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La construction d’un management alternatif à partir d’expériences concrètes

Journée d'Options Fev 13

Nous regardons d’un peu plus près le management coopératif des SCOP, mais aussi différentes facettes et innovations possibles dans les entreprises sur certains outils du management.

mardi, 26 mars 2013 | Cadres Infos numéro 701à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

 Intervenants

● Bruno Arasa : Directeur de la coopérative Hélio-Corbeil.
● Jean-François Bolzinger : Secrétaire général adjoint de l’UGICT-CGT.
● Olivier Jouan : Directeur de la coopérative d’activité et d’emploi Port Parallèle.
● Franck Pupunat : Directeur de l’innovation sociétale à la Poste. Animateur d’Utopia Alter-Ecologie.

 

Olivier Jouan

LE MANAGEMENT REPOSE SUR LA COORDINATION

La Coopérative d’activités et d’emploi vise à lutter contre le chômage. C’est un dispositif financé par des collectivités locales, le Fonds social européen et des fondations. Il en existe une centaine en France, regroupant 6000 entrepreneurs salariés ou salariés autonomes.
« En fait, la CAE concerne une phase test avant la création d’entreprise par les coopérants. C’est une entreprise partagée qui offre un cadre juridique avec la «marque» du salarié qui partage une PME avec 150 personnes» explique Olivier Jouan.
Elle permet d’équilibrer les rapports avec les donneurs d’ordre et assure une force face au marché.
«Le coopérant n’est pas travailleur indépendant, il est subordonné dans un rapport de confiance a priori et le management repose sur la  coordination. Enfin, tout le monde est impliqué dans les décisions finales » précise Olivier Jouan.

Pratiquement, la coopérative prend en charge les opérations fiscales et comptables permettant aux coopérateur de se concentrer sur la création. Noter que plus de 50 % sont de femmes. La contribution s’élève à 10 % de son chiffre d’affaires.
«La coopérative est un vivier de compétences engagées dans une action collaborative. Le projet collaboratif est partagé avec des avantages sociaux, une force de frappe et de dialogue social ».


Bruno Arasa

S’APPROPRIER LES QUESTIONS ÉCONOMIQUES ET STRATÉGIQUES

Bruno Arasa, ancien délégué CGT a été élu directeur de la Scop construite pour la reprise de l’imprimerie Hélio-Corbeilles mise en redressement judiciaire.
«Aujourd’hui, l’entreprise est débarrassée des actionnaires, les ouvriers y sont majoritaires. On pensait vivre une démocratie pleine et entière, mais il a fallu s’approprier les questions économiques et stratégiques. Et le besoin d’encadrement s’est rapidement fait sentir » constate Bruno Arasa.
Aujourd’hui, l’encadrement a disparu en tant que courroie de transmission,
«mais c’est une fonction à redécouvrir qui nous oblige à retravailler la question» explique l’ancien délégué CGT.
« L’Idée originelle était la sauvegarde de l’emploi. C’est fait » dit-il. Apparaît aujourd’hui la question de la conception de l’entreprise: « Un statut ne  fait pas l’entreprise. Quel projet pour l’entreprise? Comment imaginer l’entreprise? Dans la diversité des salariés qui ont décidé de reprendre en scop, il y a une diversité de conceptions ».
Syndicalement, les sociétaires s’étaient peu projetés sur la question de la reprise en scop. La conception de l’encadrement devrait nous aider à nous poser des questions sur la fonction syndicale.


