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Rencontres d'Options : le numérique et le travail

Rencontres d'Options : le numérique et le travail

Les Rencontres d’Options qui se sont tenues le 21 octobre 2015 ont mobilisé plus de 160 participants, militants, syndiqués, simples salariés. Un succès annoncé dans la mesure où le thème du numérique et du travail cristallise, à juste titre, toutes les attentions. Les enjeux s’avèrent énormes et les échéances immédiates. Ouvrir les débats est une urgence pour tous les salariés… et les non- salariés.

vendredi, 30 octobre 2015 | Cadres Infos numéro 722 à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Pour Marie-José Kotlicki : « Nous avons franchi un cap. Le thème du numérique était très ambitieux car il débouche sur une question essentielle : quel modèle économique, social et environnemental voulons-nous construire ? ». Les Rencontres d’Options ont montré que la révolution numérique concernait toutes ces dimensions et qu’elle pouvait soit entraîner un rebond industriel pour articuler progrès social et technologique, se traduire par l’émergence d’un nouveau modèle collaboratif et d’une économie de partage, décarbonnée, soit aggraver le décrochage de l’industrie et ne devienne prétexte à la remise en cause des fondements de notre modèle social.

L’objectif de cette journée fut de donner aux militants, aux syndiqués, aux salariés présents des éléments qu’ils portent au débat du numérique dans leurs branches, leurs entreprises, dans les professions, dans les territoires et ainsi réfléchir à des dispositions pour orienter le sens de la transformation numérique.

Les tables rondes, avec des personnalités de la société civile, de l’économie collaborative, du Conseil national du numérique, des syndicalistes étrangers, ont permis l’expression de visions différentes qui se sont enrichies et convergent, y compris sur le volet « uberisation » de l’économie. « Ce qui a donné du souffle à ces rencontres et a ouvert des perspectives » constate la secrétaire générale de l’Ugict-CGT.

« Nous ne versons ni dans le fatalisme technologique et la fin du salariat, sans garanties collectives, ni dans le repli sur soi et le rejet du progrès technologique. L’objectif de ces Rencontres était l’appropriation par chacun de la dimension des transformations induites par le numérique, pour que chacun prenne un peu de recul et amène des éléments pour nourrir le débat avec les ICT, premiers vecteurs et utilisateurs du numérique. Nous avons ouvert cette troisième voie, contrairement à ce que veulent Emmanuel Macron et le Medef sur l’économie du numérique, c’est-à-dire enterrer certains aspects du rapport Mettling » conclut Marie-José Kotlicki.

Le travail va se poursuivre avec l’ensemble des organisations syndicales pour nourrir la réflexion de toute la CGT et aussi de se déployer parmi les ICT.

Ces Rencontres d’Options sont un succès.

 

Les quatre axes de développement du débat

La révolution numérique est déjà engagée. Elle va s’amplifier, à la différence des révolutions antérieures, se dérouler sur une décennie au lieu de plusieurs siècles pour les précédentes révolutions industrielles. Elle induit des changements dans les rapports au temps, mais aussi au pouvoir et à la démocratie ; elle impacte le tissu économique, social et environnemental.

L’Ugict-CGT propose d’ouvrir le débat avec les ICT autour de quatre axes.

1. Le respect du temps de travail légal et sa réduction effective

Les forfaits-jours. En dix ans, nous avons marqué des points : condamnation de la France pour non-respect de la santé des travailleurs par le Conseil des droits sociaux européens, actions en justice et reconnaissance de l’illégalité des accords forfaits-jours dans plusieurs branches professionnelles et, dernièrement, le gouvernement a été contraint de réécrire la loi sur les 35 heures pour encadrer les forfaits-jours.

L’Ugict-CGT va proposer des amendements à la loi pour faire respecter le temps de travail légal, la santé des salariés et limiter son périmètre aux cadres autonomes dans l’organisation de leur travail et au plan décisionnel.

Le principe d’un droit à la déconnexion est acquis, mais suppose une réorganisation du travail, une amélioration des conditions de travail, son décompte horaire, donc des négociations dans les branches professionnelles et non de simples chartes d’intention sur le « devoir de déconnexion ».

Ces propositions s’inscrivent dans la campagne de la CGT pour une réelle réduction du temps de travail à 32 heures.

2. La construction d’un management alternatif

La personnalisation croissante des services implique de favoriser l’autonomie, la créativité, le rôle contributif de l’encadrement. Elle pousse à changer les logiques managériales et le rôle du manager.

Il faudra donner aux managers, aux ICT, des moyens pour exercer leur responsabilité sociale à travers l’expression de leur éthique professionnelle, le droit de refus et d’alternative, le droit d’être un lanceur d’alerte sans sanction, de nouveaux droits d’intervention individuels garantis collectivement. 

3. Un nouveau statut du travail salarié

L’Ugict avec la CGT met en débat la construction d’un nouveau statut du travail salarié interprofessionnel, socle de droits relatifs à la reconnaissance et le paiement de la qualification, aux droits à la formation, au respect du temps de travail légal, aux moyens et droits d’expression appartenant à l’individu, transférables d’une entreprise à l’autre et garantis collectivement par le code du travail, dans le respect de son éthique professionnelle, d’exercice de sa responsabilité sociale, de son autonomie…

Le compte personnel d’activité (CPA) peut être ce socle de droits, une sécurité sociale professionnelle inscrite dans le code du travail.

Le statut de salarié doit être conforté et étendu en fonction des nouvelles formes d’emplois comme les contributeurs indépendants des grandes plateformes numériques. Ils ont toujours un lien de subordination sous forme de contrôle et de forte dépendance économique. Il s’agit de leur permettre d’accéder aux garanties collectives et protection sociale des salariés.

4. Accélérer les transformations de notre syndicalisme

  • Un syndicalisme qui s’ouvre aux contributeurs indépendants.
  • Un syndicalisme qui crée de nouveaux droits et protections du salariat.
  • Un syndicalisme qui réfléchit à transformer ses structures pour développer une vie syndicale collective afin qu’aucun syndiqué ne reste isolé, de permettre en particulier à des cadres dirigeants d’échanger et de mutualiser expériences, réflexions et actions.
  • Un syndicalisme 2.0 qui ne se résume pas à une présence sur les réseaux sociaux, mais soit capable de construire des plateformes permettant aux organisations syndicales, dans les entreprises donneurs d’ordres et les organisations syndicales, dans les entreprises sous-traitantes, d’imposer de nouvelles relations de coopérations et de cotraitances, de responsabilisation sociale des donneurs d’ordres. Une syndicalisation 2.0, outil de mutualisation, d’expérience et de luttes syndicales.

Utilisons la révolution numérique pour transformer les modèles économiques archaïques en permettant aux ICT, aux salariés, d’être professionnellement engagés et socialement responsables.
Ce travail pourrait déboucher sur un manifeste CGT construit avec ses organisations pour un nouveau modèle économique, social et environnemental du numérique.