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Révolution numérique : quatre axes pour ouvrir le débat sur le travail

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Révolution numérique : quatre axes pour ouvrir le débat sur le travail

L’Ugict-CGT présente ses propositions précises autour de ces quatre priorités à l’occasion des Rencontres d’Options du 21 octobre 2015 et interpelle le gouvernement pour que la loi sur le numérique ne soit pas une nouvelle loi de dérèglementation généralisant le modèle low cost, mais pose les bases du modèle social du 21ème siècle, permettant d’ouvrir un nouveau cycle de progrès sociaux, économiques et environnementaux.

1. Pour garantir l’emploi la révolution numérique exige une réduction massive du temps de travail et un investissement dans la formation

Les analyses prospectives1 démontrent que d’ici 20 ans, c’est plus de 42 % des métiers qui seront impactés par le numérique, l’automatisation et la robotisation. Après la casse de l’outil industriel et la suppression de milliers d’emplois d’ouvriers depuis le 1er choc pétrolier, ce sont maintenant les emplois intermédiaires qui sont concernés, avec 3 millions pouvant être détruits d’ici à 2025. Le seul moyen de renouer avec les créations d’emplois est donc de lier la révolution numérique à une réduction massive du temps de travail hebdomadaire, et sur la vie toute entière.
Les études prospectives démontrent que l’emploi sera polarisé entre des emplois d’exécution non automatisables et des emplois très qualifiés, exigeant autonomie, créativité… Ceci exige donc un effort massif de formation, initiale comme continue, une réelle Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (qui sorte du simple accompagnement des restructurations et de la gestion des départs) au niveau des territoires et des filières d’emploi, et une rémunération des qualifications ainsi acquises.

 

2. La révolution numérique nécessite la mise en place d’un Nouveau Statut du Travail Salarié ainsi qu’une définition étendue de l’entreprise

Le patronat utilise le numérique pour contourner la protection sociale dont bénéficient les salariés, et multiplie les nouvelles formes d’emploi, à l’image des chauffeurs d’Uber. Le nombre d’autoentrepreneurs, notamment chez les jeunes et les salariés qualifiés, ne cesse d’augmenter et atteint 1 million en 2014. Les actions de groupes lancées aux Etats-Unis par les travailleurs d’Uber et de Homejoy2 démontrent que malgré l’autonomie supplémentaire, le lien de subordination existe bel et bien. Un Nouveau Statut du Travail Salarié doit être mis en place, permettant d’assurer au niveau interprofessionnel à la fois les droits et la protection sociale et de reconnaître et protéger l’autonomie des salariés. De même, le numérique, parce qu’il supprime les limites spacio-temporelles, est utilisé pour fractionner l’entreprise en multipliant les sous-traitants et les filiales. Ceci exige donc d’adopter une nouvelle définition de l’entreprise, créant des solidarités avec l’ensemble de ses prestataires et sous-traitants.

 

3. La révolution numérique exige de nouvelles garanties sur le temps de travail et la santé des salariés ce qui implique un changement profond du management

Le numérique crée une nouvelle porosité entre la vie privée et la vie professionnelle, ce qui nécessite, pour protéger la santé des salariés, de mettre en place de nouvelles protections. L’Ugict-CGT revendique un droit à la déconnexion, avec des trêves de mail durant les temps de repos, ainsi qu’un encadrement strict des forfaits jours, qui contribuent à l’explosion du temps de travail des cadres. Une négociation obligatoire sur l’utilisation des outils numériques doit être mise en place dans l’entreprise pour permettre un nouveau management valorisant le travail d’équipe et donnant aux salariés qualifiés les moyens d’exercer leurs responsabilités avec une vraie autonomie.

 

4. La révolution numérique nécessite des garanties sur les libertés

À l’origine outil d’ « empowerment », le numérique est utilisé comme outil de surveillance de masse par les états (écoutes de la NSA révélées par Edward Snowden et Julian Assange) comme par les entreprises. L’utilisation des data par les entreprises doit être encadrée, le droit à l’oubli doit être effectif pour garantir notamment la non-discrimination à l’embauche, comme l’a souligné le récent rapport du Conseil National du Numérique3.

 

Publié le jeudi, 01 octobre 2015 dans Cadres Infos numéro 721à télécharger ici en .pdf