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Un plaidoyer pour les sciences sociales (soirée débat)

Un plaidoyer pour les sciences sociales (soirée débat)

Pour une fois, la soirée débat ne fut pas dédiée à un auteur et à son ouvrage, mais à un collectif qui rassemble 550 chercheurs en sciences sociales. Non seulement ils veulent nous sensibiliser à l’étranglement silencieux de ces matières que sont l’histoire, la sociologie, l’économie, dans l’enseignement, mais aussi construire et diffuser une pensée critique. Pour cette soirée, Rémy Lenoi et Bernard Lacroix membres-créateurs du collectif furent leur porte-parole (Les membres créateurs du collectif sont Willy Peltier, Bernard Lacroix et Rémy Lenoir). Ce débat s’est déroulé en marge du Conseil national de l’Ugict des 14 et 15 novembre 2013, autour de la publication du manifeste "la connaissance libère".

jeudi, 12 décembre 2013 | Cadres Infos à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Les travaux des sciences sociales ont de plus en plus de difficultés à être diffusés notamment la sociologie critique. En économie, se sont les « économistes atterrés » qui sont la cible. Ces disciplines ne sont pas les seules, l’histoire, la sociologie, la science politique, la linguistique sont aussi concernées.

Sur 50 000 enseignants du supérieur 550 ont signé le manifeste, malgré l’absence de scientifiques. Pourquoi ce collectif ?  Rémy Lenoir nous donne sa réponse : « Notre objectif : défendre le travail intellectuel critique de chercheurs qui refusent la pensée unique le  néo libéralisme. En sociologie, tous les chercheurs qui utilisent les outils d’analyse d’inspiration marxiste sont ignorés car ils travaillent sur le fonctionnement du monde social, aujourd’hui et maintenant. » Restait au collectif à trouver le moyen de continuer à diffuser les travaux universitaires. Les Editions du Croquant et de La Dispute ont accepté de se faire le relai des raisons de la révolte, pour pérenniser une recherche qui disparaît au profit de la recherche appliquée pilotée par les entreprises. Le collectif s’est aussi fixé comme objectif de partager le savoir et de mettre en relation les chercheurs et les personnes intéressés par ces recherches.

Des chercheurs mis en concurrence

« Comprendre le développement des inégalités sociales ne suffit pas, notre idée est de convaincre et pas seulement de diffuser vers le public et de partager son savoir digne d’être reconnu pour élaborer ensemble un savoir critique» argumente Rémy Lenoir. Pour le collectif, il s’agit aussi de participer à la formation des cadres syndicaux, à l’Université ou dans les instituts de sciences sociales, du travail, pour une diffusion de la sociologie critique. « Pour nous, il s’agit d’inventer une nouvelle formule pédagogique, développe Rémy Lenoir, on peut partir de l’expérience des salariés, élaborer un savoir critique, à raison de 3 séminaires de 2 heures en collaboration avec les syndicats par exemple. Repenser notre savoir faire en fonction du public sur des thèmes aussi divers que la mobilisation, les seniors, les rapports sociaux dans le monde du travail, les négociations, le service public. Il s’agit de créer des lieux de discussion pour le public et certaines thèses méritent d’être lues.»

Le débat s’est engagé avec la salle sur l’évolution de la recherche et du rôle des chercheurs au sein de l’Université et des rapports entreprise/université.

Bernard Lacroix et Rémy Lenoir déplorent la mise en concurrence des chercheurs entre eux et pointent la contradiction entre l’individualisation de la recherche et son caractère collectif : « Une situation difficile pour les jeunes ». Ils constatent aussi le financement de la recherche fondamentale par les entreprises privées. « Les profs sont consultants auprès des banques. »

Ne pas être expulsé des sciences sociales

Aujourd’hui, l’enjeu interne consiste à défendre l’autonomie des enseignants et la production universitaire face aux pressions d’ordre économique et politique. La question est posée : comment ne pas être expulsé des sciences sociales ?

Il serait intéressant que les chercheurs soient en prise directe avec les luttes. Il pourrait y avoir des rencontres intéressantes.

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« Manifeste, la connaissance libère » Collectif. Champ libre aux sciences sociales. Editions du Croquant la Dispute. Mai 2013 64 pages. 5 €