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Le numérique, l’entreprise et le travail. Quels impacts, quelles perspectives ?

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Le numérique, l’entreprise et le travail. Quels impacts, quelles perspectives ?

Le 28 janvier 2015 se sont déroulées, à Paris, ces nouvelles rencontres d’Options. Près de 200 élus, syndiqués et journalistes y ont participé. Cette journée s’est organisée autour de deux tables rondes « Impacts et défis du numérique » et « Quelles réponses des acteurs sociaux  ?». Un plein succès pour cette initiative de l’Ugict-CGT et de son magazine Options.

Le développement de l’utilisation des technologies numériques, de l’information et de la communication dans les entreprises a non seulement transformé l’environnement et les conditions de travail des salariés, mais aussi le dialogue social.

Une dynamique silencieuse transforme tous les secteurs de l’économie de l’entreprise : sa communication interne ; son management ; les process de production ; le « marketing » et les méthodes de recrutement. C’est toute la chaîne de décisions de la stratégie même de l’entreprise qui se trouve reconfigurée.

A l’échelle macro économique, portées par la globalisation de l’économie, les répercussions prennent des proportions difficilement imaginables et dépassent les instruments classiques de mesure du temps. Ainsi, les algorithmes, créés pour les outils financiers, réagissent à la nanoseconde. Les entreprises supranationales scrutent avec la même célérité les coûts de production, les tendances du marché réagissent en temps réel, aussi bien aux indices de productivité, qu’aux annonces de l’évolution des taux de chômage d’un bout à l’autre de la planète…

 

Numérique : mutation ou révolution ?

En ouverture de ces Rencontres, dans une première séquence « grands témoins », Benoit Thieulin, président du Conseil national du numérique (CNN) a insisté sur la nécessité de réflexions et de débats : « Il n’y a pas de déterminisme technologique » affirme-t-il tout en constatant « que les fondamentaux de l‘économe numérique n’étaient pas durables aujourd’hui ». Il souligne qu’aujourd’hui ce sont les classes moyennes qui seront touchées, c’est-à-dire le fondement de la démocratie.

Pour la Fondation internet nouvelle génération (Fing), Amandine Brugière fait le point sur l’évolution du travail qu’entraîne le développement du numérique : la montée de l’expression au travail, la valorisation de soi, mais aussi l’individualisation de ce même travail. Elle s’interroge aussi sur un modèle fondé sur la contribution et le travail gratuit.

Mohammed Oussedik, responsable des questions industrielles et économiques à la CGT, pose la question du poids social de ces bouleversements sur l’économie, sur la création de valeur et de l’impact sur l’emploi, en rappelant les revendications de la CGT sur les droits transférables, la sécurité sociale professionnelle et le nouveau statut du travail salarié.

 

Impacts et défis du numérique

La première table ronde, animée par Sandrine Foulon, journaliste à Alternatives économiques, a permis à Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l’Apec, de présenter les résultats d’une récente enquête de l’Apec sur les Tic et les cadres. Ils font apparaître l’ambiguité de la relation cadres/Tic qui en facilitant l’activité professionnelle augmentent la charge de travail, l’interpénétration entre vie privée et professionnelle. Des cadres qui dénoncent le manque de reconnaissance professionnelle.

De son côté, Catherine Sauvajol-Rialland, auteure de « Infobésité, comprendre et maîtriser la déferlante d’information » invoque la nécessite d’une logique collective dans le traitement d’une information qui doit faire « son coming out » c’est-à-dire se repositionner en tant que question managériale.

Anne Decressac, directrice du « laboratoire développement RH » de la SNCF, expose les initiatives de la société nationale, dont la direction des ressources humaines a été élue DRH numérique de l’année 2014.

Après de multiples échanges avec la salle, Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de l‘Ugict-CGT, souligne que les deux révolutions industrielles précédentes ont conduit à la paupérisation du prolétariat que seule l’action syndicale a réussi à endiguer. « S’emparer de la troisième suppose de politiser le débat » affirme-t-elle en précisant que la révolution numérique peut être un outil de sortie du capitalisme, un outil de réappropriation de la valeur travail et à l’origine d’un nouveau modèle de développement. Elle estime que le besoin de réflexion devra s’étendre jusqu’au statut de l’entreprise et au droit du travail, encadrer les formes autonomes d’activité.

 

Quelles réponses des acteurs sociaux ?

 

Après un message vidéo d’Eurocadres, présentant l’étude réalisée sur les cadres et les Tic, cette seconde table ronde fut animée par Jean-Paul Coulange, ex-rédacteur en chef de Liaisons sociales.

