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Encadrement: la nouvelle donne de 68

Encadrement: la nouvelle donne de 68

Au-delà de l’événement politique, culturel et historique, des avancées sociales et de sa dynamique émancipatrice, Mai 68 a posé, dans l’action, une réflexion sur le pouvoir. Non seulement sur la prise de ce pouvoir, mais aussi sur son exercice et son sens, notamment dans les universités, les entreprises.

mardi, 20 mai 2008 | Editos d'Options et dans Options numéro 537
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La lettre .info

Au-delà de l’événement politique, culturel et historique, des avancées sociales et de sa dynamique émancipatrice, Mai 68 a posé, dans l’action, une réflexion sur le pouvoir. Non seulement sur la prise de ce pouvoir, mais aussi sur son exercice et son sens, notamment dans les universités, les entreprises.

L’engagement direct des cadres, des enseignants et des professions dites intellectuelles dans le mouvement, leur rapprochement avec les techniciens, les interrogations sur la hiérarchie et son efficacité ont marqué une première rupture, un rapprochement inédit entre formation, création et travail, c’est-à-dire une nouvelle conception de l’encadrement.

Cette réflexion a nourri le questionnement des syndicats sur le rôle et la place de l’encadrement dans l’entreprise et dans la société qui a été à l’origine de notre conception Cgt du spécifique.

Loin d’une conception catégorielle élitiste, associant cadre et patron, ou d’une vision simplificatrice du cadre, salarié ordinaire, sans problématiques spécifiques, la Cgt et son Ugict se sont engagées dans une nouvelle définition. Elles ont entrepris un travail d’analyse des rapports au travail, à travers la prise en compte du vécu de chaque composante du salariat Ictam et ouvrier-employé. Une réflexion qui a abouti à une conception où les Ict sont des salariés au même titre que les autres, avec leur spécificité, liée à la fois à leur proximité des pouvoirs de décisions et au fait qu’ils partagent les aspirations de la majorité du salariat.

Plusieurs étapes illustrent cette réflexion innovante. En 1983, accord Ugict-Cgt – Cfdt – Cgc – FO définissant l’encadrement comme une composante du salariat avec ses spécificités: les notions d’autonomie, de niveau de qualification et de responsabilité. En 1999, au moment où le patronat voulait supprimer le statut cadre, la mobilisation des Ict pour la Rtt souligne cette spécificité dans les luttes. En 2004, l’initiative unitaire Cfdt-Cadres et Ugict-Cgt associant d’autres forces associatives diversifiées sur le «Manifeste pour la responsabilité sociale des cadres» resitue l’utilité sociale des cadres.

Une nouvelle étape est à notre portée. Nous avons besoin, face à la montée de la souffrance au travail, des dégâts du mode «universel» de management actuel, de transformer l’organisation du travail, d’intervenir sur les stratégies et la gouvernance des entreprises, de définir un nouveau rôle pour l’encadrement.

Au moment d’une relance de la représentativité syndicale, un nouveau syndicalisme de l’encadrement est à l’ordre du jour.

Il est urgent de porter une identité positive de l’encadrement pour lui-même et pour l’ensemble du monde du travail. Cette préoccupation reste au cœur de notre réflexion pour un mode de management alternatif qui ne se fera pas sans débats ni intervention des Ictam.

L’enjeu de la mobilisation de l’encadrement ne reste-il pas un des enseignements actuels incontournables de Mai 68?

Marie-José Kotlicki
Secrétaire générale de l’Ugict-Cgt
Directrice d’Options