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les mots des maux

les mots des maux

Souffrance au travail, mal-être, risques psychosociaux, violence au travail, stress... Que se cache t-il derrière ces maux ? Comment ont évolué les mots pour exprimer (ou dire) les difficultés des travailleurs ? Quels sont les vrais enjeux de ces différentes terminologies ?

vendredi, 17 février 2012 | Cadres Infos numéro 690à télécharger ici en .pdfrenjith krishnan / FreeDigitalPhotos.net
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La lettre .info

Souffrance au travail


Depuis les années 1980, on parle de stress au travail, voire de bon stress. C’est la maladie des cadres, de la classe supérieure. Elle est le marqueur d’efforts intellectuels. Dès 1990, des alertes de harcèlement moral sont remontées par les médecins et inspecteurs du travail. Le terme a été vulgarisé par l’ouvrage de la psychiatre Marie-France Hirigoyen, sorti en 1998 et le législateur retiendra sa définition dans le Code du travail en 2002. A partir de 2005, sera reconnue également la notion de violence au travail.
Harcèlement moral et violence au travail sont des délits qui mettent directement l’entreprise en défaut. Le salarié n’a aucune responsabilité, c’est une victime de l’organisation et des pratiques de l’entreprise.

L’absence de soutien social, de solidarité, de contre-pouvoir dans l’entreprise joue également un rôle, à la fois sur la survenue de ces violences et sur la capacité des salariés à y faire face.
Très vite, en 1995, une nouvelle notion s’impose : la souffrance au travail. Bien qu’il s’agisse d’une dépression réactionnelle professionnelle en lien avec les contraintes organisationnelles et sociales de l’entreprise, la souffrance au travail est considérée comme une maladie, ni médicale, ni psychiatrique mais existentielle. Son caractère multifactoriel ne permet pas de distinguer ce qui est subjectif de ce qui est objectif. L’empathie est souvent la seule réponse à ce mal.

Dans son ouvrage «Souffrance en France: la banalisation de l’injustice sociale» paru en 1998, Christophe Dejours, psychiatre et psychanalyste, dénonce sous cette terminologie les rouages d’un système pathogène.



Les risques psychosociaux

Le dernier acte se joue depuis les années 2000. Les risques pyschosociaux. Selon le ministère du travail, de l’emploi et de la santé, ce terme recouvre des risques professionnels d’origines et de nature variées, qui mettent en jeu l’intégralité physique et la santé mentale des salariés et ont par conséquent un impact sur le bon fonctionnement de l’entreprise. Et ajoute qu’ils sont appelés «psychosociaux» car ils sont à l’interface entre l’individu et sa situation au travail.
Comme l’explique Corinne Delmas, le succès de la formule s’explique d’une part par sa neutralité qui ne tranche pas entre le psychisme et le social et ,d’autre part par sa coloration scientifique.

C’est d’ailleurs la dénomination qui est retenue par le milieu politique, syndical et celui des consultants (qui en fait ses choux gras).Elle est confirmée par l’OMS. Pourtant, la notion de «risque» représente un fait potentiel et non avéré.
Le consensus autour de cette terminologie est certes un atout pour le dialogue social, mais son succès auprès du Medef relève aussi d’une autre stratégie : le « risque » est une notion de gestionnaire, à laquelle on peut donner une valeur.
En 10 ans, on est passé d’un concept où la responsabilité exclusive de l’entreprise était engagée à un concept flou et neutre.

Cependant, la notion de stress (ou Burn-out) perdure. Elle est comprise aujourd’hui avec une approche biologique de la santé. Son caractère individuel met sous silence , et les causes organisationnelles et les efforts que l’individu doit faire pour s’adapter. On estime que le stress a un coût compris entre 2,6 et 3,6 % du PIB de la France.
En réalité c’est de «risques organisationnels» dont on parle. L’instabilité des organisations liée à la financiarisation, à la rentabilité (centres de coûts, centre de profits) ou aux changements économiques et techniques, l’accélération de ces changements , les exigences des actionnaires, le néo management et l’influence des conseils (cabinets, experts, normes) génèrent une intensification du travail, une perte du sens du travail, une détérioration du climat de travail avec comme conséquence une dégradation de la santé des salariés.
Depuis 1990, ces maux ont remplacé la question des conditions de travail...