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Cinq heures de file d’attente à l’entrée du Forum pour l’emploi. Le chapiteau parisien fut pris d’assaut par des dizaines de milliers de personnes, dont une bonne partie de jeunes diplômés et de cadres seniors au chômage. Les jeunes syndiqués Ugict-Cgt, qui effectuaient une campagne d’information sur les droits, ont été témoins de l’ampleur des drames humains et du gâchis économique et social d’une crise qui n’en finit pas. Selon certains, la récession serait terminée; selon d’autres, les peurs françaises du changement et une protection trop forte des salariés stables retarderaient la sortie de crise. De qui se moque-t-on? Assurément des exclus de l’emploi et de tous les salariés stables ou précaires. De 15 à 20% de l’industrie française a disparu. Elle a perdu cinq cent mille emplois (services compris) depuis le début de la crise. Le déficit du commerce extérieur explose, car notre appareil productif se disloque. La comparaison avec l’Allemagne, malgré son prix du travail plus élevé, est sans appel. L’insuffisance d’investissements en R&D, la spécialisation sur des niches technologiques rentables au détriment des productions et des filières sacrifient l’avenir. A l’heure où une politique de développement industriel durable conjuguant social et environnemental devient l’urgence, les finances publiques sont exsangues. Les services publics, pourtant leviers de développement, sont mis en coupe réglée. Décidément, le capital tue le travail et tue au travail. Il aura fallu les suicides à France Télécom pour que le gouvernement sorte du rôle de comptable des décès et ouvre des négociations sur le stress dans les entreprises de plus de mille salariés. Même si la mesure est insuffisante, une brèche est ouverte pour contester le killer management et travailler des propositions alternatives en matière d’organisation du travail, de pilotage et de stratégies des entreprises. Non, les peurs du changement ne sont pas à l’origine de la crise. Les agissements de la finance en sont les vrais responsables. La votation citoyenne contre la privatisation de La Poste, les luttes sectorielles qui se développent sont porteuses d’un autre avenir. Le monde du travail doit passer à l’offensive sans se laisser impressionner par les arguties de culpabilisation. Les cadres et les techniciens sont en mesure d’apporter de nombreux éléments pour aider à ouvrir une perspective. C’est ce que cherche à «capitaliser» la Cgt des cadres et des technicien(ne)s avec le projet de Charte de l’encadrement, mis en débat, ou l’initiative «Refonder l’industrie en France» du 10 novembre prochain. Débattre de nos propositions pour la recherche, l’industrie et les services, pour une autre utilisation de l’argent et des richesses produites, pour un mode de management alternatif, pour faire valoir et gagner des droits individuels et collectifs, est l’urgence de l’heure pour placer des perspectives au cœur des luttes et des actes de résistance actuels.
Jean-François BOLZINGER Secrétaire général adjoint de l’Ugict-Cgt
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