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Professions techniciennes et intermédiaires : construire une identité

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Le 11 mars 2014 s’est déroulée une demi-journée d’étude sur les professions techniciennes et intermédiaires : quel référentiel revendicatif interprofessionnel ? Après un travail sur la définition, des perspectives revendicatives sont apparues. Cette initiative a servi de base à une table ronde au cours du 17ème Congrès de l’Ugict.

lundi, 07 juillet 2014 | Cadres Infos numéro 709 à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Les professions techniciennes, plus de 25 % du salariat, soit environ 5,5 millions de salariés, dont 1,2-1,5 million dans la Fonction publique (avec 80 % de femmes dans la Fonction publique hospitalière), développent une réelle dynamique revendicative. Cependant, c’est aussi dans ces catégories que fleurissent les luttes catégorielles et corporatistes.

Les techniciens du secteur privé et du secteur public s’agrègent dans un groupe polymorphe, en une constellation de professions
bien définies par les conventions collectives et les classifications. Mais ils restent ni ouvrier/employé, ni cadre.

« L’un de nos défis consiste à sortir d’un brouillard entretenu, à travailler une définition constructive de cette catégorie », insiste Sylviane Lejeune.

Tout en conservant un accès interne et vertical dans certaines filières et fonctions, les diplômés n’en constituent pas moins une part importante des embauches avec pour conséquence une augmentation des qualifications initiale et continue.

 

Touchés de plein fouet par les transformations du travail

Les transformations, notamment des procédures normalisées, qui appauvrissent le contenu du travail et son sens, les concernent en premier chef. Il en résulte une interpénétration des dimensions managériale, technique, commerciale et administrative (Cf. C. Guitton, Céreq) qui invalide partiellement la catégorisation statistique (de l’Insee) des « professions intermédiaires » et accroît la tendance à la polyvalence fonctionnelle des emplois.

Ils subissent un déclassement par la non-reconnaissance des qualifications à l’embauche et dans le déroulement de carrière. Leur rôle, leurs missions, donc leurs parcours professionnels, sont bousculés par le développement des nouvelles technologies.

C’est un déclassement durable, fabriqué à partir de contrats précaires et de salaires étriqués pour les jeunes diplômés et les femmes, de plus en plus nombreuses et de plus en plus diplômées... La dévalorisation de la technicité est un fait.

Leur place centrale et leur polyvalence croissante, dans l'organisation du travail, les positionne aujourd'hui au coeur des tensions.

Ces tensions ont des incidences non seulement sur les conditions de travail, mais aussi sur les dynamiques identitaires : complexification et multiplication des tâches et compétences sollicitées ; autonomie insuffisante ; une perte du cœur de métier, du sens de leur travail, compétences techniques de moins en moins sollicitées.

 

Les identités de métiers deviennent donc l’enjeu clef

Comment préserver ces identités et les défendre en les liant à la valorisation et la revalorisation de la technicité ? Il faut savoir s’en servir, mais sans les dépasser.

La lutte des sages femmes illustre cette problématique : soit on isolait les sages-femmes du salariat et de leurs repères collectifs, soit on les inscrivait dans une reconnaissance et on maintenait cette reconnaissance.

Comment soutenir des mobilisations et faire émerger des luttes revendicatives sans nier la cohérence et la convergence avec le reste des professions et l’ensemble du salariat?

Notre syndicalisme a un rôle décisif à jouer sur cette question.

Nous avons besoin de creuser cet aspect des repères collectifs et de l’identité des métiers, de multiplier les luttes pour sortir d’une impasse pour conquérir une identité globale.

L’histoire du mouvement ouvrier montre qu’il y a un lien entre la reconnaissance identitaire et les acquis sociaux.

 

Les responsabilités de l’ugict dans ces professions

Nous avons besoin de travailler sur la spécificité des techniciens. Notre investissement dans les IUT, DUT, BTS, la licence professionnelle doit se poursuivre ainsi que la revendication d’une filière technologique du supérieur qui valide et renforce l’identité de ces professions pour redonner un appui solide à la revendication de la technicité et de la reconnaissance de la classification.

Les titulaires de BTS, DUT et Licences Pro accèdent plus facilement à l’emploi que les formations générales. Ils affichent le même profil de réussite que les ingénieurs des écoles. Ainsi, nous devons maintenir la revendication d’une formation de qualité et reconnue dans les conventions collectives et les classifications et dans l’emploi.

Il s’agit :

  •  de sortir des impasses catégorielles qui nuisent à la reconquête d’une identité technicienne ;
  •  d’envisager, pour lutter contre le déclassement pour chaque catégorie des professions techniciennes, des déroulements de carrière correspondant à leur qualification ; de promouvoir l’idée d’une promotion durable avec, dès l'embauche, un emploi et un salaire correspondant à leurs qualifications et la perspective d’un passage cadre ou sinon une véritable évolution ;
  •  de valoriser l’originalité mais aussi la proximité des aspirations techniciennes avec celles des cadres en matière : d’intérêt et d’investissement dans le travail ; d’autonomie dans le travail ; de moyens et de droits pour exercer leur responsabilité (sont aussi de plus en plus justiciables) ;
  •  de réfléchir, dans le cadre du Nouveau statut de travailleur salarié (NSTS), à un statut de technicien, des professions techniciennes et d’élargir par exemple les attributions de l’Apec aux techniciens (Bac +2 et Bac+3) ;
  •  d’élargir le périmètre aux Bac +2 et +3 car l’Ugict défend le maintien du BTS et du DUT en plus du LMD.

Ces revendications supposent de consolider la place des techniciens dans les organisations. Elle doit se traduire par techniciens dans la CGT et non pas se définir comme ni ouvrier, ni cadre.

Il nous appartient d’appréhender leurs repères revendicatifs et leurs garanties collectives.

 

Les professions techniciennes doivent être désormais visibles

Nous avons besoin d’une appellation précise :

  • Il faut garder l’idée de la technicité et donc garder le mot technicien.

L’idée de la création d’un pôle des professions techniciennes avait été avancée. Comment ensemble fait-on vivre un pôle professions techniciennes ? Un ou une référent(e) par organisation ? Ou plus ?

Nous avons besoin d’actualiser une photographie des professions techniciennes en 2014 (les derniers chiffres datent de 2006-2009)

Il faut travailler sur l’enjeu représentativité de ces catégories

  •  Faire entendre leur représentativité dans des lieux où l’on a des élus.
  •  Ne pas oublier le scrutin global du 4-12-2014 dans la Fonction publique (Plus d’un million d’agents de la FP relèvent de ces professions).
  •  Nous devons répondre à un certain nombre de questions et nous engager dans un travail durable.
  •  Après cette journée, la prochaine échéance sera celle du congrès avec une table ronde sur cette thématique.
  •  Il est urgent de travailler à une plate-forme revendicative (voir dans le dossier Profession ingénieur ou Charte des cadres). Il y a beaucoup d’éléments dans le statut de 1994. (Cf. le document 10 priorités pour les techniciens).
  •  Faut-il réaliser un document de 4 pages pour le congrès ? Et si oui quel contenu lui donner ?
  •  Quels besoins des unions fédérales ?
  •  Envisager une initiative revendicative sur une concentration de techniciens.

 

Les définitions des techniciens données par l’UGICT :

En 1994 : « Salariés aptes à mettre en œuvre de façon autonome des techniques complexes ».
En 2010 : « Salariés aptes à mettre en œuvre une technique complexe sociale, commerciale et industrielle ».

Site du congrès : (Table ronde n°2)
Professions intermédiaires techniciens : quelles reconnaissances et perspectives d’évolution ?