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Un syndicalisme spécifique de proximité

Un syndicalisme spécifique de proximité

Parmi les enseignements à tirer du sondage « Réalités Cadres » mené par CSA pour l’Ugict-CGT, il ressort que les cadres perçoivent le rôle des syndicats comme pesant plus dans le débat national qu’au sein de leur entreprise.

mercredi, 11 avril 2007 | Décryptages
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La lettre .info

S’ils créditent donc les syndicats en général d’une certaine légitimité et expertise pour s’occuper de grandes questions comme l’emploi, l’économie nationale, la défense du système des retraites par répartition, en revanche, ils perçoivent difficilement leur utilité pour eux-mêmes dans l’entreprise. 40 % aimeraient qu’ils traitent du droit d’expression dans l’entreprise, de la formation et la qualification des cadres et de la participation aux décisions.

Ces indicateurs traduisent une certaine distance et renvoient une image d’un syndicalisme d’influence nationale, mais éloigné du terrain et de leurs réalités quotidiennes au travail, dans lequel ils ne perçoivent pas quelle place ils peuvent prendre. On pourrait donc en conclure que le syndicalisme « c’est bon, mais pas pour nous et pas avec nous ». Ce plaidoyer pour un syndicat de proximité dans toutes les acceptions du terme indique que cette distance est aussi imputable à l’image que les syndicats renvoient par leurs pratiques.

De fait, les cadres ne pensent pas être la cible prioritaire des syndicats et lorsqu’on les interroge sur les catégories qu’ils estiment être les principales cibles des syndicats, la grande majorité d’entre eux citent les ouvriers (60 %) ou les employés (43 %) et en second plan les professions intermédiaires (14 %). Quant aux cadres eux-mêmes, à peine 4 % d’entre eux se sentent les principales cibles des syndicats.

Pour CSA, « ce manque d’appropriation du syndicalisme pour eux-mêmes peut s’expliquer par de nombreux aspects. Tout d’abord le positionnement historique des syndicats les situe plutôt dans la défense des catégories populaires. Ensuite, les cadres avancent davantage dans l’individualisme que dans le collectif, ils évoluent dans l’entreprise avec un sentiment d’autonomie plus fort que les autres salariés et avec la possibilité de se défendre seul. […]

Toutefois, en dépit de la distance que les cadres peuvent ressentir vis-à-vis des syndicats, il n’en demeure pas moins qu’ils leur reconnaissent de l’attention. En effet, le fait de ne pas se sentir la cible prioritaire des syndicats ne traduit pas non plus un sentiment d’oubli. C’est d’ailleurs ce que démontre la notoriété des syndicats de cadres : 86 % des cadres en connaissent l’existence. » Et parmi les éléments qui pourraient rapprocher les cadres des syndicats il y a surtout le besoin de se défendre, le besoin d’information et le besoin de se faire entendre par la direction, dans de moindres proportions la conviction (25 %) et le besoin de ne pas rester isolés (21 %).

En tout cas, ce sondage conclut qu’« aucun frein particulier ne limite le syndicalisme des cadres (seuls 11 % des cadres affirment spontanément ne voir aucune raison de se syndiquer) ». Cette enquête met donc en lumière des besoins auxquels le syndicalisme peine à répondre. Et cela justifie pleinement, par exemple, la décision prise par le congrès de l’Ugict-CGT de poursuivre dans le développement d’un syndicalisme spécifique partant du vécu au travail proposant d’être acteur pour des conquêtes sociales nouvelles et de bâtir un autre mode de management qui ne soit pas centré sur le seul résultat ni sur la seule performance individuelle, mais qui intègre droits individuels et collectifs.