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Tout le salariat

Jean François Bolzinger

La fiscalité s’alourdit; la retraite s’éloigne avec ses pensions peaux de chagrin; les jeunes diplômés n’en finissent pas de courir après l’emploi; le Wall Street management, qui nie le professionnalisme et ignore la reconnaissance, régit la vie au travail… En cette rentrée, le mécontentement est manifeste chez les ingénieurs, cadres et techniciens (Ict).

mercredi, 25 septembre 2013 | Editos d'Options à lire en ligne ici
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La lettre .info

Contrairement à l’idée que les cadres ou les diplômés «se débrouillent toujours», c’est l’ensemble du salariat qui est victime de cette politique. Un dangereux jeu de clivages oppose les imposables aux non-imposables – les «plus pauvres» et les «plus modestes»  – ou les «plus aisés» aux «moins aisés» (1), faisant émerger des rancœurs. Il masque le refus de s’attaquer à la finance au niveau de l’Etat comme au niveau des entreprises. La popularité de François Hollande baisse partout et s’effondre chez les professions intermédiaires.


Cette évolution n’est pas franco-française. Au mois de juillet, Nivaldo Santana, secrétaire de Fitmetal, affilié à la Centrale des travailleurs et travailleuses du Brésil, expliquait les luttes dans son pays de la façon suivante (2): «Le mouvement syndical a construit une plate-forme de revendications pour un projet national de développement, la valorisation du travail et la redistribution des richesses. […] Les manifestations du mois de juin […] ont été marquées par la prédominance de jeunes, d’étudiants et de gens de classe moyenne. Il est important d’entrer en scène pour donner à ce mouvement un sens progressiste au service des travailleurs. […] Les politiques du gouvernement ont favorisé les plus défavorisés. La pauvreté a diminué. Mais la classe moyenne a moins bénéficié des programmes gouvernementaux. Elle paie des impôts, mais les systèmes d’éducation et de santé sont mauvais, la mobilité urbaine difficile. Elle paie deux fois. Cela créé une base objective d’insatisfaction.» Rien à voir avec la France?


La politique de gestion de la pénurie, au sein du salariat, réussit cependant le tour de force de produire un mécontentement généralisé dans deux directions. Ainsi, la dégradation générale de l’emploi et du pouvoir d’achat pousse la partie la plus désespérée vers le vote FN. Et la pseudo-lutte contre les inégalités au nom de «l’équité» tape sur celles et ceux qui ne sont pas encore noyés et distribue des miettes aux autres, fragilisant ainsi une bonne partie du salariat La force de la Cgt tient à son orientation d’être la Cgt de tout le salariat. Les résultats des élections professionnelles témoignent de l’attente d’un syndicalisme utile, efficace et solidaire pour nos catégories. Là où la Cgt et son Ugict sont implantées, les résultats électoraux sont significatifs, dans les collèges cadres et les professions techniciennes.


A un moment où les salariés à responsabilités représentent 46% du salariat, le déploiement d’une activité spécifique organisée dans l’ensemble des professions et des territoires est aujourd’hui un enjeu revendicatif et politique de premier ordre. Il convient donc d’amplifier la mise en place de dispositifs Ugict bien imbriqués dans les organisations Cgt.
Il s’y joue le développement d’un rapport de forces d’ensemble et convergent.


Jean-François BOLZINGER
Secrétaire général adjoint de l’Ugict-Cgt

(1)  Expressions empruntées à François Hollande.
(2) L’Humanité du 10/07/2013.