Il faut s’attacher à la question logement pour favoriser la mobilité des alternants qui n’ont pas les moyens de trouver un logement.

✦ réponses des intervenants

Azwaw Djebara (Unef)

Je veux revenir sur la nécessité d’avoir une approche plus affinée. Il y a un travail sur les grands groupes et leurs dérives sur les stages. Pour le moment, les entreprises de l’économie sociale et solidaire échappent encore à notre réflexion parce qu’il n’y a pratiquement pas de stagiaires dans ce domaine là. Pourtant, l’utilité sociale pourrait être un terrain favorable. Il faut prolonger cette réflexion. Certaines instances permettent une réelle démarche de concertation entre les partenaires sociaux, les étudiants et les universitaires autour de la réalisation des référentiels de formation des IUT. La réalité du lien entre entreprise et université doit être valorisée, plus que des éléments qui tiennent plus du marketing politique. Les stagiaires sortent souvent avec une actualisation des connaissances réelle, mais cette reconnaissance leur est refusée.

Aujourd’hui, la réglementation ne permet pas de sortir de cette situation, notamment le problème des stages hors cursus, favorisés par de nombreuses exceptions accordées par la loi et les pratiques d’universités qui continuent à délivrer des conventions de stages de complaisance. L’Université, dont la mission est la formation, joue aux limites de la légalité. Quant à la rémunération, elle n’est pas qu’une reconnaissance sociale, c’est un élément de dissuasion contre les dérives. Elle doit permettre de libérer des stages qui sont indûment occupés. Il faut prendre en compte les années d’études dans le calcul de la retraite : étudier, c’est travailler, donner un apport économique et social au bénéfice de la société toute entière. Il faut des modalités symboliques de cotisation par solidarité inter générationnelle.

Pierre Lamblin (Apec)

Les résultats des dispositifs d’accompagnement ont été mesurés. Tous les travaux de l’Apec de 2011 sont sur notre site. Un tiers des maitrises, licences se sont vu proposer un emploi véritable, la moitié des universitaires a accepté. Et deux sur trois pour les diplômés des écoles. Ces dispositifs sont un tremplin à l’emploi qui leur assure des conditions d’emploi meilleures, avec un taux d’emplois cadres en CDI important. Les services de l’Apec, envers les jeunes diplômés, offrent un dispositif personnalisé avec un consultant d’orientation, entre 5 heures et plusieurs mois. Il s’agit de partager aussi avec eux la connaissance du marché. L’Apec les met en relation avec les employeurs. L’Apec accompagne aussi les PME.

Jean-François Mazouin (IUT)

Le stage est la forme élémentaire de l’alternance et une modalité pédagogique qui accroît la réussite des jeunes diplômés. Pour nous, c’est la capacité d’offrir une multiplicité de parcours différenciés qui entraîne une valorisation plus facile de leur expérience professionnelle en vue de l’insertion. L’équipe pédagogique se mobilise sur les compétences qui doivent être acquises dans l’entreprise et dans l’école, mais de nombreux stages ne rentrent pas dans une méthodologie. Si l’entreprise est formatrice, le stage ne peut être que formateur et le stagiaire ne doit pas occuper un poste en pleine autonomie. Malheureusement, les PME et les entreprises artisanales ont du mal à s’insérer dans le dispositif d’alternance ou de stages. Il faut revaloriser les métiers d’opérateurs intermédiaires, de cadres intermédiaires, qui sont aussi importants que les cadres supérieurs pour notre économie. Une question reste posée: comment intègre-t-on la formation au long de la vie comme la VAE ?

Sophie Binet (Ugict-Cgt)

Pour les PME et les grandes entreprises, un travail spécifique est nécessaire, en dehors des principes généraux. L’apprentissage et le stage sont des modalités pédagogiques bien différenciées. Aujourd’hui, 70% des jeunes ne sont pas recrutés après leur stage et 40% ne trouvent pas d’emploi après leur apprentissage. Ces chiffres interrogent. Ce n’est pas la modalité reine en termes d’insertion. Le taux d’insertion ne tient pas tant à la formation, qu’a la santé du marché du travail. Quant à la prise en compte des années d’études dans le calcul de la retraite, elle doit être effective, d’autant que le système du rachat des années d’études a été un échec. Il ne faut pas opposer les travailleurs qualifiés aux travailleurs non-qualifiés, les modalités d’études sont simplement différentes. La jeunesse mérite quand même que l’on investisse, ce n’est pas un risque.