Franck Pupunat

LE RAPPORT DU CITOYEN À L’ACTE DE PRODUCTION DOIT FAIRE L’OBJET D’UN DÉBAT DÉMOCRATIQUE

Franck Pupunat propose trois axes de réflexions: «Dans le système actuel, le management alternatif est impossible ; il faut se libérer du travail ; il faut libérer le travail».
«On ne peut pas attendre la naissance d’une société post capitaliste. Nous devons agir sur des leviers: les intérêts du capital et l’imaginaire des citoyens face à la référence néolibérale » annonce Franck Pupunat.
Pour illustrer ce premier levier, il prend exemple de la Fnac: «La Fnac appartient au groupe de luxe PPR et dégage 3,5 % de bénéfices par an, ce qui n’est pas suffisant pour PPR qui veut se débarrasser de la Fnac Bastille. Le directeur financier estime qu’une reprise par les salariés est possible, mais les dirigeants s’y opposent. Ils ne veulent pas ouvrir la voie à des alternatives.
« C’est la société qui prône des valeurs de performance et de réussite individuelle qu’il faut combattre, avant de mettre en place un management alternatif».
Comment reconquérir l’imaginaire ? Avec cette deuxième question le directeur de l’innovation de la Poste aborde la problématique de nouveaux indicateurs pour la société: quelle citoyenneté? Que produire, pour qui et pourquoi ? Il affirme : « Le rapport du citoyen à l’acte de production doit faire l’objet d’un débat démocratique car la sphère du travail empiète trop sur la vie. Il faut que les droits fondamentaux, accès au logement, aux soins, à la formation soit détachés du statut de travailleur et attachés au citoyen.Il faut réduire le temps de travail (pour une 6e semaine?). Il faut créer de nouveaux rapports de force et se réapproprier le sens de l’acte de production».
Il aborde ensuite la libération du travail par la nécessaire action de la citoyenneté, de la démocratie sur la production. Dans le privé comme dans le public les propriétaires du capital sont-ils les légitimes gestionnaires? interroge-t-il. «La pluralité des acteurs s’impose dans une logique de socialisation où les décisions stratégiques sont prises par des représentants de la société. En conclusion, Manager sans Wall street, c’est entrer dans un projet alternatif, imaginer une transition post capitaliste» conclut Franck Pupunat.


Jean-François Bolzinger

LES CADRES AUJOURD’HUI ONT ENVIE DE JOUER LEUR RÔLE CONTRIBUTIF

«Est-ce que les choses se décrètent ou est-ce qu’on les construit? Notre premier livre (1) avait été motivé par une enquête de 2008 qui posait la question: «Votre travail, comment le voulez-vous?» Une des réflexions affirmait: il faut inverser le management, c’est-à-dire lui donner une dynamique inversée qui fonctionne du micro vers le macro. La solution ne viendra pas d’en haut et ne réglera pas tout.
Nous avons cherché tout ce qui était différent, notamment dans l’économie sociale et solidaire, tout ce qui résistait à la crise et avec succès.
La leçon qui s’en dégage est que les logiques ne sont donc pas seulement financières.
Par exemple, 30% des entreprises de production de Champagne sont des coopératives. Elles témoignent de tout un mouvement coopératif qui s’est dessiné au début du XXe siècle, avec l’idée de l’appropriation de l’outil de travail. Un mouvement qui a précédé les conquêtes sociales des années 30. L’objectif était aussi de démocratiser le fonctionnement des entreprises.
Ce mouvement a construit quelque chose dont les expériences d’Amérique latine ou encore les expériences d’autogestion à chaud des années post 1968 sont les héritières.
Les cadres aujourd’hui ont envie de jouer leur rôle contributif en maîtrisant leur outil de travail. C’est la toute notre démarche.
Dans notre second ouvrage (2) nous avons pris l’exemple du joaillier Mauboussin, où le nouveau Pdg a convaincu les actionnaires de renoncer à leurs dividendes pendant 5 ans, et de réinvestir. Parallèlement, il a mis en place une véritable démocratie de la production où les salariés décident des choix commerciaux tout en accompagnant le changement sociétal qui veut que désormais, les femmes elles-mêmes choisissent d’acheter leurs bijoux.
L’exemple est-il transposable?
Il faut valoriser ces expériences que nous venons d’évoquer et les associer à notre démarche syndicale.
Nos outils sont notre démarche sur l’évaluation. Pourquoi pas, ajouter des NAO sur la qualité du travail et du management. Il faut pousser l’avantage. »♦

 

Les axes de reflexion

● S’approprier les questions économiques et stratégiques.
● Libérer le travail. Se libérer du travail.
● Ajouter des NAO sur la qualité du travail et du mangement. Il faut pousser l’avantage.

 

1 « Pour en finir avec le Wall street  management » Marie-José Kotlicki, Jean-François Bolzinger. Editions de l’Atelier. Novembre 2009. 180 pages, 15 euros.
2 « Laissez-nous bien travailler,  manager sans Wall street », Marie-José Kotlicki, Jean-François Bolzinger. Editions de l’Atelier. Octobre 2012. 190 pages 16 euros.

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