Menu

Les métiers ont-ils un sexe  ?

Les métiers ont-ils un sexe  ?

On peut répondre de deux façons à cette question. Les métiers n’ont pas de sexe dans le sens où les talents et aptitudes sont également distribués entre filles et garçons, femmes et hommes, de sorte qu’ils peuvent être exercés par les unes ou par les autres. En revanche, ils ont un sexe quand on voit à quel point les femmes sont concentrées dans un petit nombre de métiers. 

lundi, 13 avril 2015 | Cadres Infos numéro 716à télécharger ici en .pdf
Imprimer

La lettre .info

Synthèse de la soirée débat du même nom organisée par l'Ugict CGT le 24 mars 2015

Cette ségrégation professionnelle existe dans nos catégories (cf. encadré), même si le phénomène est moins marqué que dans d’autres catégories et qu’il a tendance à se réduire. La non-mixité des métiers, appelée aussi « ségrégation horizontale », se double d’une ségrégation dite verticale pour désigner le fait que plus on monte dans la hiérarchie de l’entreprise ou de l’administration, plus les femmes se raréfient. En cause dans les deux cas : les stéréotypes sexués qui renvoient les femmes à une prétendue « nature féminine » qui les prédisposerait à exercer des métiers mettant en jeu des qualités qui leur seraient « naturelles » d’empathie, de soin, d’attention aux autres, etc.

Cette soirée s’est articulée autour de trois interventions complémentaires visant à étayer les causes du phénomène, à en présenter les conséquences pour le marché du travail et à présenter les résistances à la montée en mixité et les stratégies mises en œuvre par les femmes pour les contourner.

Des inégalités qui se construisent à l’école

Françoise Vouillot (voir encadré), psychologue et chercheuse, a exposé la construction des stéréotypes de genre par notre système éducatif, le genre n’étant pas une « théorie » contrairement à ce qu’assène la Manif pour tous mais un système de normes hiérarchisées et hiérarchisantes. Qualifiée de « fabrique des différences », l’école tricote les inégalités en amont du marché du travail et serait responsable à 60 % de ces dernières – symétriquement, cela signifie que la ségrégation professionnelle serait imputable à 40 % au marché du travail lui-même (http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/donsoc06s.pdf).

Dans un second temps, Françoise Milewski, économiste à l’OFCE, a détaillé les conséquences de la non-mixité sur l’emploi, le chômage et les salaires. Elle revient notamment sur un paradoxe souvent dénoncé : plus diplômées, elles restent minoritaires dans les professions à responsabilités.

Du pont à la salle des machines

Enfin, Jasmina Stévanovic, docteure en sociologie, nous fait part des résultats de son étude sur les officières de la marine marchande. Dans cette profession construite essentiellement sur des codes masculins, l’arrivée des femmes suscite méfiance, voire hostilité. Un quotidien souvent difficile à vivre. La polyvalence du métier (commandement et activité mécanique) oblige les officières (ingénieures diplômées) à fréquenter la salle des machines que les hommes considèrent comme un domaine réservé et n’hésitent pas à qualifier de provocation leur présence, tout en dénonçant leur manque de féminité. 

Leurs carrières sont souvent amputées et elles sont aussi victimes du regard social des autres : elles sont suspectées, à cause de leurs longues absence de ne pas remplir leur rôle de mère ou… d’épouse.

Il est nécessaire d’agir sur plusieurs fronts

Les échanges avec les participant-e-s ont porté sur les moyens de faire changer les choses. Plusieurs fronts sont à investir de concert. Clémence Helfter, responsable du collectif égalité femmes-hommes de l’Ugict, insiste sur le rôle de la négociation d’entreprises et de branches, Françoise Milewski sur celui des politiques publiques qui doivent s’attaquer à la fois aux causes et aux résultats de la non-mixité. Au total, la mixité des métiers est une condition nécessaire mais non suffisante de l’égalité professionnelle et salariale.