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Soirée-Débat : Démocratie et numérique

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L’Ugict-Cgt a organisé, le 6 avril 2016, une soirée-débat autour du thème « Démocratie et numérique » avec la participation de Laure Belot, auteure de « La déconnexion des élites », de Julien Cantoni de la fondation P2P et de Noémie de grenier de la coopérative Coopaname.

La lettre hebdo

Deux heures d’échanges sur un sujet en pleine actualité : la démocratie s’interroge sur elle-même et la révolution numérique n’en finit pas de susciter les craintes les plus folles et les espoirs les plus fantasques.

Des idées forces se dégagent de ce débat. Laure Belot1 souligne l’importance de la révélation par le numérique de signaux faibles de la société sur ses « marges sociétales et à l’origine de nouveaux comportements économiques et citoyens ».

Pourtant elle pointe un décalage entre, d’une part, une vision étriquée du web de la part les institutions et des élites, et d’autre part, l’usage de plus en plus répandu, par les citoyens, de plateformes « collaboratives/ coopératives » économiques (emploi, achats), sociales (« système D ») et citoyennes (pétitions), voire les trois en même temps.

Face à cette « révolution qui crée un certain chaos familial et professionnel », il devient primordial de capter ces signaux faibles et de se réapproprier l’espace (public) notamment pour les organisations et les corps intermédiaires, ne serait-ce qu’en écoutant les acteurs concernés (salariés, mais aussi chômeurs, indépendants, etc.).


Un déplacement de la création de valeur

Il s’agit aujourd’hui d’accepter l’idée que le numérique et le réel ne s’opposent pas mais se complètent. Et Laure Belot d’expliquer les mécanismes qui se jouent.


Au niveau économique

Quels acteurs exercent quels pouvoirs ? Deux types de pouvoirs sont apparus : un pouvoir partagé, via le « coopératif » et un pouvoir centralisé/accaparé type GAFAM2 et Uber : un capitalisme de plateforme.

Le système évolue vers un déplacement de la création de valeur avec le développement d’un temps libre devenu productif et non comptabilisé (bénévolat d’actions portées par des réseaux sociaux) et la montée en puissance du « travail » du client en ligne (monétisation des données).

Une partie du travail quitte ainsi le domaine du salariat avec la multiplication des indépendants (auto entrepreneurs ou équivalents) qui échappent de fait au lien de subordination du contrat de travail pour tomber dans un lien de dépendance informel, mais tout aussi contraignant. Mais quid de la protection sociale ?

Si le numérique ouvre de nouvelles pistes du financement participatif (hors système bancaire), il met aussi en cause de nombreux indicateurs dont le PIB...

Nous devons tendre vers une redistribution équitable de la valeur, avec les collaborateurs, qui s’appuie sur une transparence de l’ensemble des données financières et économiques de l’entreprise.

Au niveau sociétal

Quel est l’apport de ces outils horizontaux ? s’interroge Laure Belot.

Ils facilitent l’apparition de plus larges communautés de coopérateurs (en complémentarité des relations humaines), cependant la complexication de certains outils tend à générer des fractures et des exclusions.

Il faut dès à présent s’interroger sur la réalité du développement de l’autonomie induite et sur le l’intensité de l’émancipation qui en découle.

Prendre garde à la récupération du « collaboratif »

La palette est large entre l’apparition d’acteurs coopératifs et la création de nouveaux esclaves du capitalisme centralisé. Une opposition qui se situerait plutôt entre des organisations de type capitaliste (monopolistiques/ hiérarchisées) et des organisations prônant coopération et gouvernance assouplie.

Les premiers s’appuient sur le collaboratif’ comme un moyen et non comme une n. Julien Cantoni3 rappelle que « Uber se permet de décider unilatéralement la baisse de salaires de ses usagers (les chauffeurs de taxi), ce qui est inimaginable dans une entreprise classique ».
Les seconds, issus du secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS), des coopératives comme Coopaname par exemple), ou des corps intermédiaires (comme des CE), utilisent le numérique comme outil améliorant la qualité au service des usagers en continuité de leur besoin de confiance. Cette confiance se traduit par une gouvernance ouverte faisant appel à des dispositifs de représentation démocratique (comités de parties prenantes de type CE par ex).

La récupération de l’usage du collaboratif au sein des structures capitalistes les positionnerait comme « pionnières du numérique ». Mais, compte tenu de la montée des besoins de « biens et services communs », la réappropriation du collaboratif et de l’open source par des structures porteuses de sens, de l’ESS ou des corps intermédiaires, devient incontournable.

Les organisations comme les syndicats ont intérêt à poursuivre la lutte contre les effets délétères du capitalisme (projet BEPS4 sur le transfert de bénéfice, statut des youtubers, ubers) en s’appuyant sur les acteurs véritablement « coopératifs » et de nouveaux mouvements émancipateurs, périphériques au salariat. En tant que syndicat de masse structuré par le bas, la CGT est légitime pour pour- suivre ce type de lutte décentralisée.

Le syndicalisme doit s’emparer de l’outil numérique sous peine de s’en trouver exclu. Il lui faut imaginer des dispositifs permettant d’établir le lien avec les salariés, d’un même secteur, sous-traitants et donneurs d’ordres, contournant ainsi l’écueil de la disparition des grandes unités de production et de la concentration du salariat ou permettant de toucher les nouveaux salariés des sièges sociaux.

Il lui faut aussi se servir de la traçabilité des flux financiers comme outil pour faire pression sur les stratégies et le management d’entreprise.

D’autres outils numériques comme l’application de décompte du temps de travail à l’usage des IRP (projet Ugict) ou encore l’usage de Périscope ou équivalent pour diffuser « en live » les débats entre organisations, construisent des fonctionnalités encore insoupçonnables, il y a encore peu de temps.

1 Laure Belot est l’auteur de « La déconnexion des élites » aux éditions des Arènes.
2 Julien Cantoni est aussi l’auteur de « La société connectée » aux éditions Inculte.
3 GAFAM regroupe les initiales de Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft aussi appelés OTT (over the top).
4 Projet BEPS Projet OCDE/G20 de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) fournit aux États des solutions pour éliminer les brèches qui subsistent dans les règles internationales actuelles et permettent à des sociétés d’organiser la « disparition » de leurs bénéfices ou de transférer artificiellement ces bénéfices vers certains pays qui appliquent une fiscalité faible ou nulle, alors même que ces entreprises y réalisent des activités économiques limitées, voire inexistantes.

 


Le syndicalisme 2.0 ; 5.0 ?

Le syndicalisme doit s’emparer de l’outil numérique sous peine de s’en trouver exclu. Il lui faut imaginer des dispositifs permettant d’établir le lien avec les salariés, d’un même secteur, sous-traitants et donneurs d’ordres, contournant ainsi l’écueil de la disparition des grandes unités de production et de la concentration du salariat ou permettant de toucher les nouveaux salariés des sièges sociaux.

Il lui faut aussi se servir de la traçabilité des flux financiers comme outil pour faire pression sur les stratégies et le management d’entreprise.
D’autres outils numériques comme l’application de décompte du temps de travail à l’usage des Irp (projet Ugict) ou encore l’usage de Périscope ou équivalent pour diffuser « en live » les débats entre organisations, construisent des fonctionnalités encore insoupçonnables il y a encore peu de temps.

Publié le lundi, 02 mai 2016 dans Cadres Infos numéro 727à télécharger ici en .pdf

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