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Sortir de l'austérité !

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Options 599 Sept 2014

En ignorant et en percutant les aspirations des salariés, les choix du gouvernement et les surenchères du Medef ne font qu’aggraver la situation économique et sociale du pays.
La fuite en avant dans la baisse du prix du travail plombe le pouvoir d’achat des ménages et assèche les débouchés internes des entreprises.

La négation des qualifications qui en résulte est contre-productive pour la compétitivité des entreprises avec l’exode des jeunes diplômés et la démobilisation des Ict vis-à-vis de l’entreprise. La saignée de l’emploi ajoute au déficit de la Sécurité sociale, lui-même égal à la somme des exonérations des entreprises, octroyées sans conditions. L’austérité budgétaire au service de la financiarisation des entreprises rend exsangues les fonctions publiques et réduit, voire détruit les missions d’intérêt général.

Alors que nos catégories aspirent à exercer pleinement toutes leurs qualifications, à maîtriser leur temps de travail et à réaliser un travail de qualité dans l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, tous les clignotants sont au rouge, tant sur l’utilisation intensive des technologies que sur l’augmentation des charges et de la durée du temps de travail. Imaginer allonger le temps de travail, assouplir les trente-cinq heures est irresponsable au plan social et économique. Si tous les salariés travaillaient 35 heures au lieu des 39,5 heures réalisées, cela libérerait 2,8 millions d’emplois; si les salariés au forfait-jour étaient au décompte horaire au lieu d’effectuer 52 heures par semaine en moyenne, la France compterait 530 000 emplois qualifiés pour doper la compétitivité globale des entreprises. Lorsque l’on fait sauter les digues des droits sociaux, on tombe vite dans la délinquance sociale et économique. Ainsi la France, sur plainte de la Cgt et son Ugict, s’est vue condamnée pour non-respect de la santé des travailleurs, et ce ne sont pas moins de sept accords de branche qui tombent pour forfaits-jours illicites. L’escalade est atteinte avec le modèle économique du low cost, qui sacrifie la qualité des produits et la sécurité des services en s’exonérant de toute fiscalité et contribution à la société, avec des pratiques mafieuses de corruption d’élus et la compromission du gouvernement qui liquident des infrastructures publiques.

Retrouver des perspectives de sortie de crise exige de s’appuyer sur les aspirations du salariat. L’urgence est aux droits nouveaux pour y répondre. La campagne de l’Ugict-Cgt pour un droit à la déconnexion et pour une réduction effective du temps de travail prend à contre-pied la politique antisociale du gouvernement et du Medef sur des questions d’emploi, sur le respect des individus et de leur santé, pour une dynamique économique ancrée sur le bien travailler. C’est aussi la crédibilité et la capacité de notre syndicalisme à changer concrètement la donne de la situation de travail des Ict.

Alors que de vieux loups sortent du bois assoiffés de pouvoir et porteurs de la même pensée libérale dogmatique, le 16 octobre, à l’appel de la Cgt, le monde du travail pourra exprimer publiquement son désaccord sur les choix d’austérité et porter haut et fort ses aspirations et les perspectives de sortie de crise.

Marie-José Kotlicki
Secrétaire Générale de l'UGICT-CGT, directrice d'OPTIONS

Publié le lundi, 29 septembre 2014 dans Editos d'Options et dans Options numéro 599à lire en ligne ici