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Smart, Air France, négociation des retraites complémentaires, conférence sociale… Les événements des dernières semaines sont interprétés par la plupart des observateurs comme la marque d’un dialogue social en panne, source de conflictualité importante.

La raison n’est pas à chercher dans un soi-disant archaïsme de la Cgt mais dans la responsabilité écrasante du gouvernement et du Medef. Tout est fait pour que les négociations aujourd’hui ne puissent aboutir qu’à un recul social et se dérouler selon les desiderata patronaux, jusqu’à l’ingérence et les pressions exercées sur les négociateurs par le gouvernement comme lors des négociations sur les retraites complémentaires.


La plupart des Ict vivent d’ailleurs le pendant dans leurs entreprises ou administrations, avec l’absence de droit à des propositions alternatives, l’interdiction du désaccord dans leur propre travail, l’épée de Damoclès du devoir de loyauté et l’impossibilité d’exercer pleinement leur rôle contributif.


L’urgence est donc de refonder un dialogue social du local jusqu’au national. Alors qu’il met en permanence les salariés sous pression avec l’obligation de résultats dans leur travail, le patronat a pour seule contrainte quelques obligations de négocier mais jamais de conclure, ce qui lui permet de rester hors la loi dans beaucoup de domaines, comme pour l’égalité professionnelle. Ce fonctionnement permet la délinquance patronale. La vie à l’entreprise gagnerait en efficacité par l’obligation d’appliquer des accords majoritaires avec des négociations ouvertes où les organisations syndicales pourraient proposer leur ordre du jour.


Le dialogue social doit cesser d’être confisqué par le Medef. Il doit devenir l’affaire des salariés eux-mêmes. A l’heure de la révolution numérique, où seul un large débat peut permettre d’orienter les choix vers le progrès social, économique, environnemental et démocratique, l’obtention de négociations véritables conjuguées à l’intervention des salariés peut redonner ses lettres de noblesse au dialogue social. Il est pour le moins paradoxal qu’au moment où progressent les qualifications, l’envie de dire son mot et d’exercer son rôle contributif, le dialogue social se durcisse, la parole soit confisquée et les droits rognés. C’est à l’inverse la libération de l’écoute et de l’intervention qui sont objectivement posées. Renouer avec un véritable dialogue est aussi crucial pour l’avenir de l’encadrement, du salariat qualifié de notre pays.


La disparition programmée de l’Agirc supprime ainsi un pan important du statut cadre alors même que celui-ci constitue un socle de droits et garanties nécessitant d’être enrichi et élargi.


La légitimité et la crédibilité même du syndicalisme chez les Ict va se jouer dans la bataille à venir contre le partage de la pénurie dans le salariat afin qu’ils soient, au même titre que les autres salariés, bénéficiaires d’un progrès social.


L’Ugict-Cgt poursuivra ses efforts de rassemblement et d’action pour la pérennité de la retraite complémentaire de l’encadrement et pour l’enrichissement d’un statut cadre renouvelé et convergent, en phase avec les attentes des Ict et notamment des jeunes générations.

Marie-José Kotlicki
Secrétaire générale de l’Ugict-Cgt
Directrice d’options

Publié le lundi, 26 octobre 2015 dans Editos d'Options et dans Options numéro 610à lire en ligne ici