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La recherche et le territoire

La recherche et le territoire

Recherche, enseignement supérieur, emploi : quelle stratégie pour la CGT ?

Près de 90 militants et représentants d’organisations de la recherche et de l’enseignement, dont des membres de conseil de l’enseignement supérieur et de la recherche (ceser), participaient à cette initiative « Recherche et territoires, quelle stratégie pour la cgt ? » le 4 février 2014 et ont échangé avec le collectif confédéral «Recherche enseignement supérieur et emploi», animé par l’Ugict. Les problématiques communes ont permis d’avancer sur le terrain de la cohérence revendicative.

lundi, 05 mai 2014 | Cadres Infos numéro 708à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Après la loi Fioraso de juillet 2013 -qui se situe dans la continuité de la LRU- cette initiative avait pour objectif de provoquer un échange entre le collectif Recherche et les représentants des organisations territoriales, surtout régionales, et les organisations professionnelles. Il s’agissait de faire le point sur les grands dossiers concernant la recherche et l’enseignement supérieur et de mettre en perspective les conséquences des décisions de la stratégie de Lisbonne étau pour le pacte pour la recherche (Décembre 2006).

Aujourd’hui, le poids de la recherche et développement (R&D) dans le pays s’élève à 2,25 %, contre les 3 % prévus à Lisbonne. Une ambition : repoussée l’horizon 2020. Quant aux entreprises privées, elles plafonnent à 1,36 % du PIB contre 2 % en Allemagne.

Une réalité qui doit rester au cœur des réflexions.

Mais le programme-cadre européen, Horizon 2020, et la stratégie de spécialisation intelligente (Smart spécialisation strategy, dite 3S) président d’ores et déjà à l’organisation de la répartition des activités économiques sur le territoire, de l’enseignement supérieur, au développement industriel, en passant par la recherche.

Optimiser notre stratégie régionale

 

« L’écosystème » reste plus que jamais la région. Elle est sensée définir elle-même ses points forts et structurer les pôles d'excellence en fonction de ses choix. Dans cette configuration, la question de la gestion nationale devient cruciale. C’est à la répartition des compétences nationales et régionales qu’il faut s’attacher, ainsi qu’au déficit de démocratie, notamment de participation des organisations syndicales dans cette mise en place imposée. Arnaud Macé de la Ferc-Sup élu au CNESER, explique comment « l’ensemble de ces politiques détruisent la pérennité d’un service public de qualité de recherche et d’enseignement supérieur. Le retrait de l’État ne saurait être compensé en aucune manière par les régions et les partenariats publics privés ».

Comment « travailler CGT » dans le cadre d’une coopération entre comités régionaux et le collectif ? Cette dynamique s’est engagée aux Assises sur l’enseignement supérieur et la recherche au deuxième semestre 2012. Il s’agit aujourd’hui, pour le collectif confédéral, d’aller plus loin dans un travail de structuration avec les régions pour aider à la maitrise de l’ensemble des enjeux sur les territoires par nos organisations.

Dans notre fonctionnement, la réflexion du collectif enrichit les comités régionaux d’une part et des informations remontant du terrain renseignent le collectif confédéral d’autre part. Un double mouvement destiné à optimiser notre intervention sur la stratégie régionale d’innovation et de spécialisation intelligente.

Cette journée a été l’occasion d’exposer un état des lieux où chacun peut puiser les informations dont il a besoin et favoriser la coordination partout où c’est possible. Pour sa part, le collectif s’engage à travailler avec les territoires qui le souhaitent. L’objectif est partiellement atteint. Mais notre difficulté reste de « coller à la réalité ». Un travers qui concerne d’ailleurs l’ensemble des organisations.

En dehors des interventions de Lise Caron, Simone Cassette et de Luc Paboeuf, (voir encadrés), les échanges-débats ont mis en lumière l’expression de plusieurs expériences et propositions, toutes ancrées dans la conviction d’une recherche, un service public, pilotée à l’échelle nationale.

Philippe Soulier, ingénieur archéologue au CNRS, syndiqué CGT, rappelle en préambule : « Notre champ de syndicalisation CGT couvre tous les secteurs et toutes les régions. Comment coordonner l’action du collectif Ugict avec les réflexions dans les fédérations ? Que veut-on faire avec la recherche ? Quelle recherche pour quelle société ? »

Pour Thierry Bodin de la CGT Sanofi : « il est important de poser la question de la présence de la CGT dans les structures. La CGT est pour la collaboration, mais pour collaborer, il faut exister.[...] À l’échelle régionale nous devons développer des collaborations et arriver à une meilleure coordination.»

Jean Michel Mierlot, du Ceser Nord-pas-de-Calais (CD-Ugict 62), insiste lui sur le nécessaire décloisonnement, l’échange dans les unions départementales et les régions et pose la question de la nature des rapports entre universités et entreprises.

Décloisonner, échanger, débattre

 

Les interventions démontrent wque des réponses s’amorcent et certaines font état d’expériences bien avancées.
Pour les régions Bretagne et Pays de Loire, nous dira Lise Caron, chargée de recherche au CNRS-Santé, il faut répondre rapidement à la 3S qui voit notamment, dans la formation, un moyen d’accroitre l’employabilité, c’est-à-dire l’investissement des fonds publics dans « la production du capital humain adapté aux domaines de la région ». Elle propose d’organiser une riposte de l’ensemble des organisations CGT sur les projets de ces deux régions, de développer des alternatives aux recherches évincées des laboratoires du système 3S, comme la physique nucléaire ou encore les sciences humaines et sociales Il s’agit aussi d’effectuer une analyse collective des conséquences de ces stratégies.

