Menu

Salaires, retraites: partager la pénurie ?

Pénurie

Les annonces gouvernementales concernant la réforme des retraites tournent résolument le dos à ce qui s’est exprimé dans les luttes de2010 qui ont mobilisé l’opinion et provoqué la chute de Nicolas Sarkozy dix-huit mois plus tard.

mardi, 28 mai 2013 | Editos d'Options à lire en ligne ici
Imprimer

La lettre .info

Ce sont même des changements gravissimes et fondamentaux qui sont envisagés avec la mise en cause du système de solidarité entre générations et entre catégories. La non-garantie des pensions liquidées à l’Agirc est un dangereux précédent dont le gouvernement veut s’inspirer. Et un nouvel allongement des durées de cotisation correspond à la fois à un nouveau recul de l’âge de la retraite et à des difficultés d’embauche supplémentaires pour les jeunes, qui sont délibérément sacrifiés dans la crise actuelle.

Le passage d’un système à prestations définies vers un autre à cotisations définies conduirait à des pensions aléatoires évoluant au gré des marchés financiers, avec la volonté d’ouvrir en grand la porte de la capitalisation à nos catégories. Dans le même temps, le refus de discuter de la question des salaires lors de la prochaine conférence sociale discrédite cette dernière avant qu’elle ne commence. Le résultat de la première conférence se résume essentiellement à l’Ani puis à la loi sur la «sécurisation de l’emploi», de funeste mémoire, avec la mise en cause de principes essentiels du droit du travail au nom de la compétitivité financière. En développant la notion d’équité contre celle d’égalité, le gouvernement prône l’orientation du partage de la pénurie. Celle-ci consiste à prendre aux salariés prétendument plus aisés pour ne rien donner aux moins aisés. Elle évite de toucher à la part du gâteau de la finance et oppose les catégories de salariés entre elles.

Les mobilisations de professions comme les cheminots ou les personnels de santé en France, les métallurgistes en Allemagne portent un refus de cette logique d’austérité et témoignent que le monde du travail n’est pas prêt à s’en laisser conter. Plusieurs chantiers immédiats apparaissent pour travailler le rassemblement et reconstruire l’unité:

• l’action contre l’application de la loi sur la sécurisation de l’emploi sur le terrain, avec des autoformations proposées aux syndicats par la Cgt et son Ugict pour résister, intervenir juridiquement, retourner offensivement certaines mesures;

• l’action pour l’emploi avec de nouveaux droits d’intervention pour les salariés, notamment en conjuguant nos propositions de reprise de sites par les salariés en leur assurant financement et formation, avec le rassemblement des sites en lutte contre la fermeture;

• l’action pour construire une retraite pour tous en démontant les projets nocifs en cours, en avançant nos propositions de consolidation durable du système de solidarité, en travaillant à un front commun des jeunes sur cette question;

• l’action pour les salaires, avec notamment les négociations annuelles obligatoires dans le privé et les interventions partout pour reconnaître les qualifications.

La semaine de mobilisation qui aura lieu à la mi-juin dans toute l’Europe est le prolongement des solidarités que nous cherchons à tisser chaque jour sur nos lieux de travail, face aux politiques de destruction du travail et des liens sociaux.

Jean-François BOLZINGER
Secrétaire général adjoint de l’Ugict-Cgt