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Retraite québécoise

Retraite québécoise

Nous avons été contacté il y a quelques semaines, via un message posté sur notre site Web par le fond « HR Stratégie » rattaché à la confédération québécoise FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec). Les représentants de cette organisation souhaitaient lors d’un de leurs passages à Paris rencontrer l’UGICT-CGT pour avoir un débat autour de nos systèmes de retraite respectifs et de nos revendications sur ce sujet.

lundi, 10 décembre 2012 | Cadres Infos numéro 699à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

Bien entendu, un fonds de placement qui fonctionne en capitalisation n’est pas notre conception d’un système de retraite. Et même si ce fonds est géré par une organisation syndicale ! Toutefois, eu égard à la représentativité et aux orientations syndicales de la FTQ, nous avons organisé une rencontre.


En matière de retraite, nous pouvons trouver des convergences avec la FTQ. En avril dernier, lors d’un séminaire sur ce thème, on pouvait lire dans une présentation les revendications suivantes :

  • viser en tout temps l’équité intergénérationnelle ;
  • viser un niveau de remplacement de revenu qui soit « adéquat »  pour nos membres ;
  • poursuivre et intensifier la campagne pour l’amélioration des régimes publics avec nos partenaires ;
  • revendiquer la tenue d’une réflexion sur l’ensemble de la structure de la sécurité financière à la retraite avec toutes les parties concernées (Patronat, syndicat et gouvernement) ;
  • aider nos membres à comprendre les enjeux autour des régimes de retraite afin de pouvoir les
  mobiliser ;
  •  réfléchir ensemble à l’avenir de nos PD (ndlr : régimes à prestation déterminées) afin d’en assurer la pérennité.


Autant d’éléments dans lesquels nous pouvons nous retrouver.
Pourtant, à partir de ces orientations revendicatives, la FTQ a mis sur pied en 1983 par une décision de Congrès le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec, un fonds d’investissement pour créer et maintenir des emplois dans des entreprises québécoises.
Les objectifs du fonds sont les suivants :

  • créer, maintenir ou sauvegarder des emplois en investissant dans des entreprises à impact économique québécois ;
  • former les travailleuses et travailleurs dans le domaine de l’économie et leur permettre d’accroître leur
 influence sur le développement du Québec ;
  • développer l’économie du Québec en stimulant l’économie québécoise par des investissements
 stratégiques qui profiteront aux travailleuses et travailleurs de même qu’aux entreprises québécoises ;
  • sensibiliser et inciter les travailleuses et les travailleurs à épargner pour leur retraite et à participer au
 développement de l’économie par la souscription d’action au Fonds.


En pratique, le fonds réalise des prises de participation minoritaires dans des entreprises labellisées à partir d’un bilan social sur des critères sociaux, environnementaux, économiques... Le salarié, au cours de sa vie professionnelle, se voit offrir des possibilités d’acquisition d’actions du Fonds, accompagné d’un avantage fiscal. Au moment du départ à la retraite, le Fonds offre le rachat du portefeuille au cours du jour. Il s’agit pour le nouveau retraité d’une sortie en capital.

Bien évidemment, nous avons fait part à nos invités de nos réserves quant à ces principes qui ne correspondent pas à notre conception : le système ne s’adresse qu’aux salariés ayant des capacités d’épargne et susceptibles de bénéficier d’un avantage fiscal, c’est-à-dire payant des impôts, car il n’y a pas de dispositif de crédit d’impôts.

Il s’agit d’un système en capitalisation qui fait peser le risque économique sur le salarié et qui ne répond pas au principe de solidarité inter-générationnelle auquel nous sommes particulièrement attachés.

Pour nous, une telle solution mise en œuvre par une organisation syndicale, à fortiori avec les revendications qui sont les siennes a de quoi surprendre.

Il faut bien comprendre que pour les militants FTQ, le fonds de solidarité est une réponse à une situation de fait, un outil pour faire face au niveau insuffisant des taux de remplacement et non pas la préconisation idéologique en matière de système de retraite.

Ce choix de la FTQ n’est pas le nôtre. Cependant, il nous a semblé utile de les écouter au moment où une nouvelle réforme des retraites se prépare et où certaines organisations syndicales françaises ont des réflexions assez différentes des nôtres sur cette question.

En outre, nous devons avoir conscience que la gestion des fonds de réserve de nos organismes de retraites complémentaires passe aujourd’hui par des placements sur les marchés. Des placements jugés sûrs. Mais certains placements sur des dettes souveraines se sont traduits par des pertes ces dernières années. Alors, ne pourrait-on envisager une utilisation plus « offensive » de ces fonds, une utilisation davantage tournée vers le social et l’emploi ?

Si nous ne nous retrouvons pas avec la FTQ sur les mécanismes à mettre en œuvre, nous pouvons peut être nous retrouver sur la nécessité pour les organisations syndicales de « prendre la main » davantage sur les fonds des systèmes de retraites.


Le printemps érable

Cette rencontre a également permis un échange sur le printemps érable. Notre travail sur le thème des jeunes diplômés nous a amené à nous interroger sur ces évènements, partis du monde étudiant, qui ont gagné une grande partie de la société québécoise et ont contribué à une alternance politique au Québec. En complément des éléments que chacun a pu lire dans la presse sur ce sujet, nos interlocuteurs ont insisté sur le mépris avec lequel le gouvernement avait traité les étudiants au début du conflit. Ils ont également attiré notre attention sur le contexte de corruption au plus haut niveau de l’état dans lequel se sont déroulés ces évènements.

Cette rencontre fut donc un échange fructueux pour nous et nous l’espérons pour nos collègues québécois. Nous allons rester en contact avec la FTQ et voir si nous pouvons construire des échanges pour dégager des convergences revendicatives sur la situation des ingénieurs, cadres et techniciens.

icon Cadres Infos 699 (379.54 kB)