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Four more years

Four more years

Barack Obama a donc été réélu à la présidence américaine le 6 novembre 2012, les américains ont décidé de lui accorder une nouvelle chance car même si le bilan de son premier mandat est contrasté, le souvenir de l’ère Bush est encore présent.

lundi, 10 décembre 2012 | Cadres Infos numéro 699 à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Au cours des quatre dernières années, le marché de l’emploi américain est resté bloqué et l’endettement public s’est envolé. Les réformes de la santé ou de la finance n’ont pas encore porté leurs fruits. Les américains n’en voient pas les effets et le gouvernement a lui même des difficultés à expliquer les avancées. Obama n’a par ailleurs pas réalisé ses promesses sur le climat ou les taxes bancaires.

La croissance est revenue depuis l’été 2009 mais les américains sont inquiets surtout devant le manque de créations d’emplois. Pourtant, depuis janvier 2010, 500 000 emplois ont été crées. L’état fédéral a sauvé l’industrie automobile et la façon de travailler a été révolutionnée, ce plan a coûté 25 milliards de dollars selon le Trésor américain. Mais malgré tout, l’inégalité entre riches et pauvres est de plus en plus importante : la classe moyenne disparaît.

Obama doit maintenant mettre en œuvre très vite ses nouvelles promesses sur la relance économique, réduire le déficit budgétaire, adopter une loi sur l’immigration, rassurer les classes moyennes, consolider la réforme de la santé et renforcer l’éducation.

Depuis 2011, il y a de nombreux mouvements de contestation aux États- Unis, le plus connu étant Occupy défendant les mêmes valeurs que Les Indignés en Espagne. Les étudiants et les précaires y ont trouvé un écho populaire et la presse a relayé et amplifié leur influence.

On peut par ailleurs observer quelques mouvements de grève dans la communication, ou les hôpitaux et les enseignants, mais le mouvement social est très faible.

Aux états-Unis, une grande partie des droits des travailleurs dépendent des accords d’entreprise négociés par les syndicats. La syndicalisation est donc un enjeu majeur de la réalité salariale américaine. Les syndicats ont été très actifs pour Obama durant la dernière campagne, ils ont fait du porte à porte pour les démocrates et cela a porté ses fruits car malgré tous les moyens de communications modernes, les électeurs aiment le contact direct.

Cette syndicalisation a pour spécificité d’être collective et non individuelle.

Pour se syndiquer, un groupe de salariés travaillant au sein de la même entreprise doit décider à la majorité de se faire représenter par une organisation syndicale. Une fois la décision prise, tous les membres du groupe sont représentés par le syndicat désigné.

Depuis la loi Taf-Hartley, l’encadrement - non seulement les cadres mais également les agents de maîtrise - est systématiquement exclu du syndicat. Sont également exclus les salariés qui ont de par leurs fonctions accès à l’information interne à la direction (par exemple, les secrétaires de direction). La logique qui sous tend l’exclusion d’une partie des salariés est qu’un syndicat doit être indépendant de l’employeur, l’encadrement étant considéré comme indissociable de la direction. La délimitation de l’encadrement peut donner lieu à conflits, le patronat cherchant généralement à classifier comme supervisors un maximum de salariés.

On note aujourd’hui une offensive contre les syndicats des agents publics. Grâce à des stratégies techniques, juridiques et politiques, les conservateurs ont peu a peu effacé du paysage américain la pratique de la négociation collective et les avantages sociaux qu’elle protégeait : régimes de retraites, protection sociale, ainsi que la possibilité de négocier les conditions de travail. Bien que la négociation collective joue encore un rôle important dans des domaines comme le bâtiment ou la santé, l’institution syndicale s’est effondrée dans le privé où le taux de syndicalisation, 6,1 %, est revenu au niveau des années 1920. De fait, les agents publics constituent aujourd’hui la majorité des travailleurs syndiqués aux USA.

S’ils parviennent à éliminer les syndicats des travailleurs publics, les conservateurs seront parvenus à éliminer une des idées clés du New Deal : que le statut de salarié, ou employee, doit ouvrir à des droits sociaux.

Aujourd’hui, le président Obama s’est attelé aux côtés des républicains à la recherche du « grand compromis » en matière de réduction du déficit et cela fait peser sur l’avenir des travailleurs une lourde menace qui suscite de vives réactions syndicales. Richard Trumka président de l’AFL-CIO, a déclaré que ce « grand compromis est proprement scandaleux et c’est pourquoi il est négocié à huis clos ». « Nous disons non aux ententes secrètes. Si vous voulez en débattre, faites-le ouvertement ». « Croyez-vous vraiment que le peuple américain tient à ce que les prestations en matière de sécurité sociale, d’assurance médicale Medicaid et Medicare soient revues à la baisse en contrepartie d’une réduction des taux d’imposition supérieurs applicables aux Américains les plus nantis ? Je ne pense pas que ce soit le cas ».

Les deux partis persistent à sciemment fermer les yeux sur le fait que les mécanismes de « libre marché » mis en œuvre et encouragés depuis des décennies se réduisent à un cuisant échec. Face à cela, le dilemme du syndicalisme américain est qu’il ne peut refuser d’entendre les exigences d’une compétitivité profondément ancrée dans la société américaine, mais qu’en y succombant, il risque de perdre les fondements de son existence.

icon Cadres Infos 699 (379.54 kB)