Menu

La culture managériale en crise - Comment manager autrement ?

Débat

Le 25 novembre dernier, s’est tenu, en marge du Conseil national de l’Ugict-CGT, devant une salle comble, un débat sur le thème du management. Un axe familier décliné cette fois-ci sur deux thématiques : comment manager autrement ? Comment être professionnellement engagés et socialement responsables ?
Un débat riche, solide et constructif sur un thème fédérateur.

jeudi, 17 décembre 2015 | Cadres Infos numéro 723à télécharger ici en .pdf
Imprimer

La lettre .info

Permettre à chaque salarié de développer ses capacités, de trouver sens à son travail, d’apporter sa contribution au collectif de travail, donner le droit à tous de participer à l’élaboration de la stratégie des entreprises, imaginer un débat social qui porte aussi sur les choix de gestion, se donner les moyens de bien travailler... Autant de questions posées par les participants pour construire le management alternatif.

Michel Vakaloulis, maître de conférences à Paris 8, a pu ainsi aborder les problématiques de la gestion managériale actuelle. Pour lui : « la culture managériale dominante est en crise » et il faut mettre l’intelligence collective au service de la mobilisation contre l’intermédiation financière : « La responsabilité sociale de l’encadrement est de poser les salariés en acteurs de leur propre transformation. Il s’agit de les remettre dans la boucle décisionnelle ». Il affirme d’ailleurs, dans sa dernière étude commanditée par l’Ugict, que : « Les performances sociales de l’entre- prise n’entrent pas en contradiction avec les performances économiques, elles se complètent » et le chercheur d’évoquer l’hypothèse d’un pacte de confiance basé sur la coopération plutôt que sur la compétition et sur le respect des collectifs de travail comme valeurs fondamentales de l’entreprise.

Un management de plus en plus désincarné

Autrement dit, il faut changer le regard sur l’entreprise et l’action syndicale peut apporter son expertise militante pour décrypter les « points noirs » du rapport salarial pour agir sur les choix en matière de gestion, des moyens d’action et d’organisation dans l’entreprise et poser les sujets majeurs à débattre avec tous les acteurs sociaux et institutionnels.

Témoins de cette crise globale du management dominant, Marie-Anne Dujarier, sociologue, donne un éclairage fort pertinent sur ces nouveaux
cadres que sont les planneurs dans son ouvrage « Le management désincarné».
Ni élus, ni entrepreneurs, ni expert d’un métier et d’un secteur, ces cadres organisateurs dans les grandes entreprises, sont « man- datés » pour prescrire ou importer des dispositifs standards dans les organisations privées ou publiques, et réaliser avec l’aide des opérationnels, les ajustements locaux. Leur place sociale démographique serait croissante : entre le tiers et la moitié des effectifs des cadres actuels.

Pourtant, ils restent invisibles, comme le souligne Anne-Marie Dujarier. « Un niveau d’abstraction qui va jusqu’au vertige. Je n’ai jamais entendu parler de travail... » témoigne l’un d’entre eux dans son ouvrage. Ils sont soumis à l’obéissance et sont contraints par des objectifs et « quand ils en sortent, comme à Air France, on voit ce que ça donne », avance avec malice la sociologue.

L’avenir du salariat ? à la question posée, Michel Vakaloulis rappelle une étude effectuée auprès de jeunes diplômés militants, qui pour la moitié envisageaient leur avenir à 10 ans hors du salariat, pour mise en adéquation de leurs valeurs et de leur activité. Il voit dans l’expérience de Coopaname définie par Luc Mboumba, une sortie par le haut dans des structures alternatives. Le codirecteur exposera par le menu le fonctionnement de cette coopérative qui mutualise le savoir-faire de professionnels, artisans, professions intellectuelles et culturelles... dans une structure dont ils sont eux- mêmes les associées et les salariés.