Bruno Mettling, directeur général adjoint du groupe Orange, assure que l’on peut accompagner la révolution numérique. Il s’agit d’abord d’analyser l’ampleur de la transformation, dans tous les métiers et de préparer les évolutions pour qu’elles « ne soient pas cause de rupture avec l’entreprise » Il prend pour exemple le passeport numérique mis en place chez Orange et qui a séduit plus de 70 000 salariés.

Vincent Berthelot, directeur du Pôle veille stratégique de la RATP, met en avant les résultats positifs de la cartographie des usages et qui a permis de déterminer que les machinistes étaient les plus ouverts au numérique. Il souligne aussi que les RH doivent être leaders pour retravailler la transformation et gérer ses conséquences sur les relations sociales.

Jean-Luc Molins, secrétaire national de l’Ugict-CGT, pose la question : « Comment répondre aux nouvelles formes d’organisation du travail ? La première réponse aux transformations engendrées par le numérique est l’anticipation ». Il s’agit dès à présent de se pencher sur les créations d’emplois que ces modifications du travail vont susciter et pas seulement en quantité mais aussi en qualité. Il faut s’interroger sur la perception du numérique par le management français ou domine le pessimisme, selon une récente enquête. Le secrétaire national souligne que l’Ugict-CGT a déjà entrepris cette réflexion notamment avec sa campagne pour le droit à la déconnexion lancée le 4 septembre 2014. L’objectif étant d’obtenir un cadre réglementaire, sur le respect de la vie privée, le respect des temps de repos, la prise en compte de l’ensemble du temps de travail, avec pour objectif la baisse du temps de travail.

Enfin, il nous fallait au cours de cette journée prendre en compte l’exemple de l’Allemagne, pour la bonne cause cette fois-ci. Verena Dohna-Jäger, d’IG Metall, nous a ainsi expliqué les mesures mises en place par BMW ou encore Volkswagen, des solutions quelquefois drastiques de déconnexion avec interdiction d’envoi de mail après 17 heures en semaine, le week-end, voire obligation de déposer son portable ou encore fermeture des serveurs. « En Allemagne, quand une entreprise oblige ses cadres à travailler en dehors de heures de travail, c’est son mode de management qui doit être remis en cause » constate-t-elle sans sourciller.

C’est à Marie-José Kotlicki que reviennent les conclusions de ces Rencontres.

Pour la secrétaire générale de l’Ugict-CGT, « nous sommes face à un changement de société et de civilisation et tous les acteurs sont concernés », mais tous ne sont pas consultés à l’instar des organisations syndicales, une fois de plus déplore-t-elle. Pour l’Ugict-CGT, la garantie de la liberté d’utilisation des outils numériques passe par le respect du temps de travail : « Il est temps pour l’entreprise de s’engager sur des mesures concrètes ».
Marie-José Kotlicki souligne aussi les risques d’une nouvelle forme de dumping social et la nécessité d’encadrer toutes les formes d’emploi atypiques.

La secrétaire générale pointe d’autres problématiques soulevées par cette révolution numérique comme la captation de la valeur ajoutée par certaines niches qui utilisent des infrastructures publiques sans y participer et multiplient les inégalités entre territoires et populations. Ces « nouveaux modèles » posent aussi la question de la juste rémunération du travail à sa juste valeur.

Marie-José Kotlicki réaffirme la nécessité de nouveaux droits pour permettre aux salariés d’intervenir sur cette question. Le premier étant le droit à a déconnexion. Pour la secrétaire générale de l’Ugict-CGT, tout commence aujourd’hui.

 

De nouvelles initiatives

  • Le 17 Juin avec une journée de mobilisation sur les enjeux du travail qualifié ;
  • Une interpellation de Michel Sapin pour mener une étude d’impact et la construction de nouveaux indicateurs pour lutter contre le travail dissimulé.
  • la rédaction avec d’autres organisations d’une plateforme syndicale à vocation européenne (avec Eurocadres).
  • La saisine du Conseil économique social et environnemental (CESE) pour la rédaction d’un rapport ou d’un avis sur les conséquences du numérique.
  • L’Ugict-CGT constitue un groupe de travail sur le numérique, les espaces industriels et de services.

 

Un compte rendu détaillé figurera dans le numéro d'Options de février 2015.

Nous vous donnons rendez-vous le 15 octobre 2015 pour de nouvelles Rencontres d’Options.                

Publié le vendredi, 30 janvier 2015 dans Cadres Infos à télécharger ici en .pdf