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Mettons la paix à l’ordre du jour

Paix pour Paris

La France est à nouveau endeuillée par de terribles attentats. Rassemblés par le sport, la musique ou la fête, de toutes nationalités, sexes et religions, les victimes représentaient le vivre-ensemble et la culture que Daech veut détruire.

vendredi, 20 novembre 2015 | Editos d'Options et dans Options numéro 611 à lire en ligne ici Illustration : Jean Julien
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La lettre .info

Diviser et monter les communautés les unes contre les autres, c’est la stratégie qui a permis à l’Etat islamique de s’implanter en Irak et c’est l’objectif qu’il poursuit en France.

Encore une fois, et malgré les tentatives d’instrumentalisation de la peur au service d’amalgames racistes et islamophobes, la magnifique vague de solidarité qui a suivi les attentats a mis en échec cette stratégie. Mais nous savons combien cette situation est fragile.

Après l’émotion, la tristesse, la rage et la colère, il nous faut faire preuve de lucidité collective pour comprendre et débattre des moyens de lutter contre le terrorisme. Cela nécessite d’abord d’interroger les moyens de la sécurité intérieure. Dans la droite ligne du Patriot Act de George W. Bush, la France a fait le choix de renforcer considérablement le renseignement, permettant l’interception en masse des données au détriment des libertés.

On ne défend pas ses valeurs en les reniant, surtout quand – aux dires des spécialistes – ces mesures liberticides sont inefficaces. Il faut d’abord renforcer les capacités d’investigation, le nombre d’enquêteurs, de juges…

Débattons ensuite des stratégies internationales de nos dirigeants. C’est l’impérialisme et le double discours des grandes puissances et des pays voisins, occupés chacun à défendre leurs intérêts économiques et géopolitiques qui ont empêché de trouver une solution en Syrie.

La France ne peut reprendre les mots de G. W. Bush et la stratégie qui nous a menés dans le mur en appelant à la « guerre contre le terrorisme », sa responsabilité est de reprendre le flambeau de la paix et d’exiger une solution politique au conflit syrien sous l’égide de l’Onu. La logique de vente d’armes, portée à ses sommets par la diplomatie française, doit être profondément interrogée. Il y a urgence à retrouver ce qui doit primer et que nous avons trop délaissé.

La liberté, l’égalité et la fraternité ne peuvent être subordonnées à la question économique, aux mécanismes prétendus rationnels du marché et aux desiderata des puissants. Il n’est plus possible d’accepter que, faute de moyens, notre école ou notre système de santé ne traitent pas tous les citoyens à égalité, que des territoires entiers soient abandonnés, que le racisme et les discriminations se banalisent.

La meilleure réplique au terrorisme n’est pas de mettre la république au garde à vous en faisant de l’état d’urgence une situation permanente, mais de faire vivre nos valeurs.


Sophie Binet
Secrétaire générale adjointe
 de l’Ugict-Cgt

Illustration : Jean Julien