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Recherche et transition énergétique : au-delà des constats

Recherche et transition énergétique : au-delà des constats

Au moment où les chefs d’États européens, réunis à Bruxelles, ont trouvés un accord sur une baisse de 40 % des émissions de gaz à effet de serre entre 2020 et 2030, les chercheurs du collectif confédéral CGT Recherche, Enseignement supérieur et Emploi (RESE) organisaient, le 21 octobre 2014, une journée d’étude sur le thème  : « La recherche, un enjeu pour la transition énergétique ». Une réflexion intense pour des participants volontaires.

jeudi, 30 octobre 2014 | Cadres Infos numéro 711à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Plus de 70 participants ont répondu présents à cette initiative organisée par le collectif confédéral Recherche CGT, animée par son UGICT avec la participation de plusieurs fédérations et UFICT, de représentants des CESER et de nombreux intervenants. Cette journée s’inscrit dans le prolongement du document d’orientation, adopté par le 50ème Congrès de la CGT qui affirmait : « La lutte contre le réchauffement climatique exige des politiques publiques très volontaristes et de gros efforts de recherche et développement. »

 

Un projet de loi furtif

Actualité oblige, l’adoption en catimini, du projet de loi dite de transition énergétique à l’Assemblée nationale, le 14 octobre dernier, sans réel débat démocratique, et son examen par le Sénat prévu en janvier et février 2015, ne pouvaient que susciter des doutes  légitimes.

Pour la CGT, la transition énergétique, dans l’optique du droit à l’énergie pour tous, doit d’abord être une réponse aux besoins. Et aujourd’hui, la France compte 11 millions de précaires énergétiques (150 millions en Europe). La CGT considère aussi que les sources d’énergie sont un bien commun et doivent être garanties collectivement. Elle suit aussi le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans ses conclusions qui démontrent la responsabilité des activités humaines dans le phénomène de l’effet de serre.

Il faut donc rechercher l’efficacité énergétique sur les secteurs consommateurs d’énergie : le logement (500 000 logements insalubres en France), les transports (absents dans la loi), mettre en place les conditions d’une relocalisation des activités économiques et un changement de paradigme sur la conception même des choix urbanistiques. Mais la recherche est plombée par le paradigme européen de l’austérité.

Pourtant, la question de la production d’énergie est intimement liée aux travaux de la recherche : solutions de stockage de CO2, introduction dans le bouquet énergétique des énergies renouvelables en fonction de leur maturité... Quant à la pérennité de l’énergie nucléaire (y compris la génération 4), elle doit rester soumise à l’impératif de la maîtrise publique, y compris dans le domaine de la sous-traitance.

Le tout dans le cadre de l’Agence européenne de l’énergie puisque la question dépasse largement le cadre-franco français.

Face à l’incohérence de la loi de transition énergétique, les critiques des participants furent pertinentes. Les grands objectifs annoncés : diminution par 2 de la consommation d’énergie, division par 4 des émissions de gaz à effet de serre en 2050, de 30 % de l’utilisation des énergies fossiles en 2030, etc. L’ensemble de ces mesures sont incompatibles avec une ré-industrialisation, une démographie toujours croissante et la montée en puissance des « nouvelles technologies » gourmandes en énergie.

La CGT conteste aussi la remise sur le marché des concessions des barrages hydrauliques. Enfin,la loi instaure de fait une régionalisation de l’énergie avec la création de sociétés publiques locales. L’autonomie régionale énergétique se construit ainsi avec toutes les inégalités géographiques que ce choix suppose.

 

Sous-investissement dans la recherche

Que peut la recherche dans cette démarche essentielle ? Si elle reste le moteur de la transition énergétique, le contexte de sous-investissement dans son volet industriel, la réduction des moyens de la recherche publique dans les organismes, les universités et les EPIC (Établissement Public à caractère Industriel et Commercial) compromet objectivement les réponses qui seront apportées notent les participants.

Si la France bat des records pour les aides publiques aux entreprises, la part du PIB qui leur est consacrée n’atteint toujours pas l’objectif de Lisbonne des 3 %.

De plus, la situation de l’emploi scientifique devient de plus en plus critique comme le prouvent les nombreuses interventions.

Poser la question de la transition énergétique, de la recherche qui lui est liée, revient à s’interroger sur les formes et les finalités de la production: « La régulation de l’énergie par le marché peut-elle perdurer ? ». Cette question reste au centre des débats.

Au cours de cette journée, l’hypothèse de l’arrêt du nucléaire fut abordée. Cette question est loin de faire l’unanimité et le problème lancinant des risques reste posé. Cependant, tout le monde s’accorde sur la nécessaire maîtrise de la sécurité nucléaire, tout en pointant également la rupture d’équilibre que représenterait la réduction trop rapide de cette énergie.

Cette journée d’étude ne s’est pas contentée d’établir un constat.

L’échange des informations sectorielles, l’analyse par syndicats furent utiles à tous pour tracer des perspectives revendicatives. Ces états des lieux s’appuient sur des luttes en cours qui fédèrent un mouvement dans une même orientation : la lutte du secteur ferroviaire contre l’ouverture à la concurrence au printemps dernier, comme les mobilisations en cours dans le transport, celle des pilotes d’Air France contre le développement du low-cost, celle des chercheurs pour l’emploi scientifique…

Elles posent la question de la finalité du travail, de la nécessaire valorisation du travail, de la reconnaissance de l’emploi, et tout particulièrement de l’emploi qualifié.

 

Perspectives revendicatives

La question de l’engagement, de l’expertise, du respect de la qualité ouvrent bien entendu la question de la valorisation de la recherche, sans oublier le problème de l’attractivité des carrières scientifiques dans notre pays.

Le collectif Recherche CGT, animé par l’Ugict-CGT, a déjà travaillé un ensemble de propositions sur les besoins de la recherche, en lien avec le développement. Le collectif produit régulièrement des analyses et réfléchit à des perspectives revendicatives qui méritent d’être plus partagées, discutées…


Toutes les interventions suivantes sont en ligne dans l'article "Actes du colloque"

  • Introduction : La recherche, enjeu pour la transition énergétique, par Dominique Ghaleb, Collectif RESE-CGT.
  • Le paysage de la recherche, par Daniel Steimetz, Collectif RESE CGT.
  • Transition énergétique : de quoi parle-t-on ? par Marie-Claire Cailletaud, CGT.
  • Le financement énergétique, par Michael Wicke, Fédération des finances
  • Les enjeux de la recherche, par Serge Vidal, FNME.
  • Recherche, enjeu pour la transition énergétique, par Sylvain Delaître (coordonnateur) FNTM.
  • Quelle place pour la recherche SHS dans la question de la transition énergétique ? par Philippe Soulier, Collectif RESE-CGT
  • Conclusions par Sylviane Lejeune secrétaire nationale Ugict Collectif RESE-CGT.