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17 Juin, La Défense - Quelles alternatives à la société low cost ?

17 juin Débat

Le low cost, stade ultime du capitalisme ou simple avatar, se traduit par une casse sociale sans précédent et nous interdit d’ouvrir les voies de sortie de crise. De nouveaux droits sont nécessaires pour construire un modèle de développement économique, social et environnemental.

vendredi, 17 juillet 2015 | Cadres Infos numéro 719à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Les participants :
Boris Karthaus, IG Metall ; Daniel sommer, Pdg de Speed Rabbit Pizza ; Valérie goncalves, négociatrice CGT sur les forfaits-jours dans la branche des industries électriques et gazières ; Damien groiselle de l’AP-HP ; William Martinet, président de l’Unef ; sylviane Lejeune, secrétaire nationale de l’Ugict-CGT.


Peu à peu, sous nos yeux, prend forme une société low cost qui touche l’ensemble des secteurs de la société et de l’économie réelle publique ou privée. En plein conflit de l’AP-HP, Damien Groiselle explique comment les hôpitaux sombrent dans l’obsession de la réduction des coûts. Les directions rognent sur tous les postes, y compris le recrute- ment des médecins (au rabais), s’en prennent aux RTT, augmentant d’au- tant la charge d’un travail qui « tend vers le bénévolat ». « Les questions de réorganisation ne peuvent se traiter comme des problèmes mathématiques car le low cost se met en place au détriment du patient ».


Pour Valérie Goncalves, négociatrice CGT sur les forfaits-jours dans la branche des industries électriques et gazières : « les lois du low cost s’op- posent au droit social et la charge sur les RTT détruit un dispositif qui permet- tait de concilier vie professionnelle et vie privée ». Face à l’augmentation de la pression au travail, la création d’un outil de mesure réelle du temps de travail est une revendication. « Le véritable enjeu c’est le temps travail, il faut aller vers le travailler mieux plutôt que le travailler plus ».


Le low cost impacte de plus en plus d’étudiants aujourd’hui confirme William Martinet, président de l’UNEF. « Ils sont le trou noir de la Sécurité sociale. Plus d’un million d’entre eux sont obligés à un travail précaire pour compléter des bourses qui ne restent qu’un appoint ». Pour lui, c’est : « toute une violence sociale qui s’exprime contre une génération sacrifiée à la crise économique ». Il s’alarme aussi face à la loi Macron qui permet aux employeurs de multiplier à l’envi le nombre de salariés en CDD, qui sont, pour les trois quarts, des jeunes. Mieux, prévient-il, « le plafonnement des indemnités aux prud’hommes revient à entériner le droit de licenciement abusif ».


Autre volet du low cost : l’utilisation massive et excessive des technologies de l’information et de la communication entraîne une hausse croissante du travail en dehors de l’entreprise. Alors que l’Allemagne est citée en exemple pour des accords d’entreprise, limitant l’utilisation des TIC en dehors du lieu de travail, notamment dans l’industrie automobile, Boris Karthauss, d’IG Metall tempère l’enthousiasme en constatant que l’augmentation constante des heures travaillées entraîne toujours un dumping social outre-Rhin tant « il est difficile de changer une culture ».


« Les salariés ne sont plus dans le jeu de la démocratie, leur possibilité d’intervention est un enjeu stratégique », le dumping social nous amène aussi à nous interroger sur l’entreprise conclut Sylviane Lejeune, secrétaire nationale de l’Ugict CGT. Et c’est un chef d’entreprise, Daniel Sommer, qui nous en donnera sa définition : « Le low cost marque la fin d’un modèle économique qui capte les marchés par des méthodes frauduleuses. Car si le low cost ne permet pas d’équilibrer les comptes d’exploitation, il ne tient que par des fraudes à l’encontre des salariés. Il favorise l’optimisation fiscale et s’accommode du secret des affaires ».