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Archipel de l’informel

Révolutions précaires

« Révolution précaires, essai sur l’avenir de l’émancipation » par Patrick Congonali. Editions la Découverte.

mercredi, 14 janvier 2015 | Livres et documents
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La lettre .info

Un intéressant ouvrage de Patrick Congonali. Proche des démarches de Jacques Rançière1 et inspiré par Félix Gattari2, ce professeur de sociologie à Paris 7 Diderot, aborde la précarité sous l’angle du rapport choisi au travail. Insistant sur la polysémie du terme, il souligne qu’aujourd’hui « précaire » désigne le plus souvent les salariés victimes du déficit d’intégration dans les formes classiques du salariat. Il nous rappelle qu’il concerne aussi ceux qui, par refus du lien de subordination inhérent au contrat de travail, s’orientent vers un choix de vie différent voire alternatif, notamment parce que les modèles d’organisation du travail (le travail immatériel) dessinent des relations à l’autonomie du temps et des coopérations spécifiques. Ils s’engagent dans un travail apparemment libre par volonté d’échapper « à l’exploitation capitaliste de la créativité ». Un pas de côté qui n’est pas sans rappeler les mouvements de rupture des années 70 du « travailler autrement », trop souvent considérées comme une fuite et au mieux ignorées parce qu’expériences alternatives, plus ou moins pérennes, voire déviantes par certains orthodoxes.


Aujourd’hui, la précarisation croissante des salariés, la multiplication des CDD, le développement du télétravail, l’augmentation du nombre d’auto entrepreneurs booste la pluriactivité. On peut être ainsi salarié à temps partiel en CDD, en même temps auto entrepreneur ou encore consultant occasionnel. Le paradigme de travail se transforme en activités plus ou moins rétribuées, voire bénévoles, aboutissant à une certaine déspécialisation du travail et à une certaine reconfiguration sociale, voire à la construction d’un « état professionnel des personnes. »


La démonstration ne manque pas d’intérêt dans la mesure où elle débouche sur la question d’une extension du droit du travail à ces catégories : « C’est dans un droit attaché à la personne et non à l’emploi que nous avons trouvé une pensée du social susceptible de répondre à cette exigence d’un nouveau style de travailleur ainsi que d’un nouveau type de citoyenneté et de représentation au sein d’une entreprise fragmentée. »


Le sociologue se défend de voir dans cette nouvelle conception du travail, un « archipel de l’informel » porteur de styles alternatifs de vie susceptibles d’impulser des orientations axiologiques plus respectueuse de l’environnement ou plus respectueux de la société. N’empêche qu’il l’évoque quand même…

 1Jacques Rancières : né en 1940, le philosophe s’est notamment penché sur l’émancipation ouvrière.
 2Félix Gattari (1930-1992) philosophe et psychanalyste

 

« Révolution précaires, essai sur l’avenir de l’émancipation » par Patrick Congonali. Editions la Découverte, coll. L’horizon des possibles. 150 pages 13 €