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Cap Gemini - La stratégie gagnante de la CGT

Cap Gemini

Au moment où la loi Sapin 2, tente de soumettre le salaire des Pdg à l’approbation des actionnaires, voire d’en fixer les limites, les salariés ont interpellé ceux de Cap Gemini au cours de l’assemblée générale du 18 mai, pour dénoncer l’augmentation de la rémunération de leur Pdg et la baisse de l’enveloppe salariale. la Cgt a été écoutée et entendue. Conséquence : aux élections, l’organisation double le nombre de ses mandats syndicaux.

jeudi, 07 juillet 2016 | Cadres Infos numéro 729à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Cap Gemini, la « discrète société [de conseil en services informatiques] du CAC 40 » joue aujourd’hui sur l’échiquier mondial avec 11 milliards d’euros de chi re d’a aires. Elle y œuvre même avec bonheur et tutoie IBM dans son secteur. Depuis 2012, sa marge opérationnelle a progressé de 2,5 points et son résultat net a plus que triplé. Dans le même temps, le nombre de ses salariés, est passé, grâce à des acquisitions, de 121 000 à 161 000, dont 80 000 en Inde. Cap Gemini enregistre 1,1 milliard de bénéfices et, à l’échelle nationale, le volume des défiscalisations dont la société bénéficie atteint 22,3 M€ pour le Crédit Impôt Recherche (CIR) et 30,5 M€ pour le Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE).

 

La CGT fait le plein de mandats syndicaux

 

A la tête de la société, Paul Hermelin, l’ex-directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn à Bercy (1991 et 1993), s’affiche comme un proche de François Hollande. En 2015, son salaire atteint 4,8 millions d’euros soit une croissance de 18 % par rapport à 2014. Cette augmentation, pour ce patron revendiqué de gauche, apparaît comme une opération comptable « saugrenue » face à la réduction de l’enveloppe consacrée aux hausses de salaires des 22 000 salariés français qui passe de 900 000 euros, en 2014, à 806 000 euros, en 2015. Une baisse de 12,5 %.

 

Le choix des dividendes face aux salaires


Explication invoquée : malgré les bons résultats, la nécessaire modération salariale face à des perspectives économiques aléatoires et à l’âpreté de la concurrence. Pourtant, dans le même temps, les dividendes progressent de 12,5 %. Serein, Paul Hermelin demande, le 18 mai dernier aux actionnaires de la société, réunis en assemblée générale, de valider une nouvelle augmentation de rémunération pour passer de 4,090 M€ à 4,831 M€.
« Y a quelque chose qui cloche là-dedans, on y retourne immédiatement » dit la chanson et la CGT.

Au cours de l’assemblée générale, les salariés du groupe Cap Gemini interpellent alors le président directeur général et les actionnaires leur demandant de manifester leur opposition à l’augmentation de 18 % du salaire du Pdg alors que l’enveloppe des salaires baisse de 12,5 %. La CGT a organisé de multiples actions dont la lecture et la publication d’une lettre qui appelle aussi actionnaires à sou- tenir les revendications légitimes des salarié-e-s : limiter l’évolution de salaire de Monsieur Paul Hermelin à celle des salarié-e-s ; arrêter définitivement des procédures de licenciements abusifs sur le site de Sogeti High Tech de Toulouse ; mandater la direction du groupe pour la réouverture de la négociation annuelle obligatoire et pour une augmentation de 1 000 € par salarié-e pour cette année de résultats exceptionnels.

La CGT demande en outre que 6 M€ soient attribués à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Une revendication que la direction avait déjà balayée, ne la considérant pas comme prioritaire, préférant se féliciter de la baisse de la proportion de salariés français dans le groupe à l’échelle mondiale.

 

L’égalité salariale au centre des négociations


Ainsi, au lendemain de l’annonce faite par François Hollande, sur la nécessité de légiférer sur un contrôle accru des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises par les actionnaires, cette mobilisation s’impose comme un symbole supplémentaire du décalage entre le traitement réservé aux salariés de ces grands groupes et celui de leurs patrons.

Les salariés ont ainsi exprimé leur écœurement face à l’augmentation du revenu de leur PDG, le partage de 30 M€ entre les 24 plus hauts dirigeants du groupe, et l’augmentation de 12,5 % des dividendes.

Reçue par la direction du groupe dont le DRH Monde, la CGT Cap Gemini a confirmé avoir été entendue et écoutée. La revendication concernant l’attribution de 6 M€ pour établir l’égalité salariale femmes/hommes est placée au centre de la négociation. Les licenciements « El Khomri », dénoncés sur le site de Toulouse Sogeti HT, feront l’objet d’un réexamen.

L’augmentation de M. Hermelin est votée au moment même où la loi Sapin 2 prévoit de donner un caractère contraignant au vote des actionnaires et que des députés envisagent le plafonnement des salaires des PDG.

 

La Cgt progresse aux élections


Ce texte actuellement en discussion à l’Assemblée, a pour objectif de lut- ter contre la corruption et l’évasion fiscale et rénover le cadre législatif des transactions financières. Mais il va aussi s’enrichir de dispositions inspirées du « camouflet adressé le 29 avril par le conseil d’administration de Renault à ses actionnaires »1 qui avaient rejeté à 54 % le « package » de rémunération 2015 du PDG Carlos Ghosn de 7,2 millions d’euros. Les administrateurs étaient passés outre ce vote consultatif.

Quoi qu’il en soit, la CGT commence à engranger les premières récoltes de ces actions légitimes construites et argumentées. Le premier tour des élections professionnelles sur l’en- semble des sociétés du groupe Cap Gemini s’est achevé le 31 mai dernier et même si le quorum n’est pas atteint, sur la majeure partie des périmètres CE et DP, la CGT Cap Gemini enregistre de très bons résultats.

La première analyse montre qu’a l’échelle de l’Unité économique et sociale (UES), le syndicat progresse de plus de 3 points (13,6 %) et prend la troisième place derrière la CFDT (27,6 %) et la CFTC (20,3 %). Cette troisième place permet d’entrer au Comité de groupe européen.

Mais plus important, la CGT est aujourd’hui représentative sur les 3 sociétés principales du groupe, Sogeti High Tech, Cap Gemini TS et ATS-INFRA.

Ces résultats permettent de faire le plein de mandats de délégués syndicaux, d’en doubler le nombre avec (30 mandats). La CGT gagne des moyens exceptionnels pour travailler encore plus à son développement, notamment chez les cadres.

Ces succès consacrent un travail de terrain de plusieurs mois. L’action du 18 mai pour dénoncer l’augmentation de salaire du PDG, Paul Hermelin, aura certainement boosté une campagne qui risquait d’être perturbée par les actions liées à la lutte contre la loi travail où la CGT Cap Gemini est très présente.

1 Le Figaro du 6 juin 2016: «Avec la loi Sapin 2, la pression monte sur les salaires des patrons».


Pour en savoir plus

Rémunérations des grands patrons : la CGT relance le débat en dénonçant l’augmentation du PDG de Capgemini

[Revue de presse] L'augmentation du PDG de Capgemini passe mal à la CGT

Assemblée générale des actionnaires : la CGT interpelle le PDG de Capgemini

La CGT en hausse à Cap Gemini