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Pour un droit à la (dé)connexion

TIC cadres

Les technologies de l’information et de la communication (Tic) bouleversent l’organisation comme le temps de travail. Accélérant et facilitant considérablement les communications, elles engendrent aussi de nouvelles contraintes.

jeudi, 27 mars 2014 | Editos d'Options et dans Options numéro 595 à lire en ligne ici
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La lettre .info

En moyenne, avec le fractionnement du travail dû aux Tic, un cadre est interrompu toutes les quatre minutes. Une récente étude du Credoc dévoile que 39% des actifs utilisent les nouvelles technologies (ordinateur, Internet, etc.) pour des raisons professionnelles, en dehors de leurs horaires et lieux de travail habituels, proportion qui atteint 77% pour les cadres. L’usage actuel des Tic modifie en profondeur la durée réelle du temps de travail et peut constituer une nouvelle forme de forfait-jour qui ne dit pas son nom.

Qui n’a jamais lu, envoyé un courriel ou travaillé sur un dossier en dehors de son temps et de son lieu de travail ? Dans certains secteurs, il s’agit même d’une obligation de connexion, avec des cadres tenus d’être joignables et réactifs vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Quel impact sur la vie sociale, culturelle, familiale et personnelle et sur le bien-être des salariés ? Le patronat, qui a bien compris ces enjeux, anticipe vingt points de productivité grâce à l’utilisation des Tic et devient soudainement étrangement généreux: citons par exemple Orange, qui, depuis des années, offre gracieusement à ses cadres un pack au nom sans équivoque: «business everywhere»… Cadeau empoisonné si l'on tombe dans le piège de l’«everywhere everytime», gros facteur de risque de burnout sur lequel il nous faut agir syndicalement.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de limiter l’utilisation des nouvelles technologies qui peuvent considérablement faciliter le travail et sont un levier d’autonomie, mais d’en encadrer les usages afin de préserver la santé des salariés.


Plusieurs initiatives pionnières existent. Outre-Rhin, où le syndicat IG Metall a obtenu dans de nombreuses entreprises un encadrement des Tic, chez Bmw, avec le décompte de l’ensemble des heures effectuées, ou chez Volkswagen, avec la coupure des serveurs en dehors des heures d’ouverture de bureau. Plus près de nous, Réunica ou l’Apec ont, par accord collectif, interdit les réunions et les envois de courriels au-delà d’une certaine heure.


L’Ugict-Cgt lance une grande campagne sur le sujet, de façon à garantir la santé et l’autonomie au travail des Ictam en encadrant l’utilisation des Tic. C’est un des nouveaux enjeux du droit du travail. La conception et l’utilisation des technologies ne sont jamais neutres. Favoriser la maîtrise de l’usage des Tic par les salariés, c’est faire rimer ces technologies avec la liberté qu’elles portent en elles et à laquelle nous aspirons toutes et tous.

Jean-François BOLZINGER
Secrétaire général adjoint de l’Ugict-Cgt