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Stagiaires : les exploités invisibles

Sophie Binet

On estime, chaque année, à 1,6 million le nombre de stagiaires. Un volume qui a triplé en 10 ans et qui représenterait 100 000 emplois à plein temps. Une véritable entreprise de dumping social. Suite aux batailles de l’Ugict, un projet de loi va être débattu à l’Assemblée Nationale en février. Sophie Binet fait le point sur la réalité des chiffres et la situation. (Pétition en ligne à signer ici : http://change.org/LoiStages)

lundi, 03 février 2014 | Cadres Infos numéro 706à télécharger ici en .pdf
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La lettre .info

3 questions à Sophie Binet ...

 

Cadres Infos : Une enquête publiée par le Figaro Eco1 annonce des gratifications de stagiaires pouvant atteindre 2 000 euros mensuels. Info ou intox ?

Sophie Binet : La situation présentée ne correspond pas du tout à la réalité de terrain, ni aux statistiques officielles et publiques. Les stagiaires sont victimes d’une forme d’invisibilité. Nos sources fiables sont issues des enquêtes du Cereq et de la Dares. Elles recensent :
70 % de stages non rémunérés, une gratification moyenne qui s’élève à 480 euros (540 euros pour les stages de 3 à 6mois).
Notons que dans la fonction publique, seuls 19 % des stages bénéficient d’une gratification.

 

On parle souvent de stages rémunérés, mais il s’agit de gratification. Quelle est la différence ?

S.B. : La gratification interdit aux stagiaires de cotiser ni pour leur retraite, ni pour le chômage. La CGT revendique une rémunération à 50 % du Smic dès le premier jour, avec une augmentation progressive en fonction du niveau de qualification et de la durée du stage, comme c’est le cas pour l’apprentissage. Elle doit prendre en compte les cotisations vieillesse et chômage. En outre, les modalités d’encadrement doivent garantir le contenu pédagogique du stage.

Pour nous, la durée fait la différence entre le stage et l'apprentissage : au-delà de 6 mois par an, le stage devient apprentissage. Comme pour les écoles d’ingénieurs qui pratiquent l’année de césure où le stage s’apparente plus à de l’apprentissage ou à un CDI.

 

Comment toucher les apprentis et les stagiaires ?

S.B. : Pour les apprentis, il faudrait par exemple se déployer dans les CFA à la rentrée. En ce qui nous concerne, il ne faut pas perdre de vue que 25 % des apprentis viennent de l’enseignement supérieur, ce qui signifie une montée en qualification. Le passage court des stagiaires dans l’entreprise les rend invisibles, sauf dans certains secteurs de l’économie où il est plus facile de les toucher. Mais au-delà, il nous faut toucher globalement les jeunes diplômés.

Le meilleur moyen c’est de les défendre et nous avons de nombreuses occasions dans les négociations, par exemple dans le cas du contrat de génération, où l’on peut se battre pour obtenir des droits pour les stagiaires accueillis dans l’entreprise. L’évaluation du nombre de stagiaires n’est inscrite nulle part, nous revendiquons l’inscription des stagiaires sur le registre unique du personnel de l’entreprise de façon à ce que les IRP puissent contrôler que les stagiaires ne se substituent pas à des contrats de travail. Nous exigeons aussi une limitation du temps de travail à 35h, une garantie d’encadrement pédagogique du stagiaire dans
l’entreprise...

Dans certaines entreprises nous avons obtenu un droit systématique d’information des IRP en cas d’arrivée de stagiaires, ce qui nous permet d’aller à leur rencontre et de les informer sur leurs droits.

L’Ugict va d’ailleurs éditer un guide des droits du stagiaire dès que la législation sera fixée, vers septembre- octobre 2014.

 

Signer la pétition : change.org/LoiStages
Voir notre dossier actu jeunes diplômés sur le site Ugict

1Le Figaro du 23/01/2014. Enquête Happy Trainees : 6358 étudiants sur 200 écoles et 450 entreprises