En Isère, les outils sont déjà en action. À l’échelle du territoire, l’Union départementale a créé le Collectif, recherche, industrie, formation (Collrif), qui offre aux syndicats une structure pour travailler ensemble: université, recherche, CEA, CNRS, industrie... Laurent Terrier, de la Ferc sup Grenoble (UD Isère), résume ainsi son activité : « Nous avons pu analyser l’ensemble du problème. La plate-forme chimie de Grenoble est menacée à court terme, c’est-à-dire d’ici 2 ou 3 ans. La réponse consiste à travailler ensemble pour s’approprier les enjeux ».


Décloisonner, échanger, débattre, prendre en compte la plasticité du territoire en évitant d’en ignorer les dangers, tout en considérant que le temps de la recherche n’est pas celui de l’économie. L’équation n’est pas facile à équilibrer.

Une réflexion partagée par de nombreux intervenants comme Emmanuelle Puissant (ADES-CGT Rhône-Alpes) pour laquelle : « Le travail à partir de projets concrets incite les syndicats, les fédérations à prendre position et même si au départ les positions sont contradictoires. Au bout du compte, des propositions communes se dégagent, notamment en ce qui concerne la fusion des universités [...] Il faut une réflexion commune entre comité régional, membre du Ceser et les unions départementales pour répondre à la question de la qualité des services publics dans les territoires. » C’est en obtenant de nouveaux droits pour les IRP que nous éviterons les catastrophes industrielles, affirme Gaël du Ceser Bretagne, représentante syndicale dans un comité d’entreprise recherche et développement : « Il faut plus de droits pour les salariés pour, par exemple, obtenir la communication des volumes de Crédit impôt recherche et faire des contre-propositions. Dans les pôles de compétitivité, nous n’avons aucun élément. »

Confédéraliser les enjeux

 

De son côté, le pôle « Activités CGT en territoires » veut confédéraliser un certain nombre d’enjeux et construire des mobilisations dans le cadre d’une cohérence nationale et assurer une coordination entre les Ceser et les comités régionaux.

Le pôle se structure autour d’un réseau confédéral pour utiliser les apports de chacun et permettre d’irriguer structures et syndicats. Il œuvre aussi pour la construction d’un stage confédéral sur les enjeux territoriaux et la création d’un blog « Collectif national recherche » pour les documents de référence. Pour Jacqueline Donnedu, responsable du pôle : « Nous devons croiser professions et territoires et associer les syndicats. »

Il ressort aussi des échanges, le besoin de visibilité à l’échelle nationale. Puisque les régions doivent définir chacune les points forts, pourquoi ne pas établir une « cartographie » comparative, occasion d’une mise en cohérence globale car comme souligne Didier Gori : « Sur la question de la prospective scientifique, la régionalisation s’affirme contre la cohérence nationale. On va nous opposer les uns aux autres. »

Toutes les interventions pointent l’atout que représente le champ de syndicalisation de la CGT qui couvre tous les domaines et toutes les régions. Le moment est parfait pour apprendre et travailler ensemble. C’est un territoire à investir et à ne pas laisser aux autres.

Donner des perspectives

 

Sylviane Lejeune, secrétaire nationale de l’Ugict, animatrice du pôle confédéral RESE, conclut ainsi cette journée.
« Le débat n’a pas épuisé les questions, mais souligne le besoin de faire sens. Toutes les interventions convergent sur la nécessité de se donner les moyens et, ensemble, de reprendre la main sur des enjeux qui doivent être appréhendés d’une façon plus construite, mieux partagée sur les territoires.

Le champ des problématiques à traiter est large. Nous devons être en capacité de dégager ce qui nous semble le plus adapté et le plus cohérent à construire pour nous les approprier et dégager des pistes revendicatives.
Financement, finalité, lien recherche- industrie, lien recherche-entreprise, recherche et développement territorial, démocratie sociale, lieux de décision et de pouvoir, recherche publique, emploi scientifique, pôles de compétitivité, offres et contenus de formation, COMUE, compétences régionales, fonds européens ... autant de sujets sur lesquels la CGT doit pouvoir peser à partir d’un travail coordonné entre ses structures et ses syndicats, avec ses représentants des Ceser, avec ses pôles et collectifs diversement organisés, au plus près des besoins. Cette démarche est incontournable pour replacer la recherche dans des perspectives revendicatives plus globales.

Le collectif confédéral Recherche, animé par l’Ugict, travaille dans cette direction et entend, avec l’ensemble des structures, contribuer à donner plus de visibilité, plus de cohérence, plus de maîtrise et d’axes d’intervention et de mobilisation sur ces questions, avec la conviction que le territoire n’a pas vocation à être le terrain de jeu de l’adversaire. Véritable paradoxe, ou somme toute, contradiction qu’il nous faut savoir exploiter pour réinvestir interprofessionnellement ce terrain, la place centrale de la recherche, associée à la notion d’innovation, est constamment évoquée. Elle bénéficie de sommes colossales dont on ne chiffre pas toujours le volume et reste cependant scotchée à 2,2 % et des poussières du PIB. Elle serait partout importante et contiendrait en germe l’issue à tous nos problèmes de croissance. Pourtant ses moyens se trouvent considérablement amputés dans le public, et malgré les financements publics vers le privé, elle se réduit aussi, et sur des créneaux- clés. Elle bénéficie d’un pilotage extrêmement sélectionné sans l’ombre d’un représentant salarié dans les lieux de décision stratégique.
Tout cela ne relève pas de la fatalité.

Situation qui doit nous préoccuper, mais dépassons les constats ! Nous devons pouvoir peser, et cela se construit. Je conclurai en disant que la journée y a contribué et que nous devons nous atteler maintenant à lui donner des suites. »